lundi 2 novembre 2015

Chut, l'art nous parle !


Une personne, face à une œuvre d'art, utilise en priorité sa vue. Notons que nous possédons cinq sens : le toucher, l’ouïe, le goût, l'odorat et la vue. Souvent, l'approche de l'art ne se réduit pas à un seul sens. Nous allons vous le prouver en vous présentant différentes œuvres où l’ouïe du spectateur est sollicitée. Ces œuvres sont parfois des peintures, des sculptures, des machines ou des « installations sonores » . Ce terme inventé en 1968 par le musicien Max Neuhaus, désignait les systèmes de génération de sons dans l'espace notamment dans les lieux publics comme le métro ou encore les jardins publics. Désormais, cette définition a évolué et englobe toutes pratiques artistiques mettant l'accent sur le son, l’ouïe et l'espace.
Dans certaines propositions artistiques, c'est le son qui devient l'élément fondamental  : il peut être travailler par l'artiste, comme la forme, la couleur, la lumière…
Les nouvelles techniques liées au son et à sa diffusion sont explorées, détournées par les artistes qui nous font même écouter du silence.
Alors, tendez l'oreille, le son vous appelle !

Margot ALBERT--HEUZEY
Coline ROYER


Repenser, détourner l'instrument

Luigi Russolo, Intonarumoris

Au début du cinéma, quand celui-ci était encore muet, l’accompagnement sonore se limitait généralement à un piano ou, quand les moyens le permettaient, à un orchestre avec quelques musiciens présent dans la salle. Face à la révolution de l’image animée, l’accompagnement musical ne pouvait pas se contenter d’un tel manque de réactivité.


C’est alors qu’intervint Luigi Russolo, un théoricien et pionnier dans le domaine de lamusique dite « bruitiste ». En 1913, ce compositeur et peintre italien publie l’Arte dei rumori (l’Art des bruits) où il dénonce la pauvreté des timbres des orchestres traditionnels. Son idée est de mettre en relation la musique avec les bruits de la vie moderne et de les intégrer harmoniquement et rythmiquement aux films projetés. Pour y arriver, Russolo inventa, en collaboration avec son ami peintre Ugo Piatti, un groupement d'instruments de musique expérimentale appelés Intonarumoris («joueur de bruits » en italien) qui, chacun, portait son propre nom comme par exemple le crépiteur, l’éclateur, le glouglouteur, le huhuleur, etc. Ces instruments aux formes cubiques dotés de trompes et actionnés par des manivelles permettaient plus précisément de contrôler à la fois la dynamique, la longueur et le volume de différents types de sons.

Luigi Russolo, Intonarumoris, 1913
Les Intonarumoris ne jouaient pas à un volume excessif, car tous les appareils acoustiques fonctionnaient en même temps. Russolo construit 27 variantes, mais celle-ci furent toutes détruites durant la Seconde Guerre mondiale.,Aujourd'hui, trois collections de répliques sont présentes en Italie, aux Pays-Bas et aux Etats-Unis.
Thomas RUDI
Réplique de Intonarumoris



Laurie Anderson, Viophonograph, 1977

Le Viophonograph est inventé en 1976 par Laurie Anderson. Il s’agit un violon sur le ventre duquel était monté un 45 tour. l'artiste expérimentale pouvait ainsi frotter son archet électriquement amplifié sur la surface de vinyle. Le crin de cheval de l'archet jouait un rôle analogue au diamant de la platine des DJ qui à cette époque découvraient le scratch.
Laurie Anderson, Viophonograph,1977

Laurie Anderson, Viophonograph,1977
Laurie Anderson est une artiste expérimentale et musicienne américaine connu pour son single « O superman », son album Big Science et surtout pour ses performances multimédias. Elle a inventé plusieurs instruments expérimentaux qu’elle utilisait dans ses performances et enregistrement, comme son viophonograph qui est une évolution de ces premiers violons trafiqués.
Pochette de l'album Big Science de Laurie Anderson
Anderson arrive à New York à la fin des années 60, c'est l'époque du pop art, des happenings, du minimalisme, de l'art conceptuel. Baignée dans ce milieu, son art repose sur l'histoire, la narration et mêle technologie et musique à l'époque où la musique va beaucoup évoluer notamment la musique électronique. En trafiquant sa voix et ses violons Laurie Anderson veut brouiller la distance entre performance et réalité avec des récits illogiques et poétiques sur des musiques électroniques de sa composition.
Colombe GOURGEON

