mercredi 11 janvier 2017

Le socle

Histoire de socle


Le socle, objet qui prend ses libertés ?
L'histoire du socle accompagne l'histoire de la sculpture, car les artistes ont souvent chercher un dispositif pour mettre en équilibre et en valeur leurs œuvres sculptées.
Le socle sert d'intermédiaire entre la sculpture et le sol. En étant surélevée par le socle, la sculpture prend valeur, se met à distance du spectateur voire le domine.
On peut observer une rupture avec Rodin, dont les socles font parfois partie des sculptures, qui semblent en émerger. La séparation nette entre socle et sculpture disparaît de plus en plus et les deux se lient, se confondent, pour former un tout.
Par la suite dans l’art contemporain, les artistes peuvent choisir de donner une place plus importante au socle, qui empiète sur la sculpture, ou parfois le faire complètement disparaître…

Zoé Oberlé - Jean Sénécal



1-Le socle traditionnel…

 « Ce n’est pas une parenthèse mais un encadrement »                                                                                                                               

©djibnet.com














   La statue équestre de Louis XIV située sur la place d’Armes devant le château de Versailles à Paris est une statue en bronze dessinée par Pierre Cartellier. Elle est à la fois un hommage au roi créateur de Versailles, et un point de rencontre entre le château et la ville. Plus largement encore, un point de rencontre entre Versailles et le monde, puisqu’elle accueille très en amont les visiteurs du château par son emplacement. La statue est placée à 4m du sol, sur un socle classique à double niveau qui la rend encore plus imposante..
   En 2011, Bernard Venet investit Versailles par ses sculptures monumentales et minimalistes. Connu pour ses œuvres en acier qui prennent la forme de lignes droites, de courbes ou d’obliques, il exposera au château sept œuvres, dont une sur laquelle nous porterons un intérêt particulier. Baptisée 85,8° Arc x 16 (Titre descriptif faisant référence à des mesures de l’œuvres et à son aspect géométrique), l’œuvre placée entre la sculpture équestre -présentée ci-dessus- et le château impressionne. D’immenses arcs en acier rouge-brun semblent encadrer la statue ou le château, selon le point de vue choisi. Quel que soit l’endroit où se trouve le spectateur, les Seize arcs que constituent cette sculpture marquent une rupture d’échelle avec l’environnement. S’élevant à 22m de hauteur, la sculpture surgit du sol, sans piédestal, devenant en quelque sorte elle-même socle de la Sculpture de Louis XIV.
                                                                                                                                                            
©lemonde.fr









Ebony Lerandy


2-…Le socle qui s’intègre à la sculpture… 

La Danaïde, l’éternel supplice.

« La Danaïde », Auguste RODIN, 1889
©Musée Rodin – Photo : Christian Baraja


« Les Danaïdes », John WATERHOUSE, 1903, coll. Part.
©Musée Rodin – Photo : Christian Baraja

Les Danaïdes, personnages antiques de la mythologie grecque sont les 50 filles du dieu Egyptos, frère de Danaos et fils de Bélos. A la mort de de leur père, Egyptos entrepris d’envahir le territoire que Danaos avait reçu en héritage afin de reconstituer le royaume de son père. A la suite des affrontements, Egyptos proposa à Danaos de marier leur 50 filles et fils afin de mettre un terme à leur rivalité ; seulement Egyptos craignant une ruse confia à ses 50 filles un poignard et leur ordonna de tuer leurs maris respectifs le soir même de leurs noces.
Quarante-neuf d’entre-elles s’y résignèrent, pas Hypermnestre, trop éprise de son mari Lyncée qui pour venger ses frères tua son beau-père et les 49 sœurs d’Hypermnestre. Après leur mort, les Danaïdes arrivèrent aux enfers et furent précipitées dans le Tartare, lieu où les grands criminels subissent les pires tortures physiques et psychologiques pour expier leurs fautes ; Les Danaïdes furent condamnées à remplir éternellement des jarres percées.
Malgré la terrible tâche qui incombe aux danaïdes dans le Tartare, A. Rodin dans sa sculpture ne travaille pas sur une représentation classique du sujet (même s’il est peu traité -> J. Waterhouse) ; sa sculpture représente une seule des danaïdes, nue, dans une position prostrée enroulée autour d’elle-même, une jarre renversée à ses côtés. Elle paraît-être harassée par la tâche qu’elle effectue sans cesse, sa position résignée la montre en difficulté malgré la beauté et la pureté extérieure de son corps. Le socle lui est traité de façon plus primaire laissant apparaître la trace des outils.
Le fait qu’elle ne soit pas complète apporte à cette sculpture quelque-chose d’autant plus beau et communicant : une partie de son corps s’efface dans la roche brute du socle et sa chevelure se fond dans un mouvement uni avec celui de l’eau de la jarre renversée à ses côtés. Cet effet apporte à la sculpture drame et poésie, on pourrait dire qu’à travers l’eau renversée la danaïde s’avoue vaincue et arrive au terme de son supplice en faisant corps avec sa tâche. La fin de son supplice s’achèverait par une accession au repos symbolisé par le socle qui représenterai alors la terre.
Dans cette sculpture, le socle n'est plus vraiment un socle, mais plutôt la roche brute de laquelle Rodin a fait émerger la Danaïde.

François-Marie Vaillant

Equilibre incertain

Giacometti - L'Homme qui chavire - 1950
©Fondation Alberto et Annette Giacometti, Paris + ADAGP, Paris, 2013,
© RMN-Grand Palais / Michèle Bellot 

   Alberto Giacometti nait en 1901 à Stampa en Suisse et meurt en 1966. Il est connu en tant que modeleur et sculpteur mais il est également peintre. Il passe la majeure partie de sa vie à Paris où il fait de multiples rencontres entre Jean-Paul Sartre et les surréalistes tel André Breton. Ici, L’Homme qui chavire, sculpture datant de 1950 soit une décennie avant la très célèbre sculpture : l’Homme qui marche qui détiendra le record du plus haut prix des ventes aux enchères de sculpture. c’est en effet avec ses sculpture en bronze longiligne qu’il parviendra à accéder à la notoriété dans les année 1945. Il commence à y réfléchir par les dessin dès 1947. Pour ce qui est de la fabrication Giacometti utilise une armature de fil de fer sur laquelle il modèle de la terre et du plâtre le tout retenu par de la filasse. De plus il aime jouer avec l’aspect non-fini de son travail et laisse ses empreintes et marques d’ongle dans la matière. Enfin l’artiste change de médium pour finir son oeuvre et passe au bronze. Ses statuettes en bronze sont réalisées en petites séries.
   L’Homme qui chavire traduit l’expression du vide et du déséquilibre. On se demande presque comment cette sculpture fait pour ne pas tomber. Elle tient grâce au socle bien sûr qui, ici, fait partie intégrante de l’œuvre. Il n’a pas qu’une fonction mécanique visant à présenter et protéger la sculpture, il a aussi une fonction de compréhension en effet le socle, un cylindre massif, contraste avec la finesse du personnage longiligne et accentue l’impression de fragilité et de déséquilibre. Finalement c’est grâce au socle qu’on se rend compte à quel point le personnage chavire, la fonction du socle est inversée et visuellement celui-ci donne une impression de déséquilibre. Jean-Paul Sartre écrira en 1954 à propos de l’artiste : « Giacometti est devenu sculpteur parce qu’il a l’obsession du vide. » En effet Giacometti pour ses séries de petites statues en bronze travaillera sur l’interaction de fins personnages tenu par un socle massif.

