mercredi 18 janvier 2017

Chaises de Designers

Asseyez-vous !

La chaise est l’un des produits les plus revisités par les designers, elle est même devenue une icône dans le monde du design. C’est un objet auquel on attache souvent une seule et unique fonction: celle de s’asseoir. Elle accorde donc une large marge d’expression aux designers pour ce qui est de la forme et des matériaux.
"A quoi bon bouger, quand on peut voyager si magnifiquement dans une chaise" 
© Joris-Karl HUYSMANS - A Rebours
A partir de là, créer une chaise est devenu un défi pour de nombreux designers. L’expérience de l’utilisateur a devancé l’usage réel de l’objet: le but étant de transporter l’usager dans un lieu, un univers, une époque ou même véhiculer une idée / un concept. Cette approche peut-être fortement assimiler à une démarche artistique ce qui rend d’autant plus confuse la frontière entre art et design.
"La liberté est la première des sources d'inspiration pour un créatif »
© Nino CERRUTI
Cet article n’aurait été possible sans une sélection :16 chaises choisies librement par 16 élèves. Elles nous donnent un aperçu général des sources d’inspirations et des influences pour de futurs designers produit. Elles prennent des directions très différentes, plus ou moins osées, en apportant chacune à leur manière une nouvelle alternative à l’assise.

Mathis JAGOREL & Julien COUGNAUD

LA FORME SUIT LA FONCTION



◊ Kali Chair - Jasper MORISSON ◊

 « Un bon design est celui qui est apprécié à l’usage et non seulement par contact visuel »   
©Jasper Morrison

Kali chair, 2015 c Jasper MORRISON, Détail. 

C’est cette reflexion quant à l’usage de l’objet que va développer le designer en créant Kali chair, une chaise aux lignes simples et élégantes. Designer reconnu pour son implication que l’on pourrait qualifier d’écologique, il s’efforce de créer des produits issus d’un design sobre, utile et responsable.
Composée de matériaux recyclés et recyclables (bois et tissus), la chaise Kali s’inscrit dans un contexte écologique sur lequel Jasper Morrison semble avoir voulu insister en jouant avec son esthétique. Les formes des pieds et de l’assise paraissent en effet épurées, conférant à l’objet un caractère minimaliste. Cette extrême sobriété en fait un objet harmonieux, induisant confort et perpétuité. L’accord des formes et des matières joue un rôle important dans cette harmonie, renforcée par la symétrie verticale parfaite de l’objet. La chaise semble former un tout, on ne distingue pas d’assemblage et les pièces s'unissent parfaitement pour n’en faire qu’une. 
Conçue pour développer un orphelinat en Tanzanie, elle revient à sa valeur originelle: proposer une assise pour tous. Jasper Morrison affirme également son implication par sa méthode de production et d’assemblage : la chaise est en effet destinée à être conçue plus tard plus localement, à l’aide d’un mode de conception et d’assemblage très simple et facilement reproductible.
Par le biais de Kali chair, le designer redéfinie les valeurs de la chaise. Le travail de l’esthétique disparait ici au profit de la fonction: il lui redonne son statut, celui d’un objet nécessaire de la vie quotidienne.
Jasper Morrison prône ainsi un retour à l’essence de la chaise en cherchant une sorte de « forme originelle », supprimant toutes fioritures et revenant à un certain minimalisme. Il s’oppose par la même occasion au design de consommation, en créant cette chaise faite pour perdurer. 
Pauline OGER



◊  Box Chair - Enzo MARI  ◊

Photo © Israel Museum, Jerusalem, by Elie Posn

Enzo Mari est un architecte et designer Italien connu pour son amour des objets avec une fonction précise et une technique précise. Il a souvent constaté que “le design est mort” car il trouve que les designers s’éloignait de la fonctionnalité de leurs objets en pensant qu'à l’esthétique. Contrairement à ses contemporains, comme le designer Ettore Sottsass, Mari a préféré adhérer au concept du design rationnel qui correspond entièrement à sa raison d’être et fonction. Mari pense qu’en tant que designer c’est sa responsabilité de libérer les ouvriers de leur travail acharné en créant des produits qui pourrait les inspirer dans leur travail. C’est en lien avec ça que, tout au long de sa carrière, il a préféré le titre “d’artisan” à celui de “designer” grâce à la connotation de simplicité et fonctionnalité lié avec. Son but ultime c’est de chercher la fonctionnalité et l’essence pur de l’objet, en se concentrant sur les besoins des usagers. 
Sa “Box Chair” est une chaise composée d’une assise en polypropylène injecté et d'une structure tubulaire en acier émaillé. Les pieds de chaise sont démontables, permettant le tout d’être facilement entreposé. Le dos et pieds de la chaise se clipse dans la forme en creux de l’assise une fois inversée. Le tout se range dans une boîte en plastique transparent. Ceci est compact et facile à transporter. La chaise est représentative du style d’Enzo Mari : du design bas-coût avec plusieurs fonctions et la customization de l’utilisateur en tête. L’aspect de customization était sensé valoriser l’utilisateur en l'impliquant dans l'utilisation. On est souvent amené à utiliser des produits pénibles et non-modulables parce que c’est ce que l’on trouve facilement sur le marché. On oublie que notre confort et l'usage vis à vis de nos produits sont les éléments les plus importants. Enzo Mari cherche à promouvoir à travers le design l’amelioration pratique de nos vies. 
La beauté de ce mobilier réside dans le fait qu’il soit construit entièrement pour être fonctionnel. Dans ses proportions, la chaise est un peu bizarre mais c’est justement cela qui nous met à l’aise avec cette chaise. Elle n’est pas parfaitement proportionnée donc on n’a pas peur de l’utiliser. Elle n’est pas prétentieuse non plus, surtout grâce à sa matière. Le plastique est une matière fonctionnelle et utilitaire. On n’a pas peur d’abimer une chaise en plastique ni de la salir. Contrairement à certaines chaises dites “design”, “Box Chair” n’est pas la pour être un objet de beauté qui nous met à distance avec son élégance. 

Elise CUGNART



◊ Mezzardo - Achille & Pier CASTIGLIONI ◊
 Le ready made design

Achille et Pier Castiglioni ©PoltronaFrau

Le tabouret Mezzadro, 1954, hêtre _ acier chromé _ siège de tracteur verni ©VitraDesignMuseum


Le tabouret Mezzadro est un tournant, une charnière entre deux notions radicalement opposées.
En effet, Achille Castiglioni est un minimaliste affirmé : analyse logique des fonctions, design minimal, recherche du “Where you could do not less”....
Pourtant, les courant minimalistes ou fonctionnalistes n’impliquent en rien des sièges de tracteur traditionnels rouge vernis. C’est la toute la complexité de l’assise. 
En fait le tabouret, malgré son apparence correspond bel et bien à cette vision du design. De l’assise siège de tracteur à la barre de hêtre qui constitue le pied, chacun des éléments a une fonction porteuse et rien sur Mezzadro n’est superflu. 
Laissons le fonctionnalisme de côté un instant pour aborder la seconde grande inspiration de Castiglioni : le Ready made. Le Ready made est une notion d’art plastique célèbre, issue de la non moins célèbre imagination de Marcel Duchamp, consistant à faire d’objets utilitaire des œuvres d’art. 
Dans le domaine du design, on ne peut pas vraiment parler de ready made car le résultat a une fonction bien utilitaire. Alors quel serait le rapport entre le ready made et le fonctionnalisme pour arriver enfin au tabouret Mezzadro de Castiglioni ? 
En fait, on pourrait presque dire que Castiglioni, à travers ce tabouret, invente un nouveau courant de design : “le ready made design”. En effet, la réutilisation d’objets utilitaires dans le but de créer un autre objet utilitaire est un concept digne de l’humour que l’on connaît de Castiglioni, mais surtout très novateur dans le monde du design toujours à la recherche de nouvelles formes et matières.
Le designer use donc de la caractéristique flexible et solide de la tige de métal, du poid important de la pièce en hêtre et de la fonction d’assise prévue pour le siège de tracteur afin de créer une assise totalement fonctionnaliste dans laquelle chaque élément correspond à une fonction bien précise. 
Fonctionnalisme, ready made, détournement… Castiglioni ne le sait peut être pas mais à travers son siège, il aborde aussi une notion majeure du design actuel : la récupération. 
Récupération de fonction en premier lieu, mais aussi récupération matérielle. 
Au final, ce siège est novateur, fonctionnaliste, minimaliste, inscrit dans une démarche d’éco-design, original, et en fait l'essence même de ce que devrait être le design. 