Laurie Anderson, Language is a Virus ( From outer space)


Joe Jones, Machines à musique

Joe Jones est un artiste américain passionné de musique. Il a commencé à participé au mouvement Fluxus à New-York à partir de 1963. Avec ce groupe, il fait des performances en créant ses propres instruments de musique à partir d’objets et de matériaux du quotidien qu’il récupère et détourne. Ces instruments sont des dispositifs très brutes et rudimentaires, peu élaborés ni disciplinés. Ces sculptures sont animées de moteurs qui leur permettent de fonctionner en autonomie et de créer un son aléatoire en fonction de la vitesse du mouvement et de la composition même de l’œuvre. Par exemple, une de ses machines à musique est simplement constituée d’un cercle en métal auquel sont suspendus deux tambourins surmontés d'un petit moteur. Le moteur est relié à deux fils se terminant par des billes en bois qui viennent frapper de manière hasardeuse les tambourins.
Une des machines à musique de Joe Jones
Si certaines machines sonores de Joe Jones peuvent êtres très sophistiquées, d’autres se rapprochent plus du bricolage. Toutefois la mélodie obtenue est toujours aléatoire, répétitive, faite de ratages et dissonances…
Tamara PRUD'HOM


Vassilakis Takis, Musicales, 1977

La, Si, La, Si, La, Si.
Si la seule chose que l'on entend de l’œuvre de Vassilakis Takis, sont ces deux notes, la sculpture n'est pas pour autant inintéressante. En 1977, alors que le sculpteur grec s’intéresse depuis déjà 20 ans à l'art cinétique, il créé un ensemble de 3 œuvres « Musicales ». Son travail de base sur le magnétisme : sur un fond blanc de 2,50m de hauteur, une aiguille de matelassier est suspendu par un fil de nylon au dessus d'une corde de violon.



Derrière le panneau blanc est disposé un aimant qui attire à sa guise l'aiguille vers lui ou la repousse. L'aiguille vient alors se frotter contre la corde de violon, et la magie opère : une trille musicale (battement continu et très rapide de deux tons très voisins) se balance entre le La et le Si (on retrouve aussi une trille de Mi et Ré). Cette œuvre cinétique met le spectateur dans la situation d'attente, l'attente d'un petit événement imprévisible.

Philippine DEFONT-REAULX
Takis Vasilakis, "electro magnétique musciale"


Nam June Paik

Nam June Paik est un artiste coréen considéré comme un des fondateurs de l’art vidéo. Après avoir déménagé à New-York en 1964, il rencontre Charlotte Moorman, une célèbre violoncelliste américaine. Elle deviendra par la suite une de ses plus importantes collaboratrices. Une de ses œuvres en collaboration avec elle : Opéra Sextronic en 1967 ; met en scène la musicienne. Alors qu’elle joue du violoncelle seins nus, des minis téléviseurs qui font office de soutien gorge, diffusent des vidéos grâce à un système de circuit fermé. Les images produites par les minis téléviseurs sont ainsi modulées par les sons que produisent la musicienne. La pièce n'a pas été conçue pour être fantaisiste, mais plutôt très sensible. Selon l’artiste, elle a pour but de stimuler les fantasmes du spectateur en induisant un nouvel aspect de la technologie.
Baptiste RIOM



Nam June Paik, TV Bra for Living Sculpture, US, New York (1969)




Jean Tinguely, Méta-Harmonie I, 1978

Tantôt sculpteur, peintre ou dessinateur, cet artiste suisse est connu pour son art mécanique. Parmi ses inventions les plus originales, on compte les Méta Matics ou sculptures animées dont il a commencé la réalisation en 1954 sous le nom de Méta-mecaniques, qui étaient alors des tableaux animés électriquement. Les Méta Matics sont des machines à dessiner. En 1958, il a créé Méta-Harmonie II, une œuvre vivante que l'on actionne avec un "buzzer", déclenchant une mécanique visuelle et sonores, entre la musique contemporaine composée d'agrégats ou de clusters musicaux. Des sons énormes, stridents, dérangeants, qui nous envoûtent et nous fait perdre contrôle de nos sens comme si nous voyageons dans une dimension hypnotique. Une œuvre gigantesque qui comporte de nombreux rouages en mouvement ainsi que des instruments comme le piano.
Quentin FOURAGE


Jean Tinguely, Méta-Harmonie II, Tinguely Museum, Basel


Céleste Boursier Mougenot, From here to ear

Céleste Boursier-Mougenot, From here to ear, 2009
Mandarins sur leur perchoir musical.
"L'homme aux oiseaux" est un plasticien et musicien français nommé Céleste Boursier-Mougenot. L'artiste doit son surnom à l'œuvre qu'il a présenté à Nantes en 2009 : une chorégraphie d'oiseaux guitaristes nommée From here to ear. Boursier a placé dans une vaste volière une soixantaine de mandarins avec pour perchoirs des guitares et des basses électriques. Une musique aléatoire et poétique est générée par les bruits de cordage amplifiés sur lesquels viennent se poser les oiseaux.