Myriam Burgaud


3-… se débarrasser du socle 

Les Finitions de l'Infini

Brancusi - La Colonne sans fin (1928)
©SebMénard, août 2011

©diaphragm

   Il existe bien une colonne que l’on imagine infinie, celle de Constantin Brancusi. Cette sculpture haute de 30m est édifiée en Roumanie depuis 1928. Elle est placée ici pour honorer les jeunes roumains morts lors de la Première Guerre Mondiale, faisant référence aux piliers funéraires du pays. L’immense colonne de fonte semble tenir en équilibre sur son socle. Sa forme parfaite, élancée et droite vient en contraste total avec le paysage irrégulier duquel elle se détache. On pourrait imaginer que l’artiste est venu déposer des blocs identiques les uns au dessus des autres au cours du temps.
En bas, la colonne s’arrête nette. Elle pourrait continuer sous la terre mais non : elle est posée sur une dalle de béton. Alors qu’à son exterminée, la colonne ne semble plus s’arrêter. Elle se termine pourtant de manière très nette, comme si Brancusi n’avait pas pris le temps de poser la dernière pierre. Cela est probablement voulu afin de ne pas couper le rythme, et garder l’aspect d’infinité.
Dans un premier temps, on regarde la colonne de tout son long ; elle forme une seule et même sculpture. Puis, le regard s’arrête sur chacun des modules qui la composent. Ils sont identiques et se répètent régulièrement apportant toujours un aspect élégant et homogène.
Mais comment une colonnes aux formes si simples peut-elle être si belle ? Incontestable maître de la simplification des formes organiques, Brancusi est le fondateur de la sculpture moderne et le maître la réduction afin de parvenir à la forme artistique pure. L’infini ne signifie pas que ce n’est pas fini. L’artiste laisse évoquer une suite, volontairement. En haut de La colonne sans fin se créer une rupture dont la finition évoque très simplement l’infini.

Flavie Simon-Barboux

Entre visible et invisible

©Carl Andre, (1935-), 144 Tin Square, 1975, Étain, 366 cm x 366 cm, Centre Georges Pompidou








  144 Tin Square est à proprement parler une sculpture mesurant 366 cm x 366 cm, et composée de 144 plaques d’étain carrée de 30.5 cm de côté par 0.96 cm d’épaisseur, disposées par rangée de 12. Le tout est posé sur le sol au centre Pompidou.
Les plaques sont découpées selon les normes industrielles et ne sont pas retravaillées. Le public peut marcher dessus, … 
Replaçons cette œuvre dans son contexte pour peut-être y trouver sa signification. Elle a été conçue en 1975 par Carl Andre, artiste, sculpteur et poète fondateur du Minimal Art dans les années 60 aux USA.  Le minimalisme, mouvement né au milieu des années 60, en opposition à l’Art Pop et à l'Expressionnisme Abstrait, met à l’honneur les objets et leur rapport à l’environnement. Ses chefs de file se nomment Frank Stella, Donald Judd et… Carl Andre. Michael Friedd, dans son livre « Art and Objecthood » et dans les quelques pages qu’il consacre au minimalisme, détailla que l’œuvre 144 Tin Square consistait moins en la présentation d’une œuvre qu’en la création d’une situation impliquant le spectateur. Effectivement, ce dernier, amené à marcher sur cette œuvre horizontale ne présentant aucun point de vue privilégié en perd totalement une fois dessus : Les bords disparaissent car la limite inférieure du champ visuel se trouve au-delà de ses bords. Ainsi, cette sculpture n’existe finalement qu’avec son spectateur et prend toute sa signification d’œuvre d’art avec le contact direct qu’elle établit. C’est donc un nouveau type de sculpture s’intégrant dans son environnement en le questionnant, et remettant directement en cause la notion de volume en réunissant socle et sculpture.


Clara Jouault


4-… Détourner, jouer avec le socle 


 Une imagerie foisonnante

Taille douce
©Jacques Julien



©Jacques Julien

   Alternance de formes, couleurs, tailles, matières, univers, imaginaires… Nous voilà devant l’exposition Tailles douces de Jacques Julien. Le titre provient du terme utilisé pour une technique de gravure…
Jacques Julien a toujours été inspiré par ce qu’on appelle « l’imagerie sportive » qu’il considère très riche et dynamique. On pourra donc noter la présence d’un panier de basket, de plots ou autres objets…
Cet ensemble d'œuvre est en fait un parcours dans lequel foisonnent des petites sculptures mises en espaces sur des paillassons, tapis, morceaux de moquette. Cela semble être une invitation à entrer dans chaque univers ; comme un paillasson à l’entrée d’une maison. Un esprit chaleureux se dégage de cette proposition poétique et légèrement absurde.

Marie Bal-Fontaine


Qu’est ce que l’art ? L’ironie artistique de Bertrand Lavier



La Bocca/Bosch, 2005, Canapé sur congélateur, Kewenig Galerie, Cologne
©Bertrand Lavier


Chuck McTruck, 1995, Skateboard soclé, Collection Antonia et Philippe Dofi, Strasbourg
©Bertrand Lavier

   Bertrand Lavier est un artiste plasticien contemporain français interrogeant depuis les années 70 les rapports entre l’art et le quotidien, questionnant avec humour la définition de l’oeuvre d’art. Il va notamment exposer, faire devenir oeuvre, des objets empruntés à la vie courante afin de remettre en question leur propre statut. Lavier se livrera à une exploration des classifications et catégories artistiques, des codes de présentation et de représentation de l'art pour mettre en évidence un attribut principal de l’oeuvre : le rôle du socle. Inspiré par Marcel Duchamp, le ready-made et les Nouveaux Réalistes, Lavier questionnera l’art moderne et contemporain en intégrant dans ces oeuvres une recherche esthétique et formelle pour ses socles en réunissant deux éléments qui n’ont rien à voir pour donner naissance à un troisième : une œuvre.
C’est le cas de la sculpture La Bocca/Bosch réalisée en 2005, exposée à la Kewenig Galerie à Cologne et représentant un canapé sur un congélateur. Cette sculpture est une superposition d’objets et a pour socle l’objet du dessous, un congélateur. L’objet du dessus, l’œuvre mise en évidence, est le canapé Boca édité en 1971 par le studio 65. L’histoire de ce canapé remonte cependant à une période plus ancienne puisque l'agence italienne s'est inspirée d'un canapé originellement créé par Salvador Dali d'après la bouche de l'actrice américaine Mae West.
Par cet empilement, on s’interroge sur la nature de l’oeuvre et sur cette hiérarchie socle/sculpture. Lavier dépeint ainsi l’histoire de l’objet dans l’art du 20ème siècle. Entre le ready-made, le questionnement du savoir-faire et l’objet design, entre art et élitisme. Cette histoire du socle se retrouve également dans la sculpture Chuck McTruck, 1995, Skateboard soclé. En « soclant » des objets du quotidien, Lavier leur procure un statut d’exemplarité, de prestige alors qu’ils n’en n’ont pas.
Le skateboard en question est bon marché et acheté d’occasion par l’artiste qui lui fait perdre sa banalité et la transforme en rareté. Désormais mis à destination des potentiels collectionneurs, ce skateboard pourrait représenter pour Lavier un possible mémoire de la civilisation du 20ème siècle et être également exposé dans le futur dans un musée rétrospectif, questionnant ainsi la légitimité de l’objet exposé. En somme, avec son humour grinçant, Bertrand Lavier arrive à brouiller les identités et formalités dans l’art et ici résout avec succès le questionnement de l’art et de la valorisation des objets.

Victor Salinier
                          

Être ou ne pas être socle

©Fabrice Le Nezet










 

   Fabrice Le Nezet est un designer, artiste visuel et réalisateur français basé à Londres. Dans ses œuvres, cet artiste aborde différents sujets tels que l’élasticité ou encore la mesure, desquels il donne une représentation physique. Il part donc de concepts qu’il traduit visuellement à sa manière. Bien que ce ne soit pas le sujet principal de son travail, une nouvelle idée de « socle » émerge à travers ses sculptures. Dans les créations « Elasticity » et « measure », le socle s’éloigne de sa définition traditionnelle. En effet, originellement, un socle est une « Base sur laquelle repose un objet (sculpture, buste...) ou une construction. » (l'internaute).  Cependant, dans ses réalisations, il est dur de distinguer quel élément fait office de sculpture et quel élément est le socle. Il semble au premier abord que les « fils » colorés soient le support car dans l’esprit collectif, le socle est situé à la base d’une oeuvre or c’est eux qui soutiennent les monumentaux blocs de béton. Pourtant en s’y penchant de plus près, l’inverse apparait tout aussi plausible. En effet, dans l’oeuvre « Elasticity » par exemple, le titre est clair, c’est le concept d’élasticité que Fabrice Le Nezet a voulu représenté. Toutefois, ce sont les « fils » qui paraissent mis « sous tension » qui traduit le mieux la notion, et le bloc de béton n’est là que pour les mettre en valeur.
Une troisième hypothèse est également envisageable. Finalement, existe t-il réellement un socle dans cette réalisation? Les deux éléments n’ont ils pas la même importance dans la lecture de l’oeuvre?