Tassia KONSTANTINIDIS



L’INDUSTRIALISATION COMME MOYEN D’EXPRESSION



◊ Chaise cafétéria n°300 - Jean PROUVÉ ◊

 © Chaise cafétéria n°300 - Jean PROUVÉ 

Jean Prouvé est a lui seul : architecte, designer et ingénieur. Pour lui "Il n'y a pas de différence entre la construction d'un meuble et d'une maison." Il développe ce qu’on appelle une « pensée constructive » comme les bâtiments, les objets sont conçus avec des mécanismes permettant de les démonter ou remonter facilement, ils sont aussi nettoyer de tout artifices supplémentaires. Jean Prouvé est tout d’abord un artisan du métal, étudiant en ferronnerie, il pense que son avenir est dans l’industrie et l’architecture. 
Son père Victor Prouvé est un des fondateur de l’école de Nancy, au même titre que son parrain Gallé. Une rencontre importante dans la vie de Prouvé c’est Le Corbusier qui va sera un compagnon de travail mais aussi un ami.
Amateur des nouvelles technologies il profite de l’arrivée des nouveaux matériaux minces : aciers inoxydables, aluminium. Une de ces célèbres créations est le « mur- rideau ». Comme un humain se compose d'un squelette, la maison comporterait une structure en métal ou béton. Convaincu que «l’habitation doit être un objet de consommation comme un autre, destructible, déplaçable, amortissable en deux générations», il travaille à l’industrialisation de la construction et, plus particulièrement, aux maisons préfabriquées en métal. 
La chaise de Prouvé est la  Cafétéria n°300 dite  « démontable » de 1950. Elle est faite en tôle et tube d’acier pliés ainsi que de contreplaqué moulé. Ses dimensions sont de 82,5 x 41,5 x 47 cm. Cette chaise a été dessinée sur le modèle de la chaise métropole de 1934. Conçue pour supporter le poids humain, les pieds arrières de la chaise qui supportent le plus de poids. Les pieds avants sont en métal léger et fin alors que les pieds arrières sont en tôle d’acier pliée plus résistant pour éviter une éventuelle déformation à cause des balancements. Cette chaise renvoie une image de stabilité et de résistance grâce à ces pieds arrières plus épais. C’est pour cela que Prouvé laisse parfois apparent les boulons preuve de la robustesse de la chaise.

Pauline LERCHE



◊ Wassily - Marcel BREUER ◊

© Chaise Wassily de Marcel Breuer

Marcel Breuer est un designer allemand d’origine hongroise. Il a conçu la chaise Wassily, entre 1925-1926. A cette époque, M B était à la tête de l'atelier d'ébénisterie du Bauhaus, à Dessau en Allemagne. Il s’est beaucoup intéressé aux constructions modulables et aux formes simples et est connu comme  un moderniste influent.
La chaise Wassily était révolutionnaire, non seulement dans l'utilisation des matériaux car elle est composée d’acier courbé tubulaire et de toile, mais aussi par sa méthode de fabrication. On dit que Breuer a été inspiré par le guidon de son vélo pour l'utilisation des tubes en acier pour construire la chaise.
Cette chaise est l’un des icones du design moderne. Il est inspiré du fauteuil club à l’anglaise. Breuer "a réduit les formes rembourrées du meuble traditionnel à une ossature légère et résistante. Il est composé de cinq tubes d’acier nickelés, reliés par des vis à tête hexagonale, ce qui constitue le cadre : un seul tube plié forme de larges « patins» sur lesquels repose le fauteuil. Un dossier et une assise, également pliés, viennent s’imbriquer diagonalement dans cette structure; enfin, deux barres horizontales au niveau des accoudoirs consolident l’ensemble".
Des bandes de tissu, fils glacés, contenant des fibres d’acier sont tendues latéralement et cousues autour des tubes. La chaise est constituée uniquement de lignes, de plans et de vides. Elle est en "interaction avec l’espace qu’elle occupe, des volumes simples et conséquents – un cube, entravé par un triangle en trois dimensions."
La chaise a été produite en série à partir des années 1960, et est devenue au fil du temps un grand classique du design moderne.
Une sacrée  révolution dans l'histoire du design, car Breuer utilise pour cette chaise un procédé de fabrication industriel. Il emploie un matériau très accessible et économique, sans laisser l’esthétique de coté. Ainsi il allège le siège et le rend démontable avec des outils courants tels des outils de vélo. 

 Camille METAYER



◊  Série 7 - Arne JACOBSEN  ◊

Christine Keeler, Lewis Morley, 1963 The Series 7 chair by Arne Jacobsen, Adventurous Design Quest
La serie 7 s’est faite un nom en 1963, quand Lewis Morley photographie la mannequin et danseuse Christine Keeler nue (de l’affaire Profumo) sur un exemplaire de cette chaise (qui s’avèrera par la suite être une copie).
Cette chaise à l’assise recourbée vers l’intérieur, a été conçue pour être parfaitement adaptée au corps humain, elle est à la fois légère et empilable. Son design, aux formes douces et organiques, lui permet de s’intégrer dans tous les espaces. Cette forme si particulière, de trois courbes en seule pièce, a été rendue possible grâce aux possibilités offertes par les techniques de laminage initialement mises au point par Søren C Hansen petit-fils du fondateur de Fritz Hansen, dans les années 20.
La chaise serie 7 a été dessinée pour une fabrication industrielle la plus simple possible. Ainsi le nombre de pièces pour sa construction a été réduit au minimum : une assise et un dossier en un seul tenant en contreplaqué moulé et un piètement en 4 tubes d’acier chromé. Comme le nombre d’éléments, l’utilisation de matériaux a également été limité à l’absolu nécessaire. Un exemplaire peut ainsi être produit en moins de 10 minutes.

Jason CHAPRON



◊  Panton - Verner PANTON  ◊


chaise rouge, panton chair vitra trentotto mobilier design toulouse

La chaise Panton est un classique de l’histoire du design. Elle a été créée en 1968 par Verner Panton, designer danois qui a une prédilection pour les couleurs vives et les formes géométriques. Elle a été éditée par la société suisse Vitra.
La chaise Panton a été créée en 1968, soit à une époque où l’on faisait l’apogée de la société de consommation, où la jeunesse cherchait un nouveau mode de vie et où de nouveaux matériaux  et de nouvelles techniques de fabrication voyaient le jour. Beaucoup de designers se sont alors penchés sur ces nouveaux matériaux et ces nouvelles techniques, dont Verner Panton qui disait "L'acier tubulaire, la mousse, les ressorts et revêtements ont tant progressé que nous pouvons aujourd'hui créer des formes impensables il y a seulement quelques années. Les designers devraient employer des matériaux qui leur permettent de réaliser des objets qui, jusqu'alors ne pouvaient avoir d'existence que dans leurs rêves". C’est  justement ce qui l’a rendue célèbre, elle fut la première chaise en plastique moulée d’une seule pièce.
Pour concevoir sa chaise, Verner Panton s’est inspiré de la chaise Zig Zag de Rietveld mais aussi d’une chaise qu’il avait lui même créé auparavant la 276 S.
De par sa forme et son matériau souple, la chaise Panton est adaptée au corps humain et procure un grand confort d’assise. Elle convient aux intérieurs comme aux extérieurs.
Les nouvelles technologies de l’époque et notamment le fait que la chaise ne soit réalisée qu’en un seul morceau lui ont permis de créer un rupture avec les autres chaises déjà existantes ainsi que d’être un objet emblématique des années 60 et plus simplement du design d’objet. 

