mardi 18 novembre 2014

L'ART A LA MACHINE


L'art et la machine


Définir l'art est un projet bien ambitieux. La machine, quant à elle, se définit comme un produit fini qui permet de réaliser diverses tâches selon la ou les fonctions qui lui sont assignées, et ce, de manière autonome ou grâce à un opérateur. Cette apparition a généré de nouveaux questionnement, de nouveaux rapports au travail et à la création…
Depuis le XXeme siècle, l'art s’intéresse aux machines. Avec elles, l'œuvre intègre le mouvement, la lumière, la programmation, l'interaction avec le public. Fascination, trouble, perplexité, interrogation, poésie et légèreté,…Tant de mots pour qualifier ces œuvres d'un "art à la machine". C'est cet univers expérimental que nous allons partager avec vous. [Claire Dugast, Pauline Disloquer]

                                                                                                                    

Avant l'invention du premier moteur à vapeur, Léonard de Vinci créait déjà des œuvres-objets entre l'univers de l'art et de la machine. 

Léonard de Vinci : 



Autoportrait de Léonard de Vinci, 1512-1515

Né à Vinci le 15 avril 1452 et mort à Amboise le 2 mai 1519, Léonard De Vinci est un intellectuel florentin à la fois scientifique, anatomiste, peintre, sculpteur, architecte et écrivain. 
Il est surtout connu pour avoir peint de célèbres tableaux tels que La Joconde ou La Cène. Après avoir passé son enfance à Vinci, il deviendra élève du peintre et sculpteur Andrea del Verrocchio. Ses premiers travaux seront réalisés au service de Ludovico Dsforza à Milan. Il voyagera ensuite à Rome, Bologne, Venise et passera le reste de sa vie en France, invité par le roi François Ier. 
Léonard De Vinci est perçu comme le symbole de l’homme de la Renaissance car il travaille dans beaucoup de domaines et acquiert beaucoup de connaissances scientifiques et techniques. En effet, il développe des idées très novatrices bien que peu de ses projets soient réalisés ou réalisables de son vivant, notamment autour des prémices de l’hélicoptère et de l’avion. De Vinci va réutiliser les travaux de ses prédécesseurs (hélicoptère, char d’assaut blindé inspiré par les carnets de Taccola et de son maître Giorgio) afin d’innover dans les domaines scientifiques et techniques. En 1499, il va trouver un emploi d’ingénieur à Venise où il développe un système de barrière mobile pour protéger la ville des attaques terrestres. Par ailleurs, De Vinci innovera au niveau de la mécanique du métal, notamment de l’or, ainsi qu’au niveau du textile : On peut citer deux de ses plus grandes projets : la Machine volante  et la Vis aérienne. La Machine volante est une sorte de deltaplane avec des ailes de chauve-souris. La Vis aérienne ressemble vaguement à une hélice qui s’étend en spirale. Il effectuera beaucoup d’études autour des oiseaux et des plans de vol de plusieurs machines afin de mieux comprendre la mécanique. Bien que les expérimentations ne soient pas des réussites totales, elles ont révolutionné les sciences, les techniques et la mécanique de l’époque. Selon moi, Léonard De Vinci est un artiste et un intellectuel très en avance sur les sciences de son époque et il reste l’un des plus talentueux encore aujourd’hui. [Paul Burgos]
XVe, Etudes sur les plans de vol d'une machine volante
XVe, Etudes sur les plans d'une soufflerie
                                                                              

 
L'apparition du mouvement "constructiviste" est un nouveau pas vers l'interaction art-machine.



Naum Gabo (construction cinétique) :

Naum Gabo est un grand sculpteur russe né en 1890 et mort en 1977. Il voyage beaucoup durant la première partie de sa vie puis revient en Russie pour s'investir dans l’art abstrait. Il rédige avec son frère un ouvrage sur le constructivisme russe (ou art de la construction, au sens industriel). Ils sont considérés comme novateurs de ce courant qui combine mouvement, espace et lumière.

Un peu plus tard, Gabo appliquera ces principes à des objets comme la célèbre Construction cinétique (1920). Tout l’intérêt de cette œuvre/machine repose sur le minimalisme. Ce petit mobile est un volume plastique diaphane constitué d’une boule et d’un fil tournant sur lui même. En action, son œuvre apparaît comme un volume lumineux en rotation dans l’espace. Son mouvement est si rapide que l’œil n’arrive pas à le décomposer. On peut ainsi le voir à l’époque comme un objet moderne et futuriste. 

La plupart de ses travaux sont identiques représentant des surfaces pures et simples qui dégagent un effet visuel une fois en marche. [Clémence PUJO]
Naum Gabo, Construction cinétique, 1970
                                                                                


Quand l'art lie langage, sons, images, mouvements et interactions...