Céleste Mougenot-Boursier participait cette année à la 56e Exposition internationale d'art contemporain de la Biennale de Venise , où il proposait une installation qui évoquait les folies des parcs romantiques du XVIIIe siècle, faisant se déplacer et "chanter" des arbres.

Paul HOUBRON


Le son, matériau sensible de l'installation

Dominique Gonzalez Foerster, Cosmodrome, 2007

Cosmodrome, c’est l'évocation d’un cosmos, l’idée d’un espace flottant, incertain. Cosmodrome, se situe à la croisée de la fin du XIXe siècle et de l’imaginaire de la science-fiction. Cosmodrome est une proposition lumineuse et sonore, une séquence de 9 minutes où le son, l'espace et la lumière dialoguent entre eux. Cette œuvre en 8 tableaux dans laquelle on se doit de se plonger entièrement, nous transporte dans un monde abyssal, où des points lumineux apparaissent et disparaissent devant chacun, tels des créatures bioluminescences.

Dominique Gonzalez Foerster, Cosmodrome, 2007

C’est une installation entièrement contemplative pour laquelle le visiteur est invité à entrer dans un espace noir et silencieux. Le sol, entièrement recouvert de sable, rend la marche difficile et créé une atmosphère feutrée et lourde. Quelques instants plus tard, lorsque les dernières brides de conversation se dissipent, l’œuvre se réveille. Des sons, puis de la musique, de la lumière, une voix et des couleurs s’enchaînent par vagues créant ainsi une expérience sensorielle où règne une certaine spiritualité.
Céverine GIRARD


Claude Lévèque, Le Grand Sommeil, 2006

Un immense espace nu, une pénombre à laquelle vient s'ajouter une faible lueur bleutée, une musique de fond aux tonalités asiatiques, et le spectateur entre dans l'espace d'exposition comme dans un rêve, un espace doux et irréel. Dans cette installation, Claude Lévèque invite le visiteur à un voyage inédit, dans lequel le sens n'est pas déterminé d'avance, afin que chacun laisse place à son imagination et à ses fantasmes personnels.
« La lumière et le son sont des moyens de métamorphose complète, affirme Claude Lévêque. Ce sont deux éléments primordiaux dans une sensation. Après viennent les textures, les images, les ambiances, les objets, etc. »


Claude Lévèque, Le Grand Sommeil, 2006

A l'intérieur de la salle, des structures de lits en métal blanc, toutes identiques, sont suspendues au plafond, sur les barreaux sont enfilées de grosses boules blanches pouvant rappeler des bouliers et ainsi le passage du temps. Ces boules blanches se retrouvent aussi au sol, à l'intérieur de demi-sphères transparentes éparpillées au fond de la salle, invitant presque le spectateur à les ajouter à son tour aux barreaux des lits.

Chloé CASSABE

Quand le son devient l'espace

Ann Veronica Janssen, Sons infinis, 2009

Ann Veronica Janssens est une artiste plasticienne belge. A travers ses productions, que ce soient des installations, des projections ou même des sculptures, cette artiste cherche à placer le spectateur aux limites du vertige. Elle utilise la lumière, la couleur, le son comme matériaux pour ses expérimentations. Ann Veronica Janssens cherche à désorienter, troubler le spectateur par la modification et la destruction de l’espace connu de tous.
Exposition Serendipity de Ann Veronica Janssens : Untitled (Sons infinis), 2009.

L’une de ses créations, Untitled (sons infinis), n’est constituée que par deux haut-parleurs, positionnés l’un en face de l’autre. Situés dans le coin d’une salle, ceux-ci diffusent des sons creux, infinis et répétés. Lorsque le visiteur se place entre ces deux sources sonores, il entend un bruit de fond pénible et sans limite. On peut même imaginer que s’il se plaçait ici, en fermant les yeux, il aurait l’impression d’être en chute libre et de perdre ses points de repères ainsi que le contrôle de son corps.