Constance RONDEAU



◊  Chaise DAW - Charles et Ray EAMES  ◊

Photo courtesy Danish Design Centre

Dans un contexte d’industrialisation et de production de masse, Charles et Ray Eames ont non seulement développé un élément s’inscrivant dans son époque mais traversant aussi le temps et les tendances.
La chaise DAW s’inscrit dans une série “Plastic Chairs”. Fabriquée en polypropylène teinté, l’assise est conçue industriellement par moulage formant ainsi une coque en plastique adaptable à différents types de pieds appartenant à la collection, ici en bois et métal. Cet élément développé pour accueillir parfaitement le corps peut se décliner en une multitude de couleurs grâce à son matériau.
Ainsi, à la fois unique mais aussi produite à grande échelle, la chaise DAW reflète tout une société et une dynamique particulière. En effet l’utilisation d’un matériau novateur comme le polypropylène permet d’élaborer une assise en une seule partie et de personnaliser son meuble au gré de ses envies. Le plastique rend alors possible une industrialisation du meuble de designer, c’est en usine qu’il se produit et non plus en atelier.
Une rupture se crée alors entre mobilier d’artisanat et mobilier “industriel”.

Louise PEYON



LA NATURE COMME SOURCE D’INSPIRATION



◊ Vegetal - Ronan & Erwan BOUROULLEC ◊
quand la chaise se prend pour une plante

Ronan&Erwan Bouroullec, 2009

C'est lors de la Milan Design Week de 2009 que les frères Bouroullec ont présenté leur nouvelle création, Vegetal, une chaise aux superbes lignes organiques. Cette dernière en polyamide renforcée de fibres de verre est créée par injection plastique et commercialisée par Vitra, un de leur partenaire privilégié. Pour cette création, les deux designers bretons se sont inspirés d'une technique de jardinage du début du 20ème siècles d'Amérique du Nord qui consistait à conduire les branches des jeunes arbres pour former des chaises grâce à une taille et des soins réguliers.
Ainsi, pour concevoir cette structure complexe, les designers ont associé la géométrie d'une chaise à la structure de la plante. Tel un arbre, ses pieds se transforment en ramifications qui se courbent légèrement pour dessiner l'assise. Cette chaise, dont les six coloris renvoient directement à la nature, est très légère (5,5kg). Néanmoins, elle n'en reste pas moins stable, solide et résistante face aux intempéries. De plus, ces assises sont empilables par trois pour faciliter leur rangement.
En outre, pour avoir une meilleure fluidité d'injection et qualité de structuration, les designers ont dû repenser à plusieurs reprises le dessin des branches. Le but était de transformer les sections des ramifications, circulaires à l’origine, en forme de T, sans pour autant perdre la spontanéité de base des branches. En plus d'accroître la solidité de l'assise, cette nouvelle forme a renforcé l'aspect végétal de la chaise.
Il a fallu pas moins de 4 ans aux frères Bouroullec pour concevoir cette chaise et notamment sa forme organique. Effectivement, pour obtenir l'uniformité et l'harmonie présentes chez les plantes, cette assise a été redessinée peut-être mille fois d'après ses créateurs.

Marion BERNARDI



◊  Enigmum III Chair - Joseph WALSH ◊
 entre design et sculpture

© Joseph Walsh Studio 2016
"Je crois que nous pouvons améliorer la qualité de nos vies en nous entourant d'objets qui possèdent des valeurs derrière leurs fonctions ou esthétique, qui possèdent l'intelligence dans leur création, avec lesquels nous pouvons interagir et qui stimulent les sens chaque fois que nous entrons en contact avec".
Joseph Walsh, adepte des formes futuristes, nous dévoile avec Enigmum III Chair une assise aux formes visuelles fascinantes. Les objets de ce designer irlandais détiennent une signature particulière : il est émerveillé devant la nature et tente de la reproduire dans ses créations, elles sont le résultat d'une étude physiologique. C'est le principe du biomorphisme. Le nom de cette chaise soutient l'aspect envoûtant de l'objet: Enigmum est dérivé du latin "enigma" signifiant mystère et "lignum" désignant le bois. 
Enigmum III Chair est l'aboutissement de techniques novatrices. Joseph Walsh l'a réalisé en matériaux nobles qu'il a ensuite transformé. Le bois est ainsi dénudé pour se métamorphoser en lignes légères. Il utilise les formes organiques ; la chaise pourrait presque faire penser à une silhouette animale ou végétale. Elle semble pousser du sol et sortir de son propre environnement.
Joseph Walsh nous fait découvrir une nouvelle vision du meuble le plus revisité parmi les designers. L'objet est ici à la frontière entre le design et les beaux-arts, on s'écarte du côté industriel pour le rendre vivant et attachant. 

Clara CHANTELOUP



◊  UP 5 - Gaetano PESCE  ◊

Gaetano Pesce, fauteuil UP 5, ©deco-design.biz

Le fauteuil UP 5 s’apparente à un manifeste contre le sexisme des années 70. Pesce combine les recherches émotionnelles à l’expérimentation de formes et de matériaux afin de communiquer des émotions profondes et contrastées. UP5 fait parti d’une série de six UP1, UP2, UP3, UP4, UP5, UP6. Il a pour fonction principale d’être une assise confortable et enveloppante permettant de se sentir protégé. l’UP5 est un hommage à la femme mais aussi une critique de sa condition dans notre société. Ce fauteuil qui se décline sous 8 couleurs renvoie aux formes féminines d’une déesse préhistorique de la fertilité. Le dossier et l’accoudoir, en rondeurs, rappellent une poitrine et des hanches féminines. Le fond de l’assise, lui, rappelle les cuisses d’une femme de sorte que lorsque l’on s’assoit on se sent protégé et enveloppé par notre mère. UP 5 est aussi connu sous le nom de « femme » rappelant également pour certain l’utérus, symbole de la naissance et de la protection. Il est décomposé en deux parties le fauteuil et le repose pied qui peut faire penser à un boulet. 
En effet Gaetano Pesce a voulu à travers sa création parler de la condition des femmes victimes des préjugés des hommes, avec le boulet au pied qui renvoie à l’image traditionnelle du prisonnier. Il est donc pour l’artiste une façon de parler politique sans passer par des affiches mais à travers un objet industrialisé.

Amélie PERON




L’AFFIRMATION PLASTIQUE / STYLISTIQUE



◊  Chaise Vélo - Jan WATERSTON  ◊


La chaise Velo du designer britannique Jan Waterston est un meuble dynamique inspiré de la forme des vélos modernes. Waterston dit : «La bicyclette est un objet dans lequel l'utilisateur peut sentir une relation direct avec l’objet puis la route. » Cette relation entre le corps et l'objet fait écho dans la conception de la bicyclette avec des tubes qui s'écoulent sans cesse les uns dans les autres, en constante évolution de forme, pour améliorer la fonction et l’esthétique.
La chaise reflète cette inspiration en utilisant un seul morceau de bois plié pour former tout le dossier, poussant les limites physiques du matériau. Bien qu'étant un objet quotidien, sa forme simple et sa structure élégante donnent aux utilisateurs envie de le regarder plutôt que de s’y assoir peut-être car il se présente plus tel un objet esthétique qu’un objet ergonomique.