Raphaëlle Caroff


Svayambhs


©Anish Kapoor





   Anish Kapoor réalise Svayambh in situ, au musée des Beaux-Arts de Nantes, pour l’événement “Estuaire” Nantes-St Nazaire en 2007. Il la reproduira également de la même manière à la Royal Academy of Arts de Londres en 2009 et au Haus Der Kunst à Munich en 2007 (où la masse de cire prenait ici la forme rectangulaire des portes).



©Anish Kapoor


   Tout comme “My Red Homeland” (2003) et “Past, Present, Future” (2006) du même artiste, Svayambh est une œuvre dynamique et monumentale, constituée d’un bloc rouge sanguin de cire et de vaseline. Elle évolue sur des rails disposés à 1.50m du sol, qui constituent son socle. Ce support actif est à l’origine de la formation de cette masse malléable ; il fait évoluer sa charge au fil des allers et retours. "It's as if it's skinning itself as it goes through the doors", précise l’artiste. C’est pourquoi elle porte le nom de Svayambh - “auto-généré”, “modelé par sa propre énergie” en Sanskrit. La forme est en effet sans cesse re-sculptée et en constante évolution. La sculpture est animée par mouvement permanent quasi imperceptible - il lui faut par exemple deux heures pour parcourir le Musée des Beaux-Arts de Nantes de l’entrée au patio.
Le lieu d’exposition devient aussi le support de la sculpture malgré lui, car il façonne la matière tout en gardant des traces de son passage. Le contraste est marqué entre la rigidité de la pierre des murs et la matière souple et pâteuse de la sculpture. En traversant chaque arche du lieu d’exposition, elle y dépose des traces et des épais lambeaux de cire à la manière d’un animal en mutation se séparant de sa peau. Svayambh, de par son caractère vivant et organique, est une œuvre résolument sensuelle. Les vas-et-vient de la masse entre les parois étroite des arches peut rappeler un processus sexuel ou bien intestinal. On peut y déceler d’autres sens, peut-être plus pertinents dans l’esprit de l’artiste : le cours infini de l’œuvre et son poids (une dizaine de tonnes pour Nantes) peut représenter celui de la vie et de l’Histoire, chargés de changements et éternellement inconstants.
La situation d’exposition s’inverse : ce n’est pas Svayambh qui s’installe dans le lieu mais le lieu qui s’inscrit dans Svayambh. La sculpture devient une œuvre d’art “infinie”, ni elle ni son socle ne trouvent leurs formes définitives.

Emilie-Marie Gioanni

On ne joue pas avec la nourriture, Claes Oldenburg…


   Claes Oldenburg, est né à Stockolm en 1929, il est le fils d'un diplomate qui s'installe à Chicago en 1936. Artiste Pop américain, il nous amène au travers de ses œuvres à entrer dans son univers un peu particulier… Au début des années 60, il réalise des sculptures autour des produits de consommation, qu’il expose par la suite dans les rues américaines, en haut des buildings, sur des places… 
« Les créations de Claes Oldenburg illustrent l’inconstance et la vulgarité (au sens de "populaire", "commun") des valeurs de la vie américaine. » 
Dropped Ice Cream Cone, 2001. Acier, plastique et balsa peints, H : 12,1 m, D : 5,8 m, Cologne (Allemagne), Centre commercial Neumarkt. ©Claes Oldenburg
   En effet, ses installations confirment son intérêt pour les produits de consommation, les produits alimentaires, notamment fast-food, qui caractérisent d’ailleurs une alimentation purement américaine (hamburgers, frites, gâteaux, glaces, boissons). Oldenburg, avec Van Bruggen réalisent dès lors des sculptures appelées « Large-Scale Projects ». On parle aussi de monuments urbains car il s’agit de sculptures gigantesques, conçues et installées dans des espaces publics à savoir, dans des villes, parcs, usines, places, rues… « L’idée-même de l’artiste est de sortir du musée, de démocratiser l’œuvre d’art en la faisant voir et percevoir par un maximum de spectateurs…»
C'est sculptures monumentales s'installent dans la ville prenant parfois place sur d'étonnants socles, comme son "Cône de Glace" de 2001 qui semble avoir été renversé sur un immeuble de la ville de Cologne.

Mathilde Ceres

1 Morceau = 1 Histoire

 36 x 26 x 18 cm - ébène du Gabon, feuille d’or.
©Stephan Balkenhol

   Stephan Balkenhol est un artiste sculpteur allemand. Il a la particularité à travers ses œuvres de n’utiliser que du bois.
La plupart de ses sculpture sont peintes, suivant ainsi la technique traditionnelle développée au Moyen Âge de la sculpture en bois polychrome. Autrement dit, il prend soin de laisser apparentes les traces intrinsèques laissées par son travail mais également celle lié à la déformation naturelle de son matériau : coup de ciseau à bois, fêlures, nœuds du bois.
Ses Figures et ses socles sont taillés à partir d’un seul bloc de bois, uniquement à l’aide d’un ciseau et d’un maillet. Figure et socle ne font qu’un. Ils ne sont ni polis, ni poncés.
Il porte cette attention particulière à préserver l’apparence voire l’entité de « poutre en bois ». Le fait de ne pas masquer l’impact de l’intervention manuelle indiquent clairement une optique moderniste.
La sculpture ici présentée est faite à partir d’une pièce d’ébène du Gabon, un bois particulièrement dense qui de ce fait reste très physique à travailler.
Nous pouvons très clairement discerner un homme tenant entre ses bras un bloc d’or, qui n’est en fait qu’une partie de sa sculpture recouverte de feuille d’or. Est-ce le socle ? Est-ce la sculpture ?

Franck Grossel


Grâce à Rachel Whiteread, le socle devient oeuvre à Trafalgar Square


©Rachel Whiteread









   Vous connaissez surement Trafalgar Square, la célèbre place publique de Londres, sur laquelle prennent place de nombreux rassemblement pour le droit démocratique de la liberté d’expression.
A trois de ses quatre coins se trouvent un socle avec une sculpture d’un personnage historique. Ce que vous ne savez peut-être pas, c’est qu’au dernier coin, il y a bien un socle mais qu’il est resté vacant pendant plus de 150 ans après sa construction en 1841, faute de fonds pour construire la statue de William IV qui devait y prendre place. Pendant toutes ces années, la destinée de ce socle fut débattue, jusqu’à ce qu’en 1998, il fut décidé de proposer à des artistes, temporairement, d'y proposer et installer une œuvre.
C’est dans ce contexte que Monument de Rachel Whiteread vit le jour en 2001. Cette œuvre est un moulage en résine transparente du socle placé à l’envers sur celui-ci. Il fut très compliquée à réaliser de par sa taille…
Lorsqu’on lui commanda une œuvre pour le socle, Rachel Whiteread alla observer Trafalgar Square et réalisa que la vie dans le centre de Londres était assez chaotique avec un flux de personnes incessant. C’est pourquoi elle décida de créer une “pause”, un “moment calme, de paix”, quelque chose qui permettrait aux gens de s’arrêter pour regarder et penser. Elle raconta également qu’elle n’avait jamais fait attention à ce socle auparavant et que quand elle s’y arrêta elle remarqua que c’était un élément d’architecture très bien proportionné, avec une forme pure et simple, elle décida alors de “rendre le socle monument”.
L’oeuvre est en effet très belle, avec la résine qui prend des teintes différentes en fonction de la météo et qui donne réellement une présence au socle. Grâce à cette intervention, le socle qui était jusqu'alors vacant et négligé, reprend sa place, redevient visible aux passants et devient même part et fondation de l'oeuvre.