Agathe DESBRIERES

La Monte Young Marian Zazeela, Dream House

Dream House est une installation (conçue en 1990) qui a été présentée au MAC de Lyon en 2012, où se mêle son, espace et lumière. Cette œuvre de La Monte Young et Marian Zazeela propose une expérience étonnante. Il s’agit d’écouter 2 ondes électroniques sinusoïdales fixes et continues dans un rapport parfaitement régulier, sans aucun battement. Les spectateurs donnent une seconde vie à cet espace clos. Lors de déplacement même les plus infimes, le lieu va se transformer : des modulations sonores vont apparaître, la texture de la pièce va changer. L’œuvre permet de s’immerger totalement dans le son pour en percevoir les différentes nuances.
Dream House - La Monte Young, Marian Zazeela, 1990,exposition du 28/09 au 30/12/2012, MAC

Cette expérience invite à la méditation, en écoutant les sons diffusés mais aussi les variations créées par le mouvement de chaque spectateur. L'espace, baigné de lumière et de musique, offre des sensations inédites et incroyables dans la durée. Chacun peut déambuler à sa guise, s'allonger au sol, se perdre, s'immerger…
Morgane AMORIN
Dream House - La Monte Young, Marian Zazeela, 1990,exposition du 28/09 au 30/12/2012, MAC


Digital Flesh, Dans le noir, 2008

Déplacer son niveau de conscience et oublier son corps, n’avoir comme regard que son imagination, c’est ce que propose Digital Flesh avec son installation sonore Dans le noir. Dans un espace de 2,50X3,50m clos par des rideaux et encerclé par huit enceintes, les spectateurs deviennent les victimes d’un système sonore élaboré par Digital Flesh.
Digital Flesh, Dans le noir, 2008
Ce travail se base sur des études neuroscientifiques, psychologiques et sur l’analyse du mouvement. Il amène le visiteur à se recréer mentalement l’espace. Mis sous la main de Digital Flesh, les visiteurs se transforment en marionnettes dansantes. Au départ, vous entendez une personne qui se déplace autour de vous. Après, ses mouvements deviennent étranges, rapides, illogiques. Vous commencez à avoir peur. Ensuite, c’est l’espace qui devient illogique. Rien n’est stable. Vous êtes amené à faire des mouvements qui déclenchent de nouveaux sons qui vous font encore plus bouger. Un cercle vicieux qui vous fait perdre pied, mais surtout danser. Par la biais de caméras infrarouges le groupe d’artistes capture les mouvements de spectateurs qui expérimentent le dispositif. Digital Flesh créer une machine à faire de l’art. C’est un bel exemple du mélange de la science et pratique artistique.
Martin JULES


Dominique Blais, L'Ellipse, 2010

Dominique Blais, artiste contemporain, travaille à partir de ses deux passions, la musique et l'art. En 1998, après avoir obtenu son diplôme à l'école des beaux arts de Nantes, il poursuit sa formation au Conservatoire des arts et des métiers de Paris en effectuant des recherches sur les rapports entre l'art et le multimédia. En 2010, après avoir effectué un certain nombre d'expositions, il est invité au FRAC des Pays de la Loire afin de présenter sa nouvelle œuvre.
Ellipse, 16 micros sur trépieds disposés en ellipse, dans une salle vide. Le principe bouleverse nos repères car le micro qui d'habitude capte les sons se fait émetteur de légers bruissements. Les sons se déclenchent un par un formant ainsi un cercle sonore continu.

Dominique Blais, L'ellipse, 2010 
Les micros étant positionnés à différentes hauteurs, l'ensemble nous donne à voir une vague sonore, un trait poétique au sein de cette pièce. Les fréquences changent, s'amplifient ou faiblissent dans un sens totalement aléatoire. L'artiste nous met face à une situation curieuse qui attire notre attention. L'installation a la particularité d'imposer le silence au publique : un récepteur radios basses a été mis en place afin de rendre audible ce qui ne l'est pas en temps normal. Cette structure incite au mouvement, le spectateur cherche à suivre le son, à l'écouter de l'entrée de la pièce jusqu'au cœur de l’œuvre. Il faut simplement tendre l'oreille pour apprécier l'oeuvre.
Justine COUGNAUD