Irmak OZKAN



◊  Tom bloc - Ron ARAD  ◊
 l’œuvre d’art avant la fonction


© Tom Bloc, Ron Arad, 2007


Bon nombre de Designers ont tenté et tentent toujours de créer des objets dont la fonction primaire n’est pas prioritaire dans le processus de création. C’est le cas de Ron Arad, Designer architecte Israélien sortant de l'académie des beaux-arts de Jérusalem, qui cherche à travailler des matériaux et des formes de manière personnelle et engagée, en traitant secondairement la fonction (chaise bibliothèque). A la manière de Massoud Hassani, Ron Arad nous amène à nous poser la question : à partir de quel moment peut-on considérer un objet comme une œuvre d’Art ? Ce Designer débute réellement sa carrière à partir des années 60 avec différentes créations telles que les fauteuils “Rover” et “Well-Tempered Chair“ ou l’étagère “Bookworm“. Avec ses premiers succès, il décide de créer différents studios/ cabinets lui assurant un rayonnement mondialement reconnu. A travers ces courbes et ces formes pures, il expérimente l'acier trempé qui est un matériau retrouvé de manière récurrente dans ses travaux (venant de ses acquis en forgerie). Ainsi, à travers ses différents fauteuils, il se crée une certaine signature personnelle.
C’est le cas de Tom Bloc, un fauteuil créé par l’artiste en 2007. Tom Bloc se traduit par une masse imposante chromée qui rappelle la forme d’un trône. La structure extérieure décrit un cube imparfait avec de légères ondulations du matériau (il y a un reflet de l’environnement, mais de manière déformée). D’autre part, l’assise est composée de légers bombés (à la manière des ondes retrouvées à la surface de l’eau. Malgré le côté imposant et plein de la forme, on y trouve une dimension fluide, dynamique, presque liquide (reflets et courbes sur le matériau). Ce fauteuil reflète bien le procédé de création de Ron Arad : il l’a créé à partir d’une seule feuille d’acier trempé (non par composition de différents éléments). Ce designer nous propose également (à sa manière) une alternative concernant sa création. En effet, bien que la forme ne change jamais, Tom Bloc ne sera jamais le même en fonction de l’espace qu’il occupe. En effet, avec son matériau ayant la propriété d’un miroir, le reflet ne sera jamais le même en fonction de l’environnement qu’il occupera. Ainsi, on peut apprécier le même fauteuil de manière différente selon l’endroit où il se trouve.
Ici, on ne parle pas d’un objet dédié à être sur le marché (procédé de création trop coûteux, compliqué et spécifique) mais plutôt d’un objet qui serait d’avantage considéré comme une œuvre d’art (d’ailleurs exposé durant une exposition aux Arts Décoratifs de Paris). À travers ces types de projets, Arad nous permet d’apprécier une dimension plus poétique et plus sensible concernant l’univers du mobilier.

Jules LEROUGE 



◊  Love - Sandro SANTANTONIO  ◊
La sensualité à l’italienne 


© Love - Sandro SANTANTONIO

Ce fauteuil aux allures de cocon a été imaginé par Sandro Santantonio et est distribué par la marque Giovannetti. Pivotant du haut de son mètre dix et de ses 130 centimètres de largeur il est constituer d’un extérieur en fibre de verre avec un renforcement en acier et d’une assise en tissus pour plus de confort. Il amène une touche de glamour à un intérieur. Sa forme peut évoquer la matrice (le ventre de la mère en particuliert), un espace dans lequel on se sent au chaud et en sécurité.
Le nom de ce fauteuil l’évoque : Love 
Une forme imposante qui évoque un cœur soutenu par un piètement central à l’apparence fragile, un contraste qui intensifie l’aspect maternel et sensuel de ce fauteuil.
Tout laisse à penser que ce siège incite à une certaine sensualité. 
Il lie confort et esthétique avec un Design contemporain.
Le slogan de la marque Giovannetti correspond parfaitement à ce que l’artiste a voulu créer à travers ce fauteuil  « Made in Italy … Made with love » .

Hermeline DUCHEMIN



  ◊  Solid C2 - Patrick JOUIN  ◊
La rencontre entre design, art et technologie 

Thomas Duval - Solid C2 par Patrick Jouin

Né à Nantes en 1967 et diplômé de l’ENSCI en 1992, Patrick Jouin est devenu une figure majeure du design contemporain français comme international. Designer complet, il touche aux différents domaines du design, avec notamment les deux sociétés dont il est à l’origine : Patrick Jouin iD pour le design industriel et Jouin Manku pour le design d'espace.
En 2004, Patrick Jouin design la série de mobilier Solid, dont font partie les chaises Solid C, Solid C2  ainsi que le tabouret S et la table T1. Plus que de simples meubles, cette série, fruit des expérimentations de Patrick Jouin et de son coopérateur Materialise, est une innovation. En effet, ce sont les premières pièces de mobilier réalisées en impression 3D selon le procédé de la stéréolithographie (technique utilisant un laser faisant durcir de la résine époxy par strate). Si ce process était, et est toujours utilisé essentiellement pour la réalisation de maquettes et de prototypes, Partick Jouin l'utilise comme un véritable process industriel, ce qui lui permet de donner à sa chaise une forme qui serait inconcevable avec les procédés traditionnels. Ainsi, « Solid C2 » semble être un entremêlement de rubans de différentes tailles tels des brins d’herbe balayés par le vent. Qu’elle soit noire, rouge, grise ou jaune, Solid C2 est une assise intrigante, tant par sa forme que par son procédé de fabrication.
Mais plus qu’une innovation, Solid C2 est une véritable œuvre d’art. Avec seulement trente exemplaires numérotés édités par MGX by Materialise, Solid C2 devient un objet de convoitise. Lors d’une vente aux enchères, la chaise numéro 4 s’est vendue 18 750$. Considéré comme une œuvre d’art, Solid C2 a également été exposée dans plusieurs grands musées partout dans le monde : au Stedelijk Museum à Amsterdam, au Moma à NYC ou encore au Centre Pompidou à Paris.
Solid C2 est donc une chaise, mais pas seulement. C’est une innovation technologique, mais pas seulement. C’est une véritable œuvre d’art.

Brandon GONDOUIN



◊  Louis Ghost - Philippe STARCK  ◊


©Louis Ghost - Philippe STARCK

Philippe Starck a toujours été un designer qui aimait jouer avec ses créations, il est l'anti designer par excellence et il le confirme encore une fois avec sa chaise Louis Ghost. 
Créée en 2002 la chaise Louis Ghost est fabriquée en polycarbonate (une méthode de fabrication innovante pour l’époque), entièrement transparente et arborant un style faisant référence à une époque révolue. Mais alors, on peut se demander pourquoi cette chaise est devenue un des objets design les plus vendu de tous les temps? En effet pourquoi est-ce que les gens iraient acheter une chaise, qui se vend assez cher, et qui une fois placé dans son salon n'est pas mise en valeur puisque que complètement transparente. Comme le dit Philippe Starck  "Le succès universel de la chaise Louis Ghost ne vient pas de sa conception mais de la mémoire commune", en effet son attirance serait dû à un subconscient collectif qui transcende le temps. Même si on ne peut pas forcement tout comprendre sur la cause du succès de cette chaise on peut en apprécier ses très nombreux relooking comme ceux de Christian Lacroix, John Galliano, Elizabeth Garouste ou encore Jean-Charles de Castelbajac.
Philippe Starck repousse encore une fois les limites du design en sortant une chaise qui, à première vue, a tout pour repousser mais qui pourtant attire le regard et l'imagination.

Quentin CADERO

En proposant des designs très audacieux, les créateurs sont souvent amenés à prendre une part de risque qui la plupart du temps sera récompensée. Donc souvenez-vous :
"Un intellectuel assis va moins loin qu'un con qui marche. »
© Michel AUDIARD - Un Taxi pour Tobrouk
A moins que ce ne sois l'inverse…

mardi 17 janvier 2017

La chaise dans l'art


“Le cul entre deux chaises”

Le mot "chaise" vient du latin "catherda" signifiant siège, banc, chaire de professeur et trône. Présente dans notre quotidien, la chaise est un élément que l'on retrouve dans tous les foyers. Elle a traversé les siècles permettant aux hommes de pouvoir s’asseoir à toutes les époques. La chaise existe sous de nombreuses formes. L’aspect de confort est devenu un élément important : une chaise doit tenir compte de la pression du corps exercé sur le bassin pour ne pas contraindre l’utilisateur et ne pas l’obliger à changer fréquemment de position. 
Comme beaucoup d'objet du quotidien,  elle a souvent été représentée, détournée dans l’art. 
Elle est pour les artistes un objet fascinant chargé de multiples significations. On la met en scène, on lui donne un nouveau sens, on la déforme, on la peint, on l’expose… La chaise n’est plus un simple objet mais un objet d’art mis en scène de différentes manières qu’elle soit en bois, en plastique, orné d’un coussin ou de velours. Que nous soyons bien assis, adossé, en tailleur, de travers ou encore à califourchon, la chaise dépasse le champ du quotidien pour investir avec malice, pertinence et impertinence le champ artistique…
Alors quelle chaise choisirez-vous?
- Constance Rondeau & Amélie Péron -