Fanny Fauvarque

Oeuvre ou socle, une histoire de point de vue

Le socle du monde, Piero Manzoni, 1961, herning kunstmuseum, Danemark

©Peter Denan, 2008







   De manière générale on sait qu’un objet est une œuvre d’art quand il est posé sur un socle. Celui-ci lui donne la hauteur et l’importance nécessaires à nous faire penser que l’objet en question est précieux, que c’est une œuvre. Dans le travail de Piero Manzoni de 1961: « le socle du monde » on ne sait plus qui est le socle de quoi. En effet l’artiste a réalisé un cube de 82 x 100 x 100 cm en fer centré sur un carré de petit pavé blanc. Sur ce bloc il y deux inscriptions à l’envers: « Socle du monde » ainsi que « “Socle magique no 3 de; Piero Manzoni – 1961; hommage à Galilée” ». Ainsi Manzoni pose’t-il la question du socle: est-ce le bloc sur la terre qui est l’oeuvre ou bien la terre posée sous le bloc ?
On peut penser que l’artiste a voulu montrer ici l‘importance de la terre en réalisant un socle pour la porter. Les inscriptions à l’envers tendent à montrer cette idée : l’oeuvre d’art est la terre et non la réalisation humaine. Pourtant quand on est devant cette œuvre, on regarde bien le cube et non la terre qui est en dessous. L’artiste montre que le socle est tout aussi important que l’oeuvre puisqu’ici sans lui il n’y aurait rien à regarder. D'une manière le socle révèle l’oeuvre, le globe terrestre que malicieusement Manzoni signe et s'approprie…

Eloïse Bonnard

Les œuvres sculpturales Gréco-Koons

©Jeff Koons

   Quand l’art Grec rencontre le provocateur artiste contemporain Jeff Koons, cela engendre la série Gazing ball, faisant dialoguer l’histoire de l’art classique avec la pop culture.
L’artiste américain nous met face à des répliques de sculptures célèbres, surmontées d’une boule bleue réfléchissante, éponyme de l’ensemble de la série. Parmi la vingtaine de pièces que compte la série Gazing ball, plus de la moitié reprennent des modèles antiques : Apollon, Ariane endormie, Lutte entre centaure et Lapithe, Vénus accroupie, faune endormi, Hercule au repos. La seconde moitié se composent de biens de consommation : un bain pour oiseaux, boite aux lettre, bonhomme de neige gonflage. Tous sont traitées de la même manière par Koons.



Gazing Ball, plaster and glass, 2013

©Jeff Koons


Réalisées en plâtre blanc, légèrement plus grandes que les originaux, les sculptures iconiques ont été réalisées par de prestigieux ateliers de moulages en Europe pour faire exécuter des copies de belle qualité de ces œuvres antiques. Il a fallu mettre au point une formule, mélange de plâtre et de résine essentiellement, pour obtenir une teinte plus blanche que le marbre et plus résistante que la pierre. Les rondes-bosses monochromes d’un blanc mat deviennent les socles de sphères réfléchissantes (gazing ball) d’un bleu profond. Le globe en verre soufflé est directement inspiré d’un accessoire, inconnu en France mais très répandu outre-Atlantique, utilisé pour décorer les jardins notamment en Pennsylvanie où a grandi Jeff Koons.
Le contraste des matières, des formes, et des époques créent une tension entres les deux entités qui se reflètent et ce répondent l’une l’autre. La dichotomie de la rencontre impromptue des deux éléments est comique. Les boules reflètent et déforment l’environnement ainsi que la sculpture et le regard du visiteur qui s’y mire participe activement à l’œuvre. En mêlant œuvres antique et objets de décoration de grande masse Jeff Koons s’approprie des objets manufacturés et copiés, rappelant le Ready-made tel que l’envisageait Duchamp. L’ancien et le contemporain en même temps que l’histoire de l’art classique et la pop culture se confrontent et nous interrogent le statut de l’œuvre d’art.


Gazing Ball (Silenus with Baby Dionysus) plaster and glass, 2013
©Jeff Koons


Koons souligne ici l’usage décoratif des œuvres d’art. Les sculpture Grecs et toutes leurs copies eurent pour fonction, elles aussi, de décorer. Présente dans la propriété privée du commanditaires, des temples, des espaces publics (l’Acropole, le Forum, etc) à la manière des gazing ball dans les jardins contemporains. Les deux entités finissent par ce répondre: toute deux ” déco” et toutes deux copies. Car ces statues antiques soulèvent un rapport implicite entre l’original et la copie. La plupart des modèles grecs antiques repris dans Gazing ball sont connus pour leurs abondantes copies d’époque romaine. En bronze puis en marbre Romain et à son tour copié en Plâtre par Jeff Koons qui suggère la reproduction par le choix du matériaux.
Ainsi, du point de vue de la fonction et de la hiérarchisation, la gazing ball est semblable aux sculptures Antiques. Objet du passé devenant socle de son équivalant contemporain.

Maxence de Cock



mercredi 4 janvier 2017

Hybridations

_HYBRIDATION_

L'hybridation propose le croisement entre deux variétés, deux espèces, deux genres ou bien l’apparition d’un caractère nouveau chez un être vivant. On nomme ces modifications invisibles ou ostentatoires : hybridations et mutations.
Depuis déjà bien longtemps, elles sont ancrées dans l’imaginaire collectif et sont présentes dans de nombreux contes, mythes, légendes et autres œuvres d’arts…

Ces changements attisent la curiosité de l’Homme qui en provoque certains comme les OGM, les nouvelles races de chiens ou autres extravagances génétiques. D’un point de vue éthique, certaines questions causent souvent de grands débats mais restent en suspend. Les hybridations sont-elles des améliorations de la Nature ou simplement une extravagance et un besoin de perfection humain ? L’eugénisme par exemple est défini comme l’ensemble des méthodes et pratiques dont le but est de créer une société utopique et parfaite par le biais d’interventions sur le génome humain.
Pouvons-nous alors considérez cette possibilité comme étant une réelle amélioration ?

Les artistes, quant à eux, ont exploré avec malice, poésie, imagination, les hybridations les plus improbables, peut-être parce que l'hybridation est une des bases fondamentales de la pratique artistique.


Eloïse BONNARD et Marie BAL-FONTAINE

L'IMAGINAIRE COLLECTIF

     MYTHOLOGIE

          OH MY GOD!

_ANUBIS

« Rien n'est plus inconstant que l'apparence d'un dieu égyptien » Anubis, dieu funéraire de l'Égypte antique. Qui sont ces dieux qui nous ont étonnés, parfois intrigués durant nos visites dans les quartiers égyptiens du musée du Louvre ? C’est en se penchant sur le sujet que l’on en apprend davantage sur ces dieux mi-humains mi animaux, aux apparences déroutantes. La forme hybride la plus fréquemment rencontrée chez les dieux égyptiens associe un corps humain et une tête animale. On retrouve notamment des têtes d’oiseaux, de chiens, de crocodile ou encore de serpent… Il est d’ailleurs intéressant de noter que les animaux tardifs tels que le cheval, coq… et les animaux comme la girafe, ou l’éléphant ne font pas partie du répertoire animalier divin. « Certaines caractéristiques sont propres à une seule divinité telle que la tête de l'oiseau ibis, par exemple, renvoie sans équivoque au dieu Thot. » Intéressons-nous plus particulièrement au dieu Anubis, dieu funéraire de l'Égypte antique, maître des nécropoles et protecteur des embaumeurs. Exemple fort du cas d’hybridation chez les dieux égyptiens, Anubis est caractérisé par son apparence d’homme associée à sa tête de chien, ou de chacal. La couleur noire, présente au niveau de sa tête, représente la couleur des momies après qu'elles aient subi le processus d'embaumement. C'est une couleur bénéfique, symbole de la métamorphose des défunts dans le sol.