Janet Cardiff, Forty part motet, 2001

Janet Cardiff, née en 1957, est une artiste canadienne, réalisant principalement des installations sonores. Forty-Part Motet est un enregistrement de voix chantant Spem in alium, composé par Thomas Tallis vers 1570. Ce morceau est chanté par 40 chanteurs du chœur de la cathédrale de Salisbury, en Angleterre, regroupés en 8 groupes de 5. Chaque voix est enregistrée séparément et est restituée par un unique haut-parleur. Les 40 haut-parleurs sont disposés suivant une ellipse d'environ 11m de long et 5m de large. Les spectateurs se déplacent à l'intérieur de l'œuvre, entre les hauts-parleurs. il se dégage un effet polyphonique qui permet d'entendre une seule voix en se plaçant à côté d'un seul haut-parleur, ou alors d'écouter les différentes voix se mélanger en se déplaçant dans l’ellipse. Le but de l'artiste est de permettre d'expérimenter le morceau du point de vue des chanteurs.
Janet Cardiff, Forty part motet, 2001
En fonction de l’endroit où l’on se trouve, on n’entend pas les même voix, créant alors une sorte de mouvement. La musique est diffusée suivant une boucle d'environ 14 minutes.
L'œuvre est une commande pour l'édition 2001 du festival de Salisbury. Elle fait également partie de deux collections permanentes : exposée depuis 2001 au musée des beaux-arts du Canada à Ottawa et au d’Inhotim à Brumadinho, au Brésil.

Lise LESCOUBLET

Janet Cardiff, Forty part motet, 2001
Janet Cardiff - The Forty Part Motet - Tel Aviv


Vers le silence

Yves Klein, Symphonie monoton

Grand plasticien français et protagoniste de l'avant garde picturale d'après guerre, Yves Klein est notamment reconnu pour son fameux IKB ou autrement dit son International Klein Blue qu'il utilise de nombreuses fois dans la réalisation de ses œuvres. C'est en 1956 qu'il mit au point la formule de ce bleu ultramarin. A l'occasion de sa première performance artistique publique anthropomorphique, le 9 mars 1960, à la Galerie National d'Art Contemporain, l'artiste utilisa ce bleu d'une intensité et d'une profondeur sans égale. Tout d'abord, il en fit enduire ses modèles féminins puis les fit peindre avec leur corps. Cette démonstration était accompagnée de sa célèbre Symphonie monoton, celle-ci composée d'un son ininterrompue de 20 minutes suivi d'un silence de 20 minutes. C'est à travers cette nouvelle manière de faire de l'art, qu'Yves Klein laisse ses pinceaux humains déambuler librement de toile en toile et ce devant un public fasciné. L'artiste ne peint plus alors sa toile directement mais indirectement à l'aide de ses pinceaux vivants. Un duo naît, Klein devenant ainsi une sorte de "chef d'orchestre" au côté de son chef d'orchestre mêlant ainsi les deux performances.
Meggie LEDAIN


Première Performance Anthropomorphique de Symphonie monoton-silence, 1960, Yves Klein

Yves Klein - Antropométrie


John Cage, 4’33

Auditorium David Tudor, 20 heures. Vous vous rendez au spectacle avec hâte. Bien installé, le voilà qui arrive et s'installe. Le pianiste se trouve maintenant face à son instrument mais au grand désespoir des plus impatients, il reste immobile, silencieux et ne joue pas pendant de longues minutes. Quatre minutes quarante trois secondes pour être exact. Expérience déroutante pour vous ou tout autre spectateur…
Eric Proctor performs Litany for John Cage
Lors de cette représentation, l'artiste John Cage crée la surprise en composant un morceau dit «silencieux ». Le seul son audible est le bruit des chaises, chuchotements, le désarrois et la colère du public, les sorties précipitées, les bruits extérieurs… La mise en situation est osée mais intéressante d'un point de vue expérimental. C'est une véritable remise en question de la notion de la musique-même. Le silence apparaît alors comme une vraie note, une réelle mélodie. Ambitieux, Cage donne une grande place à l'aléatoire et dépasse ce qui est réalisable avec un morceau de papier; ce n'est plus une sonorité dictée qui attire l'attention mais les bruits du dehors qui n'ont pas d'intention musicale, qui n'ont pas forcément de rythme, d'harmonie et que nous percevons pourtant comme du son. C'est une invitation à écouter ce qui nous entoure, à l'activité qui ne s'arrête jamais, et peut-être aussi à nous écouter (souffle, respiration, battements de cœur)…
Elise CRAIPEAU


John Cage, 4'33"

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