La chaise peinte

La chaise de Vincent - La chaise de Gauguin - Vincent Van Gogh

Vincent Van Gogh est né en Hollande. Homme très sensible, il a connu une vie tourmentée. Renvoyé de son premier travail, il tente de rentrer dans l’Eglise mais le fait qu’il porte trop d’attention aux pauvres ne plaisait pas à ses supérieurs. Il cherche alors un métier qu’il lui permettrait d’exprimer toutes ses émotions, sa sensibilité. Il est alors devenu peintre. Il n’a cessé de prouver son originalité avec des peintures expressives et son travail sur la couleur et la ligne. Plus tard, son travail sera un modèle pour les Fauvistes et les Expressionnistes. Mais Van Gogh n’a pas connu le succès étant vivant, homme angoissé et déprimé il finira par se suicider. Van Gogh a un style propre et affirmé il a le don de donner vie à des objets quotidiens, comme ici, la chaise. 
© La chaise avec sa pipe, Arles, 1888, huile sur toile 91.8 sur 73 cm, The National Gallery, Londres.


Dans ce tableau, on voit, au premier plan, une chaise vue de haut. L’assise est positionnée au centre du tableau. Sur la chaise sont posés du tabac et une pipe. Au second plan, on remarque l’angle du mur ainsi qu’une caisse posée à gauche hors champs. Même si la perspective n'est pas exacte, la chaise peut représentée comme une invitation pour le spectateur à y siéger. Cette chaise jaune peut être vue comme un autoportrait, une évocation de l’artiste lui-même. En effet, dans un autre autoportrait, Van Gogh se représente avec une pipe et un chapeau de paille, l’assise de la chaise est en paille. De plus cette chaise est un élément repris ensuite dans le tableau La chambre de Vincent, cette fois elle n’est pas l’objet principal. Van Gogh se représente par des objets qu’ils lui appartiennent. 




Il est intéressant de comparer La Chaise de Van Gogh avec le tableau qu'il fait du Fauteuil de Gauguin, Arles en 1888. On perçoit bien une opposition entre la chaise simple en paille et le fauteuil plus ample de Gauguin. Van Gogh oppose le plaisir simple de la pipe (éteinte) aux deux livres et à la bougie allumée posés sur le fauteuil de Gauguin. les chaises représentent deux artistes différents, l'un comme un homme humble, l'autre comme un être lumineux et érudit.


- Pauline Leriche -

La Nature morte à la chaise cannée, L’incorporation de la fragments de réalité dans l’art par Picasso

Nature morte à la chaise cannée, Picasso, 1912
L’œuvre de Pablo Picasso, la Nature morte à la chaise cannée, réalisée à Paris en 1912 signe la découverte du collage. Cette technique inspirera de nombreux mouvements comme par exemple le dadaïsme, le surréalisme… C’est avec l’intégration d’un morceau de toile cirée dans le tableau (représentant un cannage de chaise) que l’on voit la volonté de l’artiste, non plus de copier et de représenter, mais d’intégrer le réel dans son œuvre. Picasso questionne la relation de l’art et du réel. Ce lien reste ambigüe dans sa détermination puisque la toile cirée n’est pas une chaise mais incite l’esprit du spectateur à visualiser la représentation réelle d’une chaise.
Cette nature morte est composée essentiellement d’objet du quotidien : une pipe, une tranche de citron,un couteau, une coquille st Jacques, puis les lettre JOU ( « journal » ou « jouer ») le tout dans une forme ovale cernée par un faux cadre en corde qui emmène le tableau vers l’objet . En effet, ces objets peints sont difficilement repérables et restent dans une technique de représentation cubiste. Le spectateur peut alors visualiser et imaginer ces formes de lui-même . Cependant, avec le collage trompe l’oeil, l’observateur est en quelque sorte forcé à visualiser une chaise cannée et donc à se plonger dans un certain contexte (bar, brasserie ... ) imposé par cette technique d’insertion du réel. Picasso et Braque ont souhaité, par cette technique, introduire la réalité dans l’art au risque de détruire « l’illusion picturale » ( détruire le but premier de l’art qui est de représenter une copie de la nature ).
Cette œuvre est l’élaboration d’une catégorie d’art qui n’est plus seulement visuelle mais plutôt conceptuelle, que l’on pourrait appeler : cubisme synthétique. Ce sont les spectateurs qui font le tableau, ils contribuent à l’élaboration de l’œuvre avec le peintre en construisant l’espace dans leur tête.
" Le tableau change nos repères, notre façon de voir l'espace et l'art ". 


- Hermeline Duchemin - 

L’électrique

Big Electric Chair, Andy Warhol

La chaise électrique est un instrument d'exécution par électrocution, inventé et utilisé aux États-Unis.
© The Andy Warhol Foundation for the Visual Arts, Inc. / Adagp, Paris

Andy Warhol a créé une série de sérigraphies et peintures sur toile. Si la chaise électrique s’impose comme motif, c’est bien sûr que la mort violente venait d’entrer dans la vie politique (assassinats de John F. Kennedy et Lee Harvey Oswald). C’est aussi qu’après l’exécution de Caryl Chessman, en 1960, un mouvement de protestation contre la peine de mort s’était développé. Cependant, cette représentation d’une chaise électrique dans la chambre d’exécution dépeint, malgré ses couleurs vives, une vision pessimiste de la société américaine. Bien plus, cette icône sale, à la mauvaise définition, et dont le jeu des couleurs ne respecte pas l’organisation, n’est qu’un fantôme d’image. Allégorie de la mort, qui figure, en même temps, la mort de la mort. La chaise est vide. 

- Irmak Oskan -


La chaise au delà du design

Le Fauteuil Red & Blue de Rietveld


« Vous avez tout à fait raison, je me suis en effet blessé aux chevilles sur les protubérances, mais d’un autre côté, ce n’est pas vraiment une chaise, mais un manifeste.»



635 Red and Blue

De Stijl est un mouvement artistique essentiellement néerlandais, construit autour de la revue “De Stijl” (le Style) dont on dénombre la parution d’une centaine de publications durant une période qui s’étend de 1917 à 1931. On définit deux grandes périodes au mouvement “De Stijl” : l’une essentiellement construite autour des découvertes picturales de Piet Mondrian; et une autre, plus constructiviste, où les idées De Stijl se sont propagées dans l’architecture, l’architecture d’intérieure, le graphisme, le design de meuble etc. dans une déclinaison plus fonctionnaliste.
La chaise Rouge et Bleu de Gerrit Rietveld se place entre ces deux périodes du mouvement. Tout d’abord, Rietveld, ébéniste néerlandais, s’inspire des caractéristiques pictural du mouvement. C’est à dire l’utilisation de lignes droites et orthogonales, de formes se limitant à des rectangles ou des carrés et enfin l’utilisation des couleurs primaires (jaune, rouge, bleu) et des non couleurs (noir, blanc, gris), des couleurs appliquées en aplat, sans mélange ni dégradé. De plus, le procédé de fabrication se veut rationnel et simple : des barreaux posés les uns sur les autres ou juxtaposés symétriquement puis fixés par des chevilles de bois. Un assemblage par boulon est destiné aux seules planches du dossier et de l’assise soumises à de fortes charges. Rietveld démontre ainsi que la construction détermine la forme externe, la fonction, autrement dit la technique et l’esthétique sont au même plan. La forme du meuble est déterminée par sa construction. La technique et l’esthétique sont donc traitées « à égalité ». 

Cependant, ce meuble ne semblait pas être destiné au marché des consommateurs. En effet, elle n’a jamais été commercialisée, par ailleurs elle fut une expérimentation autour des idées : de confort, du faire soi-même grâce à un montage à priori facile, d’expressions esthétiques à partir de formes élémentaires.