Anubis tenant la momie de Raï (XVIII dynastie, tombe à Dra Abou ‘l-Naga)
« Les grecs plus tard l'ont identifié avec leur dieu Hermès, aboutissant à la déité composée d’Hermanubis. » (site Mythologica) On lui associera aussi plusieurs surnoms tels que « le seigneur de la nécropole », « celui qui est aux bandelettes », « celui qui ouvre le chemin » qui le désignaient comme un des dieux du royaume des morts. Anubis tenant la momie de Raï (XVIII dynastie, tombe à Dra Abou ‘l-Naga) Plus récemment, dans l’art moderne, Anubis apparait sous deux formes distinctes à savoir sous une première forme humaine, avec une tête de chien tenant généralement une croix d’une main, le sceptre de l’autre, qui s’avèrent être ses attributs. On le retrouve cependant également sous une forme totalement animale de chacal noire aux formes fines et élancées souvent couché, tel un sphinx, sur un édicule qui représente sans doute le tombeau sur lequel il veille.

Anubis (trésor de Toutankhamon) © Musée égyptien du Caire 

Mathilde CERES



_VOUS EN SEREZ PÉTRIFIÉS... 


L’histoire de Méduse, issue tout droit de la mythologie Grecque, a surement bercé vos cours d’histoire dés votre plus jeune âge. La célèbre Gorgone est reconnaissable grâce à sa chevelure de serpents capable de pétrifier toute personne qui viendrait croiser son regard. Cette créature mythologique est la proie de grands artistes qui cherchent à la représenter. Mais pourquoi tant d’intérêt ?
Tout d’abord, rappelons l’histoire de cette fameuse tête :
Fruit de l’union entre la Terre et l’Océan, Médusa avait de somptueux cheveux qu'Athéna transforme en serpents pétrifiants ; punition délivrée alors que la jeune mortelle était séduite par Poséidon. Pégase et Chrysaor jaillirent du sang de Méduse à l’instant où Persée vient lui couper la tête. Il offre alors à Athéna qui l’avait envoyé, la tête de Méduse que la déesse fixe sur son bouclier.
Ce mythe à alimenté de nombreuses recherches sur l’hybridation, la puissance féminine et le pouvoir du regard. Certains artistes tels que Le Caravage, Rubens, Rossetti ou Cellini cherchent à représenter la Gorgone à travers la sculpture et la peinture. L’œuvre du Caravage en 1598, reste l’une des plus célèbre. En travaillant sur un véritable bouclier en bois, le portraitiste saisit l’instant de la décapitation. Le travail irréprochable de l’expression de son visage semble figer Méduse dans le bois, donnant ainsi au peintre le rôle de Persée. A l’image de ce demi-Dieu qui utilise un miroir pour éviter son regard, Le Caravage cherche à peindre son portrait à travers celui de Méduse.


Médusa, 1598, Le Caravage. 

En 1554, le sculpteur Benvenuto Cellini travaille le sujet d’une toute autre manière avec Persée tenant la tête de Méduse. Le choix est porté sur la scène du héros ayant vaincu la créature. Le travail de l’hybridation est d’autant plus flagrant à travers les tentacules qui fusent depuis le cou et la tête.
Persée tenant la tête de Méduse, 1554, Benvenuto Cellini.

Les fascinantes histoires de la Mythologie sont particulièrement convoitées au sujet de l’hybridation. Au cœur des étonnants personnages dont on ne connait la nature, Méduse reste une créature intéressante (et dangereuse) à dévisager.
Flavie SIMON-BARBOUX



MÉTAMORPHOSES
 SALVATRICES



Apollon et Daphné, sculptures de Gian Lorenzo Bernini (1625)
La métamorphose désigne un changement de forme ou de nature (méta : changement, et morphé : forme, en grec). Elle est aussi, par extension, la transformation d'un être ou d'un objet en un autre être ou objet que nous ne reconnaissons pas, par une évolution souvent brutale. Dans les "Métamorphoses", -œuvre comprenant 15 livres écrits en vers du poète latin Ovide-, un être humain se transforme ainsi en animal, en plante, ou en chose (et vice-versa.) Punition, récompense, échappatoire ? Ces transformations ont toutes un rapport aux émotions humaines, qu’il s’agisse de peur ou d’espoir. Il est important de souligner que, contrairement aux histoires habituelles, les métamorphoses d’Ovide revêtent un aspect particulièrement inquiétant du fait de leur irréversibilité. Vous l’aurez compris, cet article ne traitera donc pas d’hybridation, mais plutôt de transformation. Nous nous pencherons ici sur une métamorphose en particulier, celle de la nymphe Daphné qui devint laurier en fuyant le Dieu Apollon. Daphné était une nymphe pure et chaste, qui ne voulait entendre parler ni de mariage, ni d’amour, mais qui attisait les feux de tous les hommes-et Dieux- par sa beauté. Un jour, le Dieu Apollon la suivit dans la forêt. Lorsqu’elle s’en rendit compte, elle fut prise d’effroi, et s’enfuit, poursuivie par l’amoureux fou de désir, lui criant son amour et son admiration. Apollon se rapprochant de plus en plus, la nymphe supplia les dieux de lui venir en aide, pour échapper à ce que le lecteur suppose être un viol imminent : « Le dieu paraît voler, soutenu sur les ailes de l'Amour ; il poursuit la nymphe sans relâche ; il est déjà prêt à la saisir; déjà son haleine brûlante agite ses cheveux flottants. » Dans ses supplications , la nymphe demande aux cieux d’enfin détruire cette beauté qui lui devient si funeste. C’est par ces mots que la métamorphose a lieu : Plus délivrance que punition, Daphné se voit rapidement transformée en arbre. Ainsi ses membres s’engourdissent, une légère écorce l’entoure, ses cheveux verdissent en feuillages, ses bras deviennent rameaux et ses pieds racines.

Illustration de Troppa Girolamo 
Malgré sa transformation, il est dit dans l’histoire que l’arbre semble tout de même vivant : « Apollon l'aime encore ; il serre la tige de sa main, et sous sa nouvelle écorce il sent palpiter un cœur. Il embrasse ses rameaux ; il les couvre de baisers, que l'arbre paraît refuser encore ». C’est bien la seule métamorphose d’Ovide qui laisse entrevoir une forme d’hybridation, entre un arbre et un être humain pensant, doué de sentiments.
Le Mythe de Daphné sera ensuite repris par l’Eglise comme un modèle de chasteté récompensé des dieux. Le pape Urbain VIII en tira d’ailleurs cette leçon : « Celui qui aime à poursuivre les formes fugaces du plaisir ne trouve que feuilles et fruits amers sous sa main. »

Ebony LERANDY


            CRÉATURES FANTASTIQUE

HUMAIN-ANIMAL


 Grand artiste du 20eme siècle, à la fois peintre, céramiste, graveur et sculpteur, Pablo Picasso était le chef de file du mouvement cubiste avec son ami Georges Braque. Expérimentateur génial, Picasso commence à s'intéresser vraiment à la lithographie en 1945, suite à sa rencontre avec Fernand Mourlot, un maître-imprimeur lithographe parisien. « En quelques mois de présence quasi quotidienne chez son imprimeur, Pablo Picasso a complétement modernisé la lithographie, une technique qui était assez classique » (Franck Bordas, petit-fils de Fernand Mourlot). L'artiste a d'abord appris toutes les techniques de la lithographie, pour ensuite en créer des nouvelles et vraiment s'approprier cet art.

Pablo Picasso, Faune musicien n4 (1948)
C'est en 1948 qu'il fait une série consacrée aux faunes. Il crée des faunes joueurs, en noir et blanc et dans un style "naïf". Le style simpliste et en mouvement vient faire écho au caractère de ces créatures mythiques. Le faune a l'air ici d'un enfant au milieu d'une farce. On voit sur cette lithographie le faune représenté dans son milieu naturel. En effet, on peut imaginer qu'il y a derrière lui d'un côté une branche avec des feuillages, de l'autre la grosse masse sombre pourrait être une forêt. Ici, le fait qu’il soit représenté jouant de la musique le rapproche du dieu Pan (il joue de la flûte… de Pan ?). C’est le dieu de la nature, protecteur des bergers et des troupeaux, mi-homme mi-bouc comme les satyres et faunes.