La chaise rouge et bleue fut l’utopie d’une création parfaite et totale, entre deux hommes qui ne se sont jamais rencontrés mais qui se sont réunis autour d’un mouvement: De Stijl.

- Mathis Jagorel -

Chaise “Leda”, Salvador Dali

Femme à la tête rose, Salvador Dali, 1935

C'est une assise : trois pieds, un seul accoudoir. Mais elle se différencie des chaises de designers. Effectivement, son créateur est particulier : Salvador Dali, grand et étonnant artiste pourtant connu pour ses peintures plus folles les unes que les autres. La Chaise Leda est ainsi un rêve devenu réalité ; une image devenue sculpture. Dali dessine ce meuble inspiré de son tableau Femme à la tête rose en 1935 pour son ami fabricant et décorateur Jean-Michel Frank, afin d'appliquer l'art à d'autres disciplines. Elle fut sculptée par Joaquim Camps, mise en production et commercialisée par BD Barcelona Design dans les années 1990.


Chaise Leda © Salvador Dalí, Fundació Gala-Salvador Dalí, VEGAP
C'est ainsi que le décor qui peuplait le tableau s'est transformé en mobilier contemporain. On retrouve dans la Femme à la tête rose tout comme la Chaise Leda les thèmes abordés par l'artiste dans ses peintures : le rêve, la sensualité mais surtout sa femme dont il s'inspire, Gala. Dans l'œuvre en 2 dimensions on aperçoit des transformations bizarres : une des jambes de la femme au centre du tableau est transformée en statue rigide tandis que les meuble semblent prendre vie.


Chaise Leda © Salvador Dalí, Fundació Gala-Salvador Dalí, VEGAP

Réalisée en 3 dimensions, cette chaise paraît toujours aussi surréaliste. Elle semble plus vivante que jamais avec ses 4 pieds qui se transforment en bras pour l'accoudoir. Comme si une femme avait été figée et métamorphosée en chaise. Comme un corps enveloppé d'or.

-Clara Chanteloup -


La démesurée

Chaise, Lilian Bourgeat

© chaises , 2008 Lilian Bourgeat– polyester resin – 196 x 125 x 115 cm 

Lilian Bourgeat est un artiste contemporain révélé sur la scène artistique au milieu des années 90. Il est connu pour ses œuvres surdimensionnées. Son travail se caractérise par un goût constant pour le jeu et la farce. Ses réalisations sont composées d’objets du quotidien, détournés de manière exagérée notamment dans leurs tailles. 
Les objets du quotidien ne cessent d'envahir le monde de l’art (frigidaires de Lavier et bibelots de Jeff Koons). En proposant une œuvre d’un banal salon de jardin, Lilian Bourgeat continue la tradition de tous ces artistes qui se sont intéressés aux objets du quotidien. Avec sa Chaise de 2008, Lilian Bourgeat a créé une chaise de jardin surdimensionnée. Il déstabilise et interpelle le spectateur en changeant le rapport d'échelle entre le corps et l’objet usuel. Ici, la chaise de jardin sort de son ordinaire et atterrit sur le devant de la scène. Bourgeat perturbe le cours normal des choses pour atteindre le spectateur qui peut se sentir dominé par des objets auxquels on apporte peu d’importance. Tous les repères de mesures et de perceptions se trouvent chamboulés. La chaise de Bourgeat n'est plus, ou très mal adaptés à l’usage que nous en faisons habituellement. Il n’est pas très aisé de se hisser sur une chaise qui mesure plus d’un mètre de haut. Ce changement de proportion nous emmène dans l’univers de l’enfance ; pour un bébé à quatre pattes, une chaise doit paraître énorme. Il est certain que « les Voyages de Gulliver » ou « Alice au Pays des merveilles » ont inspiré Lilian Bourgeat, les personnages de ces romans évoluent dans des espaces et des pays où tout apparaît beaucoup plus grand ou plus petit qu’eux.


- Camille Metayer -

L'accumulation

Cathédrale de chaises, Tadashi Kawamata


© Cathédrale de chaises, 2007, oeuvre in situ, Installation « L’emprise du lieu », Expérience Pommery #4, Domaine Pommery, Reims. c Tadashi Kawamata. Photo de Andreas Pluskota 



« Les chaises ici, ce sont des personnes, des âmes, une infinité d’individus porteurs de frères, qui s’asseyent depuis des temps immémoriaux pour rassembler leur prières et les faire monter ou espérer un peu s’élever avec elles. » 
Ainsi est présentée l’œuvre “Cathédrale de chaises” réalisée par l’artiste Tadashi Kawamata, qui nous invite dans un espace où sensible et intelligible se côtoient par l’accumulation de chaises s’élevant dans un lieu empreint de spiritualité. Plasticien japonais, Kawamata s’est révélé par la réalisation d’œuvres in situ dans le monde entier. Le plus souvent éphémères, elles mettent en lumière l’invisible par l’accumulation d’un simple objet qui perd sa fonction pour présenter une identité différente du lieu l’accueillant, initiant alors une réflexion concernant l’espace architectural. À la demande du festival d’Automne de Paris, il investit en 1997 la Chapelle Saint-Louis de l’hôpital de la Pitié Salpétrière. Quand il le visite pour la première fois, il découvre un lieu empreint de calme et de spiritualité, idée qu’il va s’efforcer de restituer dans son installation. Quatre milles chaises d’église cassées sont ainsi entassées dans la chapelle, venant former un impressionnant « passage de chaises ». Tadashi Kawamata donne une nouvelle fonction à ces chaises cassées qui ne pouvaient plus assurer la leur, déstabilisant les visiteurs en remaniant l’espace, questionnant le lieu . A l’image d’un patient entrant à l’hôpital, il vient associer les chaises cassées pour leur donner une nouvelle fonction. Les valeurs du lieu : la grandeur, l’élévation spirituelle et le caractère fédérateur sont ainsi mis en valeur de par cette installation gigantesque. La chaise dépasse ici le simple statut d’objet : son accumulation en fait une installation métaphorique, au travers de laquelle chacun peut percevoir différents messages. 
Ce sont les mêmes valeurs que Tadashi Kawamata tente de transmettre en 2007 à la Pommery Experience #4 à Reims avec son installation « cathédrale de chaises », reprenant l’idée et les matériaux de son oeuvre ultérieure « passage de chaises ». En l’installant dans une grotte, il propose une idée architecturale en restructurant l’espace et fait de la chaise un objet métaphorique. Métaphore de l’élévation spirituelle, de l’union ou encore de la Vérité (allégorie de la caverne, La République Livre VII. Platon) … il ajoute de la valeur à l’objet, qui prend ici un aspect sacré. 
Par sa simple accumulation la chaise devient porteuse de message, et un véritable objet métaphorique.


- Pauline Oger - 


Black Whole Conference, Michel de Broin


© Michel de Broin, 2006, http://micheldebroin.org/fr/black-whole-conference-i/ 

Une sphère de 74 chaises reposant seulement sur l'une d'entre elles… Impossible ? Non, pas pour Michel de Broin ! Ce dernier interroge, par le biais de la sculpture, la performance ou encore l'installation, « le contrôle de l'espace symbolique et social »(MAC VAL). Exposée depuis 2006 au Musée d’art contemporain du Val-de-Marne, cette impressionnante sphère de 4 mètres de diamètre est intitulée Black Whole Conference, jeu de mot avec "Black hole" qui signifie trou noir en anglais. 
En effet, de par sa forme, cette structure suggère un trou noir, voire même un système immunitaire protégé par de nombreuses « épines ». Pour Michel de Broin, le trou noir est l'objet le plus attractif qui existe. Ainsi, sa « circonférence de trous noirs » est tellement attractive, qu'elle finit par absorber tout son contenu. Par ailleurs, le trou noir est un espace impénétrable, c'est pourquoi, l'artiste utilise les pieds des chaises comme protection contre le monde extérieur. Cette conférence qui est déjà très attractive, le devient d'autant plus si on nous empêche d'y pénétrer. Cependant, on a une toute autre vision de l’œuvre quand on se situe à l'intérieur. Les chaises semblent tourbillonner autour de nous comme dans un manège. 