Zoé OBERLE


_LES ÊTRES HYBRIDES DANS LE MONDE DES SORCIERS


L’univers créé par Joanne K. Rowling est peuplé d’un grand nombre de créatures magiques en tout genre. Si l’auteure s’est inspirée d’êtres mythiques (centaures, basilics, sirènes), elle a sorti de son imagination d’autres espèces tout à fait extraordinaires. Héliopathe, Ronflak Cornu, Veracrasse, Vélanes, Sharak, Povrebine, Scroutt à pétard, Strangulot, le bestiaire s’étend à une centaine de créatures. Intéressons-nous ici aux hybrides, c’est à dire aux êtres qui proviennent « du croisement naturel ou artificiel de deux individus d'espèces, de races ou de variétés différentes » (cf. cnrtl.fr).
DES CRÉATURES ANCRÉES DANS L’IMAGINAIRE COLLECTIF
Depuis l’Antiquité, les mythes et les légendes regorgent d’hybrides aux caractéristiques physiques extravagantes. C’est une base riche à la disposition des auteurs d’œuvres fantastiques, et le monde d’Harry Potter n’échappe pas à cette influence : cet univers est en effet composé de créatures mythiques en tout genre. En voici quelques-unes :
LES CENTAURES (Firenze, Bane, Magorian) : Ces hommes au corps chevalin sont issus de la mythologie grecque. S’ils sont forts et robustes, ils n’en demeurent pas moins des êtres résolument pacifiques.
LES CHIMERES : Elles apparaissent également dans l’imaginaire grec. Cette créature diabolique cracheuse de feu est composée d’une tête de chèvre positionnée sur le dos (elle en possède parfois trois selon les interprétations), d’une queue de dragon à l’allure reptilienne et d’un corps de lion.
LE SPHINX : Créature issue de la mythologie égyptienne, le Sphinx est constitué des différentes parties du corps des membres de sa famille : corps de lion hérité de sa sœur Chimère, ailes de Harpie, visage de sa mère et queue de dragon de son père.
HIPPOGRIFFE (Buck) : L’hippogriffe est un être hybride au croisement du cheval et de l’aigle, principalement localisé en Europe. Si l’espèce est déjà imaginée par les Perses (cf. griffon) dans l’Antiquité, la créature telle que nous la connaissons aujourd’hui est apparue dans un roman de chevalerie du 16e siècle, Le Roland Furieux, écrit par L’Arioste. Du rapace, il conserve le buste, les ailes et les pattes aux griffes acérées. De l’équidé, il possède seulement le corps. Ses yeux sont oranges et perçants, son bec gris et allongé, et la couleur de son pelage varie entre le noir, un marron aux tons de rouge, le blanc rosé, le vert bronze et le gris bleuté.
LE LOUP-GAROU (Remus Lupin) : Il apparaît dans la mythologie grecque puis dans les légendes européennes. Le loup-garou est à la base un être humain qui, de par la morsure d’un lycanthrope, se transforme en loup à la nuit tombée et les soirs de pleine lune. Il ne prend pas systématiquement l’apparence entière du loup et apparaît souvent comme un être anthropomorphe aux caractéristiques de l’animal (poils, rapidité, griffes, force et férocité).
LA MANTICORE : Imaginée par les Perses, la Manticore est un monstre cannibale à visage humain possédant des cornes, trois rangées de dents acérées, un corps de lion (généralement rouge), des ailes de chauve-souris et une queue de scorpion.
De haut en bas : Centaures, Loup-Garou, Hippogriffe, Sphinx, Manticore.


2) LES CRÉATURES ISSUES DE L’IMAGINATION DE L’AUTEUR
Toutes ces inspirations mythiques et légendaires ont nourri l’imaginaire de J.K Rowling qui a ensuite créé pour son univers d’encre et de papier ses propres créatures.
LES SOMBRALS : Le Sombral est un cheval ailé noir squelettique à tête de dragon et aux yeux blancs, dont les ailes ressemblent à celles d’une chauve-souris. Ce sont eux qui tirent les diligences qui mènent les étudiants à Poudlard : ils n’apparaissent qu’à ceux qui ont déjà été confronté à la mort, autrement, ils sont invisibles.
L'ABRAXAN : L’Abraxan est également un cheval ailé mais d’une très grande élégance : sa robe est dorée et son crin d’un blanc étincelant. De très grande taille, ils sont forts et robustes : ce sont eux qui portent les carrosses du clan Beauxbâtons.
LE STRANGULOT : Le Strangulot est un démon aquatique anthropomorphe qui vit dans les lacs. Son crâne est surmonté de deux cornes, ses yeux sont blancs, ses dents acérées, sa peau est pâle et verdâtre et ses pieds sont palmés. Ses doigts longs et fins lui permettent d’attraper et d’étrangler sa proie plus aisément.
SCROUTT A PETARD : Le Scroutt à Pétard est une créature agressive mi-manticore, mi-crabe de feu créée par Hagrid. Elle est dénuée de tête, sa carapace est grise et épaisse, et elle possède de nombreuses pattes desquelles jaillissent des étincelles. A l’âge adulte, elle atteint une taille de trois mètres. Le Scroutt à pétard mâle est muni d’un dard pour piquer sa proie, la femelle d’une ventouse sur l’abdomen pour aspirer son sang. Ils sont dits « à pétards » en raison de leur capacité à bondir grâce aux étincelles produites par leurs extrémités.
LE BOTRUC : Le Botruc est une créature humanoïde d’une vingtaine de centimètres au corps constitué d’écorces et de brindilles qui vit dans les arbres. Son allure imite l’arbre auquel il "appartient", celui dont il est le gardien. Il possède des petits yeux marrons sur un visage plat semblable à un morceau d’écorce. Ses membres longs et pointus s’apparentent à des branches. Le Botruc est un être relativement pacifique, sauf si son arbre est attaqué.
De haut en bas : Sombral, Strangulot, Abraxan, Scroutt à Pétard, Botruc
 Emilie-Marie GIOANNI



        ANIMALITÉ

_OEUVRES TAXIDERMIQUES - 1998 - 2007

Thomas Grünfeld 

Quels désirs inouïs peuvent donner naissance à une autruche à tête de girafe ?

Certaines pièces du travail "Misfits" de Thomas Grünfeld - Taxidermie
Thomas Grünfeld, né le 29 juin 1956 à Opladen, en Allemagne, est un artiste/taxidermiste allemand s'exprimant sur de nombreux médiums, il travaille aussi bien la peinture, la sculpture, la taxidermie que la photographie depuis les années 2000. Les pièces de Thomas Grünfeld sont toujours ambiguës, hybrides plutôt. Elles provoquent, chez le spectateur, séduction et malaise et suscitent de profondes interrogations sur la nature de l’art, Les "Misfits" (Collages de différents animaux ensemble) font partis de la première COLLECTION dans laquelle l'artiste s'est engagé. "Dans le paradoxe entre leur apparence familière et leur inadéquation à notre expérience vécue, les "Misfits" instaurent une dialectique du réel et de l’imaginaire" (CNAP). Le terme Hybridation est donc ici parfaitement illustré, cette confrontation animale destinée à la représentation d'un seul est tout aussi atypique que paranormal, abrupt, jubilatoire, irréel et j'en passe ...

Franck GROSSEL



LA TRANSFORMATION DE L'HOMME           SELF HYBRIDATIONS ET MÉCANISMES NATURELS

_MAN STILL


« Man Still » Gilles BARBIER ; FIAC 2013, hors les murs, jardin des plantes.


Man Still, ou quand la sculpture prend vie et devient nature. Cette sculpture issue de la série « Still People » (qui est un dérivé de « nature morte ») propose une hybridation de l'artiste en homme/jardin.
Gille Barbier réalise depuis plusieurs années des sculptures dans lesquelles il se met en scène. Il s'inscrit dans ses sculptures et fait passer un message à travers des réalisations mettant en lumière l’influence du temps, de la méditation et de la société dans laquelle on vit.

La sculpture Man Still peut être interprétée comme étant un messager du temps qui s’écoule et contre lequel on lutte en s’imposant un rythme de vie effréné. A l’inverse, G. Barbier montre une représentation d’un homme à contre temps adoptant une posture méditative, contemplative de la profondeur des choses, sondant son esprit. Ce même homme « à l’arrêt » cesse de s’opposer à la nature et la laisse venir à lui, l’envahir et le recouvrir.