© Michel de Broin, 2006, http://micheldebroin.org/fr/black-whole-conference-i/
     
Dans cette œuvre, la chaise occupe une place primordiale. En outre, l'artiste voulait que la chaise garde son apparence et que ses pieds restent les éléments qui structurent la configuration de la forme. Cette chaise, copie de celle de Robin Day, est légère, simple, empilable et modulaire. Néanmoins, sa banalité est complètement effacée, quand elle devient la pièce maîtresse d'une œuvre qui défie les lois de la gravité.


- Marion Bernardi - 


Au détour d'une chaise…

Roue de bicyclette 1913, Marcel Duchamp

La Roue de bicyclette, créée à Paris en 1913, est une œuvre considérée comme le premier ready-made de Marcel Duchamp. Il s’agit d’une sculpture composée de deux objets manufacturés fixés l’un à l’autre : une roue de bicyclette à l’envers sur un tabouret.


Marcel Duchamp: Roue de bicyclette, unknow, Centre Pompidou Metz

La fonction des objets est perdue, détournée, pour composer une œuvre à part entière destinée aux galeries d’art. Si ce premier ready-made se compose de deux éléments assemblés, les œuvres du même genre la suivant ne subiront, elles, aucune transformation. Ainsi le Porte-bouteilles acheté dans un grand magasin parisien se verra affublé d’une nature artistique par Marcel Duchamp qui l’exposera dans les musées et galeries d’art.
Marcel Duchamp: Porte-bouteilles, unknow, Centre Pompidou Metz

Cette sculpture de Roue de bicyclette sur son tabouret lui servant de socle, donne à l’objet de l’importance à l’instar d’une figure d’homme illustre sur son piédestal en référence à la sculpture traditionnelle. En mettant en avant cette roue, Marcel Duchamp met en œuvre les notions de temps, de mouvement et donne à voir la capacité hypnotique de cet objet. Cette œuvre fait écho à la série de travaux sur le mouvement poursuivi par l’artiste depuis le Nu descendant l'escalier de 1912. L'invention du Readymade par Marcel Duchamp ouvre une perspective et permet aux objets réels, manufacturés (Les chaises par exemple) d'entrer dans le champ de l'art…


- Jason Chapron -


Le petit déjeuner de Kichka I, Daniel Spoerri

© Image: Daniel Spoerri, Kichka’s Breakfast, 1960, Source: Museum of Modern Art, New York, NY

Telle une nature morte, déjà consommée, laissée en suspens, abandonnée par son créateur, Le Petit déjeuner de Kichka I nous questionne sur la temporalité. En effet, Daniel Spoerri réalise de nombreux “tableaux” figés qui sont en réalité les restes d’un repas posés tels quels sur une table. L’artiste vient alors figer les scènes grâce à une résine collante, laissant ainsi les repas s’immortaliser. C’est en changeant le point de vue du plateau de la table, et des objets présents, que Spoerri vient placer une scène quelconque de la vie courante au rang d’œuvre d’art. On qualifiera d’ailleurs ses réalisations de “Tableaux pièges”. Se plaçant entre la nature morte et la scène de genre, ses œuvres témoignent d’un passage, d’une banalité… 
Ce regard novateur que porte Spoerri sur la relation aux repas, reflète en réalité la citation de Jean Anthelme Brillat-Savarin “Dis-moi ce que tu manges, je te dirai qui tu es”. Le plateau de la table à manger se place comme un portrait d’un individu. La présence de la chaise prend alors tout son sens, en effet au lieu d’effectuer sa fonction principale d’assise pour accueillir une personne, elle vient soutenir le plateau de petit déjeuner représentant Kichka. La chaise aide non seulement le spectateur à la compréhension de l’oeuvre en personnifiant l’objet, mais en étant changée de point de vue elle porte le petit déjeuner comme un cadre pourrait supporter une peinture. 
Au travers du travail de Daniel Spoerri, la chaise se place en tant qu’objet, support, mais aussi en tant que portrait figé par le temps. 

- Louise Peyon - 

One and three chair, Joseph Kosuth

© Philippe Migeat - Centre Pompidou, MNAM-CCI /Dist. RMN-GP © Adagp, Paris

“One and three chair” est une œuvre réalisée en 1965, par Joseph Kosuth, figure majeure de l’art conceptuel (art se caractérisant par la primauté de l’idée sur la réalisation). Il s’agit d’une composition de trois éléments distincts de tailles approximativement égales représentant un seul et même concept, placés contre une cimaise: une chaise industrielle quelconque en bois en tant qu’objet tridimensionnel, une photographie en noir et blanc (environ à l’échelle 1) en tant que représentation bidimensionnelle, à gauche, et une définition de l’objet tirée d’un dictionnaire en tant qu’expression par le langage, à droite. Cette œuvre représente un même sujet mais de trois manières différentes, sans répétition. En effet, les trois éléments se complètent et énoncent tous trois, trois réalités expressives différentes, formant une unité vis-à-vis du sujet mais irréductibles les unes par rapport aux autres : lorsque l’image est insuffisante à la compréhension du sujet, elle est complétée par le langage qui lui-même, quand il est insuffisant est complété par l’objet. Joseph Kosuth explique son œuvre : « Mon travail […] traite des multiples aspects d’une idée de quelque chose ». 

© Josheph Kosuth - One and three chair (1965) 



Joseph Kosuth n’a rien créé lui-même, il a « seulement » assemblé différents éléments existant pour en faire une œuvre qui interroge. Ce n’est pas tant l’objet qui est intéressant, mais plutôt le sens de cet objet. En effet, Joseph Kosuth a réalisé plusieurs version de cette œuvre avec des chaises différentes ce qui montre que l’objet en lui-même n’a pas d’importance. C’est ainsi que l’œuvre reste intacte dans son sens et ce même si l’on change l’objet, sa représentation ou même son lieu d’exposition.


- Brandon G - 


Licorne, Pierre Ardouvin


© Licorne - 2015 - Photo Pierre Ardouvin © Pierre Ardouvin ADAGP.

Adepte du souvenir et de la nostalgie, Pierre Ardouvin met en exergue la chaise d’écolier dans son œuvre qu’il nommera “Licorne” en 2015. En effet, l’assise est le point de départ de la sculpture, d’une part elle permet l’équilibre mais elle offre aussi une vision plutôt explicite de l’école, un domaine dans lequel chaque observateur va pouvoir rattacher son propre vécu. De plus, c’est un élément caractéristique de la normalisation industrielle tout comme le milieu scolaire peut être vecteur de standardisation. La connotation de l’enfance se poursuit lorsque l’on s’attache aux jouets suspendus, par leur lévitation, ils traduisent la légèreté et l’esprit volatile que peut avoir un enfant. Pourtant, il s’agit essentiellement de jouets représentant du mobilier ce qui émet un rapprochement au domicile familial, un lieu où l’écolier pourra s’adonner à toutes sortes d’activités. C’est ainsi que l’on peut constater une fracture entre deux univers : d’un côté, l’univers encadré et réglementé du domaine scolaire, et d’un autre, l’univers d’évasion et de divertissement du domaine extra-scolaire. L’harmonie créé par Pierre Ardouvin dans sa sculpture se tient seulement par l’intermédiaire d’une seule branche, elle reprend la matière de la chaise, le bois, et vient se fixer en point sur le dossier comme si elle y prenait racine. Puis elle se déploie de manière aléatoire et totalement naturelle pour venir accrocher, via un fil, la composition de jouets de maison de poupée. Un fragile équilibre prend forme. 