Une forme d’unité se crée alors entre l’homme et la nature où l’homme effectuerait un acte de retrait de la vie et deviendrait le socle de la nature, ce sur quoi elle repose ;

Le temps s’arrête, ils s'hybrident, ils fusionnent.


François-Marie VAILLANT


_HYBRIDATION, ENTRE RÉALITÉ ET FICTION


Orlan est née le 30 mai 1947 à Sant-Etienne. C’est une artiste française multidisciplinaire, elle s’exprime à travers la peinture, sculpture, installation, performance, photographie, images numériques et biotechnologie.
Dans les années 60, Orlan travaille avec son corps et le transforme en lui ajoutant des implants par exemple. Elle crée un corps hybride et propose de multiple réflexions sur l’image du corps dans notre société. Cet art « charnel », comme elle le définit elle-même, nous amène à faire un parallèle avec la chirurgie esthétique. Nous sommes de plus en plus dans une recherche de l’excellence physique et sociale et modifier son propre corps apparait pour certains comme la réponse à ce problème. L'avis du philosophe français Bernard Andries est ici intéressant: « Un corps à soi est la possibilité de se construire une identité en utilisant les progrès technoscientifiques qui transforment les données naturelles.
L’hybridation consiste ici à introduire dans son corps des produits, des outils, des machines qui donnent une nouvelle identité : l’identité hybridée n’est plus l’identité naturelle que nous avons héritée de nos parents… Ce corps d’identité est composite, mélangé et hybridé comme en témoignent les piercings, les prothèses, les implants, les rôles sociaux, les genres et postures… Mais ces hybrides […] font désormais partie de la représentation d’un corps amélioré, choisi et individuel ». Peu de gens se pensent hybrides pourtant tout ce que nous modifions dans notre corps participe à une forme d’hybridation comme les piercings, tous les types d’implants qu’ils aient pour but de modifier une partie du corps comme les implants mammaires ou bien comme chez Orlan juste ajoutés.
Orlan, elle, modifie son corps et va à l'inverse de la tendance et de l'esthétisme collectif et crée avec son propre corps uns sorte d’hybride mi-humain et mi-créature fantastique.
Elle continue ce travail avec, dans les années 90, la série des Self-Hybridations. Cette fois ci tout n’est que fiction ; elle ne touche pas à son propre corps, mais travaille sur l'image.

Self-Hybridation, série indienne-américaine #17 : portrait peint de Sha-có-pay, Le Six, Chef des plaines Ojibwa, avec un portrait photographique d’ORLAN, 2006, Photographie numérique, 152,5 x 124,5 cm
Dans la série des self-hybridation Orlan travaille par morphing à partir de portraits ethniques, africains, mexicains, asiatiques ou encore indiens. Ces photographies peuvent être comprises comme d’autres transformations chirurgicales pourtant tout ici n’est que photographie. Comme elle l’explique: « J’ai toujours cherché à brouiller les cartes, à transformer le réel en virtuel et vice-versa ». Le spectateur ne sait plus ce qui appartient au réel ou au virtuel. Ici, elle s'inspire d'un portrait peint de Sha-có-pay, Le Six, Chef des plaines Ojibwa. Son visage n'est pas reconnaissable bien que dans la plupart de ses portraits hybrides, elle mette en valeur les deux implants qu'elle a sur les tempes. Le code vestimentaire, les ornementations telles que la peinture ou la décoration dans les cheveux sont respectés ainsi que la posture et le regard droit.
Orlan nous montre que nous ne sommes plus naturels à partir du moment où nous sommes dans un cadre socio-culturel. En effet la culture nous impose déjà des transformations qui peuvent être considérées comme des hybridations. Nous sommes donc déjà hybride, une partie naturelle qui nous permet de nous identifier au même genre humain mais mélangé avec une autre partie qui diffère et permet de signifier les groupes culturels qui nous composent.


Myriam BURGAUD



_LA BEAUTÉ SAUVAGE DE MC QUEEN

Anticonformiste, futuriste et romantique, le style d'Alexander McQueen en impose dans l'univers de la mode. Alexander McQueen est un personnage hors norme, aux créations avant-gardistes. Surnommé "le hooligan de la mode", le couturier britannique Alexander McQueen, de son vrai nom Lee Alexander McQueen, naît à Londres en 1969. L'« Enfant terrible » était l'un des plus grands espoirs de la mode. Son ascension fulgurante fut hélas brisée par son suicide en février 2010.
"Les gens trouvent mes réalisations parfois agressives. Mais je ne vois pas cela comme agressif. Je le vois comme romantique, la face sombre de la personnalité. " - Alexander McQueen.
Dans les années 2000, les créateurs avant-gardistes façonnent le vêtement pour transformer radicalement la perception du corps.
La nature est une source d’inspiration pour les créations de McQueen, elle est aussi un thème central, sinon le thème central, du romantisme. Ainsi, McQueen prenait ses inspirations, formes et matières premières dans le monde naturel. D’autre part, les «fantaisies sombres» du poète Romantique Edgar Allan Poe alimentent l'imaginaire de McQueen. Comme le gothique victorien qui combine des éléments d'horreur et de romance, les collections de McQueen reflètent souvent des relations paradoxales comme la vie et la mort, la légèreté et l'obscurité, la mélancolie et la beauté.
Pour McQueen, comme pour les romantiques, la nature était aussi un lieu d'idées et de concepts. Inspiré par Charles Darwin "Sur l'origine des espèces" (1859), McQueen a été fasciné par l'anatomie humaine. Avec le corset 'Spine' il transforme le porteur en une créature hybride, qui est animal humain. La «colonne vertébrale» n'était à l'origine pas destinée à avoir une queue. Cependant, McQueen a demandé à Shaun Leane de faire une queue après avoir regardé le film d'horreur "The Omen" de Richard Donner où un chacal donne naissance à un enfant, fruit d'une fusion inconfortable de l'homme et l’animal.



L’évolution humaine était clairement reflétée dans sa collection l'Atlantide de Platon (printemps / été 2010). Le Designer sublimait la Nature romantiques par un futurisme technologique traitant de l'évolution de l'humanité et sa dévolution. L’Atlantide de Platon raconte un monde d’après la fonte des calottes glaciaires, devenu hostile et amphibie. Les visages des mannequins ont muté, leurs tempes s’ornent de nouveaux volumes, les jambes ressemblent à des pattes de batraciens. Les manteaux évoquent l’anatomie des pingouins. Il y a des robes-méduses. Les corps sont recouverts de corail parfois mort. Rouille, écailles, scaphandres.
“J’ai toujours aimé les mécanismes de la nature”, affirmait Alexander McQueen. Des bruits d’oiseaux et d’animaux résonnent dans la pièce, dont les murs sont recouverts de motifs floraux. Robes en plumes, fleurs et coquillages sont exposées.
 Photo Giovanni Giannoni 
Crédit Firstview, OLIVIER CLAISSEDR
L'amour de McQueen pour la nature et la métamorphose se traduit dans ces tenues. L'hybridation prend forme dans sa collection amphibie, comme une robe python-peau tendue, qui forme une seconde peau sur le modèle. Alexander McQueen, par la fusion humaine avec un animal, transforme le corps et notre perception de la beauté.
© TIM WALKER

« Les animaux me fascinent parce que vous pouvez trouver une force, une énergie, une crainte qui existe aussi dans le sexe."
- Alexander McQueen

Maxence DE COCK 

OUTIL DE DÉNONCIATION

_L'HYBRIDATION, OUTIL DE SATIRE


Francisco de Goya (1746-1828) est un peintre et graveur espagnol du début du XIXème siècle. Après avoir été l’élève du peintre Francisco Bayeu, dont il épousa d’ailleurs la sœur, il obtiendra de nombreuses récompenses telles que le second prix de peinture de l’Académie de Parme en 1771 ou encore le titre de membre de l’Académie Royale de San Fernando en 1780. Ce n’est que plus tard en 1786 qu’il sera nommé peintre officiel du roi d’Espagne. Il finira sa vie en France, à Bordeaux plus précisément pour des raisons politiques et de santé.
Principalement connu pour ses peintures, Goya réalisa également nombre de gravures et de caricatures. Dans la série de 80 gravures « Los caprichos » (qui signifie littéralement « les caprices » mais qui peut être interprété comme « les fantaisies »), Goya fait une critique de la société et de ses congénères à travers la représentation d’êtres étranges. Cette vision de créatures hybrides, mélange entre homme et animaux ou même monstres, rend d’autant plus ridicules les personnes représentées.