- Julien Cougnaud - 


Chaise de graisse, Joseph Beuys

Chaise de graisse, installation, Joseph Beuys, 1964 ©Joseph Beuys

Joseph Beuys est un artiste allemand travaillant notamment la sculpture, l’art des performances/installations. Il a été actif en Europe et aux Etats-Unis des années 50 jusqu’aux années 80. La nature de ses œuvres varient du dessin, à la peinture, et à la sculpture, la performance, souvent avec une dimension sociale, psychologique ou politique. Pilote dans l’armée de l’air allemande pendant la deuxième guerre mondiale, il a eu un accident d’avion Beuys en Crimée. Il s’est réveillé enroulé dans du feutre et recouvert de graisse par des Tartares qui l'ont soignée. C’est à partir de cette expérience formatrice qu’il a construit la totalité de sa légende et de son œuvre. Beuys a notamment fait partie d’un groupe appelé Fluxus. C’est un mouvement créé par des artistes autant une façon de penser l'art qu’une façon de vivre. La réponse de Beuys face aux créations de ses contemporains était de dire qu’elles étaient « trop bonnes car elles n'acceptent pas le chaos ». Les membres du groupe tournent le dos à l’aspect commercial de la société et se dirigent plus vers des objets trouvés et des installations éphémères basées sur le temps et les actions des spectateurs. Le compositeur et plasticien américain John Cage a résumé leurs sentiments en disant que "L'art a estompé la différence entre l'art et la vie. Laissons maintenant la vie estomper la différence entre la vie et l'art". C’est a base de cette idée que Fluxus a cherché la création des oeuvres qui naissent et meurent dans l’endroit ou elles ont été créées. 
“Chaise de graisse” est une vieille chaise avec un bloc triangulaire de graisse qui a été posé dessus. C’est une vieille chaise de cuisine couverte de marques et de traces. Créée en 1964 et placée dans une vitrine , “Chaise de graisse” a vécu un lent processus de décomposition jusqu'à 1985. Au fur et à mesure du temps la graisse a pourri, presque évaporé, laissant que des traces sur l’assise. Fidèle à l’esprit de Fluxus, une fois ayant atteint la fin de son parcours, l’œuvre a été détruite. Elle utilise deux matériaux de la vie quotidienne qui sont aussi deux composants organiques - la graisse et le bois. Le résultat de cette association est une métaphore pour le corps humain et une représentation de son statut comme objet non permanent. A travers ces éléments organiques, les spectateurs s'imaginent comme les occupants de cette chaise. La “Chaise de graisse” devient donc un objet qui nous mène à l’introspection. On se confronte à la nature éphémère de la vie humaine et la relation de cela avec notre quotidien. 


- Elise Cugnart - 

Lévitation de chaises, Philippe Ramette

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© Adagp, Paris, 2007
           

Philippe Ramette est un sculpteur contemporain qui commença à proposer ces premières créations à la fin du 20ème siècle. Cet artiste travaille beaucoup avec des réalisations d’objets (souvent associés à d’autres) qui deviennent des objets de réflexions (il cherche à  leur faire quitter leur dimension physique pour leur donner une dimension métaphorique). Il aime ainsi jouer avec l’imaginaire et la perception. Ainsi, ces œuvre peuvent prendre une tournure absurde ou encore humoristique.
Parmi toutes ses sculptures, on peut retenir « Lévitation de chaise » (créée en 2005) qui apporte une réelle confusion dans l’espace et qui s’oppose aux lois physiques connues de tous. En effet, avec ce travail il propose une intégration d’objet dans l’espace tout à fait particulière : Une chaise en bois (structure en bronze peinte texture bois) lévite et semble être retenu dans sa monté par une corde posée au sol. Philippe Ramette se joue des lois de la gravitation (sujet abordé dans plusieurs autres de ses œuvres). Seulement, il y attribue un univers assez poétique (courbes, fluidité et souplesse de la corde). Ainsi, il détourne avec malice et de manière spirituelle, des phénomène considérées comme ordinairement impossibles. Cette sculpture est réalisée en détournant les matière (la corde et la chaise sont en bronze) et en jouant avec des notions d’équilibre…

Pourquoi la chaise ? Cet objet est un des plus connus et travaillés, il évoque pour chacun quelque chose de particulier et personnel. Ainsi, de le voir s’élever, bouger et prendre vie peut nous interpeller de manière beaucoup plus sensible.


- Jules Lerouge - 


La recyclée

5.5 designers

Loin de la création d’une nouvelle chaise, le projet Réanim des 5.5 designers cherche au contraire à mettre fin à cette surproduction de nouvelles formes, nouvelles couleurs et en général nouveau mobilier d’assise. Pourquoi cela ? Parce que l’acte, en apparence innocent de la commercialisation d’une nouvelle “chaise design” les ferait participer à l’évolution d’une société de renouvellement qui ne cherche que le dernier modèle en vogue et dans une optique matérialiste ne se soucie que peu de la fonction ou de l’histoire de l’objet. Leur réponse à cette problématique est un projet de grande envergure qu’ils résument de manière brève : RÉANIM : du mobilier « ressuscité ». Il s’agit en fait d’un kit de pansements pour mobilier abandonné ou abîmé. L’idée ici, n’est nullement de restaurer ou détourner les objets mais bien de les réhabiliter, prolonger la vie et l’histoire d’objets déclarés inaptes et inutiles. 
Concrètement Réanim c’est quoi ? Un ensemble d’objets pansements verts fluo : par exemple une assise en plastique que l’on peut fixer à l’aide de sangles sur l’assise percée d’une chaise cannée. 

© 5.5 Designers - Chaque pansement de la collection s’accompagne d’un protocole simple et imagé en trois étapes


Les 5.5 designers redéfinissent de cette manière le rôle du designer, il ne s’agit plus de répondre à la frénétique demande du marché mais de dire STOP et de prendre le temps de regarder et d’apprécier les objets à leur juste valeur. De reconsidérer la vieille chaise de grand mère à l’assise défoncée , qui ornée d’une assise en plastique vert fluo revêt le même caractère contemporain et tape à l’œil que n’importe laquelle des toutes dernières chaises “design”.
© 5.5 Designers - Une chaise réanimée

Le groupe de créateurs a présenté son projet de nombreuse fois, sous la forme de performances chirurgicales, faisant des chaises, des patientes, et utilisant l’accident, l’usure, la faiblesse, comme matière à la création. Un concept qui a fait mouche puisque en 2006, le FNAC achète la collection de pansements.

Réanim serait-il la réponse au problème d’obsolescence si souvent évoqué dernièrement?...

- Tassia Konstantinidis -

Et pourquoi pas?

Au sommet après en avoir tant chié, Erik Dietman

© Erick Dietman – Au sommet après en avoir tant chié (1992) Bronze 

« J’ai toujours pensé que les peintres étaient simples d’esprit, sauf une poignée d’entre eux qui font de la sculpture mieux que les sculpteurs – voir par exemple Daumier, Degas, Gauguin, Matisse, Picasso, Barnett Newman, De Kooning et moi-même » Erik Deetman.
Erik Dietman est un artiste en marge des courants artistiques de son époque, se servant de l'humour comme vecteur de ses caricatures de la société moderne. Au sommet après en avoir tant chié est une œuvre méconnue de l'artiste, néanmoins elle n'en reste pas moins dans la continuité de son travail. Créée en 1992, la sculpture est composée de bronze, d'un pigeon (empaillé) posé sur une chaise, trônant au dessus de son tas d’excréments. Le pigeon a souvent été utilisé par des créateurs, on peut citer par exemple Edward Allen Poe ou encore Alfred Hitchcock. Ici, l'oiseau sert de caricature à la réussite et au carriérisme. Dietman utilise le pigeon, l’oiseau urbain par excellence, souvent pris pour plus stupide qu'il ne l'est, pour symboliser les personnes pour qui la réussite sociale est le but à atteindre. La chaise joue un rôle primordiale dans cette œuvre, elle symbolise le trône symbole de réussite et d'autorité. Tel un roi, le pigeon , est assis sur son trône même si celui ci ne s'est pas acquis sans travail et souffrance. Comme à son habitude, Erik Dietman se sert des jeux de la langue, des jeux des formes et des objets, pour ironiser et se moquer de nos travers sociaux.

- Quentin Cadero -