Capricho nº 63 "Miren que grabes! "
Dans le Capricho n°63 par exemple, on voit des créatures mi-hommes, mi-ânes, ou encore mi-oiseau de proie. Il s’agit ici d’une critique des nobles et des hommes d’église, représentés comme des vautours qui dirigent les paysans, eux assimilés à des ânes qui se laissent faire.
Dans ces gravures, Goya à su utiliser l’hybridation comme outil pour renforcer l’impact de ses satires.

Raphaëlle CAROFF



_ENTRE TERRE ET CIEL

Pierre et Gilles, tiré de l’exposition « Heros », 2014, techniques mixtes, Paris
Pierre et Gilles, pseudonymes de Pierre Commoy, photographe, et Gilles Blanchar, peintre, sont deux artistes ayant grandi dans des familles bourgeoises, dont ils détournèrent les codes à l’adolescence. Se rencontrant en 1976 à Paris, ils commencent une vie sentimentale et artistique commune, cette dernière inspirée par les couleurs criardes et saturées des affiches bollywoodiennes. Ils se revendiquent comme des artisans, mélangeant pop, culture gay, art et religion, menant parfois presque jusqu’au blasphème. 
Ce dernier élément est particulièrement présent dans les anges de Pierre et Gilles. Fabriqué à base d’une photo prise d’un mannequin réel par Gilles, puis retouchée à la peinture et au glacis par Pierre, on y trouve un jeune homme ailé musclé, souvent nu, au corps huilé dans un environnement fantasque et criard. Pourtant, l’ange, messager entre le paradis et la terre, est historiquement représenté sous la forme d’un enfant pour symboliser l’innocence et empêcher toute attirance sexuelle. Ici, ces canons de beauté aux moues exagérées dégagent tout l’effet inverse. Ils reprennent ainsi les codes visuels de la représentation d’un ange, mais en font transpirer tout l’inverse. La mise en scène de ce qu’il y a de plus sacré est désinhibé par son caractère kitsch et sexuel.  Une satire de la société actuelle y est ainsi présentée, par l’opposition de la paix du paradis et de la folie terrestre. 
La décrédibilisassions du sacré moque ainsi les conservateurs religieux, par la mise en scène crue d’hommes hybrides.

Clara JOUAULT
      

PERTURBATIONS ROBOTIQUES


CORPS AUGMENTÉ

Stelarc, de son vrai nom Stelios Arcadov, né le 19 juin 1946 à Limassol est un artiste australien. Il est connu pour ses performances dans lesquelles il interroge l’impact des révolutions technologiques sur notre corps. Partant du principe selon lequel le corps humain est obsolète, il cherchera constamment non pas à en proposer des versions améliorées mais plutôt à en explorer une anatomie alternative, explorant les possibilités et limites de celui-ci. Beaucoup de gens voient la technologie liée au corps comme une nuisance à l’évolution, mais Stelarc lui pense tout le contraire. Le corps est selon lui une architecture évolutive qui mêlée à la technologie, permettrait de mieux prendre conscience de notre monde.
« Tous mes projets et performances se penchent sur l’augmentation prothétique du corps, que ce soit une augmentation par la machine, une augmentation virtuelle ou par des processus licornologique »
 Stelarc testant les limites du corps,
Event For Lateral Suspension, Tamura Gallery, Tokyo, 
12 Mars 1978, © Anthony Figallo

Stelarc proposera ainsi, au travers de performances, expérimentations, réalisations virtuelles, mêlant corps biologique et technologie, des versions hybrides du corps humain, des organismes issus du croisement de deux individus de deux variétés, à savoir ici l’homme et la machine. Il voit le corps comme un site d’accueil de la technologie, un support matériel, comme lorsqu’il se fait implanter une prothèse d’oreille en 2006 (Extra Ear) sous la peau de l’avant-bras par le biais de la chirurgie. La structure poreuse de l’oreille permis à celle-ci au cours du temps de faire biologiquement partie de son corps, et complété par un micro et un GPS, elle permettrait de capturer les bruits ambiants et de connecter l’homme et son corps à internet.
En somme, Stelarc, plus qu’un artiste, est un professeur, chercheur, et scientifique expérimenté, un homme soucieux de comprendre et d’explorer ce que nous sommes et le monde dans lequel nous évoluons.  Avec pour principaux sujets d’études l’intelligence artificielle et la possibilité d’une vie au-delà d’un corps biologiquement mort, il dépensera des sommes astronomiques et donnera beaucoup de moyens afin d’explorer au plus profond ce lien entre l’homme et la machine avec son propre corps le plus souvent, lui donnant la réputation d'être le premier cyborg de l'histoire humaine.
STELARC -Extra Ear, 2006, © Nina Sellars

_LES ÉTRANGES CRÉATURES DE CHRISTIAAN ZWANIKKEN


Aux frontières de l'art et de la technologie, l'artiste néerlandais Christiaan Zwanikken jongle allègrement entre robotique et biologie pour explorer avec humour la relation entre l'humain, la nature et la technologie et naviguer aux frontières de l'animé et de l'inanimé.



Il imagine des sculptures cinétiques et des installations composées d'étranges robots parleurs, qui émettent des gargouillements ou s'expriment dans un langage artificiel dont on ne reconnaît que des bribes.
Les sculptures de C. Zwanikken sont composées de pièces mécaniques, de capteurs électroniques, de microcontrôleurs, de membres robotisés en mouvement et de morceaux de squelettes, de plumes, de cornes, de dents, d'yeux, de becs.
Cette constitution naturelle et mécanique donne un caractère unique à ces êtres créés dans un monastère vieux de 400 ans situé au Portugal. C.Zwanikken travaille aussi à Amsterdam et New York.
Son travail a été largement exposé nationalement et internationalement et peut être trouvé dans la collection du Musée Stedelijk à Amsterdam, l'Institut d'Art de Médias des Pays-Bas et de nombreuses autres collections publiques et privées. 


Jean SENECAL

_LES BUDDHAS MECANIQUES DE WANG ZI WON

Wang zi Won est un artiste coréen né à Séoul en 1980. Après un accident de voiture, il a réalisé à quel point le corps humain est précieux. Il considère que le corps est la chose la plus importante qui relie l’homme à sa condition humaine. Pour lui, la destinée des humains est d’évoluer et de s’adapter à la science et à la technologie (tout comme les hommes et animaux ont évolué dans le passé pour s’adapter aux circonstances naturelles). Il représente les relations entre l’homme, la technologie et la science à travers des robots androïdes. Il considère que les hommes doivent échapper à la servitude humaine afin d’arriver à une harmonie entre les hommes et les machines qui peut selon lui être atteinte grâce à des pratiques religieuses et une illumination spirituelle. L’artiste n’a pas l’intention de mettre en valeur la religion avec ces icones bouddhistes mais simplement de refléter sa propre existence.


copyright : Snoutypig 2013

Ces automates de couleur blanche laquée font effectivement penser à des robots androïdes mais les rouages métalliques apparents leur donnent un côté plus mécanique. Ils représentent ainsi une hybridation du mécanique et de l'électronique, mais aussi et surtout de la technologie et de la spiritualité. Leur apparence simple et épurée peut être considérée comme impersonnelle et froide et contraste avec les représentations de buddha traditionnelles. Pourtant, leur mouvements lents et délicats donnent un côté paisible et méditatifs qui permet aux œuvres d’être dans leur ensemble très belles et poétiques.

Fanny Fauvarque




_A vous d'imaginer votre hybridation!_