Nicolas Schöffer

Nicolas Schöffer est un sculpteur plasticien français d’origine hongroise. Il est l'un des principaux acteurs de l'art cinétique et surtout de l'art cybernétique (appelé aujourd'hui art interactif) en réalisant les premières œuvres en temps réel de l'histoire de l'art.

Nicolas Schöffer, Chronos 5, 1960,



Nicolas Schöffer a dynamisé le temps dans les sculptures appelées Chronos, y compris les éléments mobiles spatiaux et légers tels que des miroirs en acier inoxydable qui tournent à certaines vitesses ou s’arrêtent selon un programme distinct de celui des projecteurs intégrés dans les sculptures. La combinaison de ces deux programmes a donné lieu à un nouveau programme, avec des effets visuels qui étaient non-redondant et infini.

Dans Chronos 5, on a une sculpture qui tourne lentement sur elle-même alors que certains des miroirs qui la constituent tournent à une vitesse bien supérieure. Les mouvements sont donc toujours les mêmes et les projections lumineuses des miroirs sur les murs sont cycliques puisque la sculpture tourne sans cesse. [Laurila Buratti]
  
Robert Breer
Robert Breer est un réalisateur de films d’animation et artiste américain né en 1926 et mort en 2011. Après avoir commencé la peinture et s’être lancé dans les films d’animations, il débute en 1959 ses premiers mutoscopes. Il s’agit de sculptures en mouvement qu’il expose pour le première fois à New-York en 1965.
Après plusieurs années à exposer dans différentes parties du monde, il expose un de ses Floats monumentaux dans les jardins du MOMA. Les Floats sont des œuvres très géométriques. Il s’agit notamment de sculptures plus ou moins grandes qui se déplacent lentement dans l’espace de l’exposition. Il s’agit surtout de formes assez simples comme de cylindres surmontés de dômes. 

Cela est assez surprenant quand on ne connaît pas l’œuvre de Robert Breer, en effet, on a peu l’habitude lorsque l’on se rend à une exposition de voir les œuvres se déplacer, d’autant plus si elle le font par elles-mêmes.    
[Constance Chambaud]


Robert Breer - 3D Mutoscope, 1978-80
Bois, papier, verre
20,5 x 56 x 23 cm
collection privée, Paris

Robert Breer - Float, 1972
Sculpture motorisée
Résine, peinture, bois, moteur, roues
50 x 100 cm







Fischli & Weiss :
Le Cours des Choses (Der Lauf der Dinge) (vidéo n°1) est un film expérimental réalisé par Peter Fischli et David Weiss en 1987 d'une durée de trente minutes. Le principal atout de ce film est la relation entre l'action et la réaction. En effet, il met en scène un dispositif type "effet domino" ou chaque élément, une fois déclenché, actionne un autre événement. Utilisant la gravité avec précision, le résultat offre au spectateur une véritable performance autonome. Le concept de causalité Action-Réaction devient comme magique dans l'œuvre de Fischli et Weiss où des chutes d'objets, des déroulements de ficelle, un ballon qui se dégonfle, des effets chimiques et/ou pyrotechniques s'enchaînent. Ce concept de causalité est réutilisé dans le clip de l'artiste A-Trak pour accompagner son morceau Tuna Melt le même concept (vidéo n°3). 
[Antoine Dehillerin]


Vidéo n°1 :
Pieter Fischli et David Weiss,

Le Cours des Choses (Der Lauf der Dinge), 1987




Clip de l'artiste A-Track pour morceau intitulé Tuna Melt.
                                                                

Les machines peuvent être utilisées pour réaliser des œuvres éphémères ou pérennes, parfois en présence et grâce au public.

Jean Tinguely : 
Jean Tinguely est né en 1925 et mort en 1991. C’est un sculpteur, peintre et dessinateur suisse. Ses œuvres les plus originales sont les Méta-Matics. Ce sont des sculptures animées dont il commence la réalisation en 1954. Au départ, elles prennent la forme de tableaux animés.
Ses machines-sculptures sont la plupart du temps mises en marche par des moteurs électriques récupérés chez des ferrailleurs. Ce n’est qu’à partir du moment où il commence à construire de plus grosses structures et qu’il a des moyens financiers plus conséquent qu’il fera construire ses moteurs neufs par l’entreprise Bienne en Suisse.
Intéressons-nous aux Méta-matics, machines à dessiner qu'il commence à concevoir en 1955 et réalise en 1959. Il en crée une série dans les années 1960. N’ayant jamais la même taille ni le même aspect, on pourrait les décrire en disant qu'elles sont composées d’une roue, reliée par des courroies à une ou plusieurs autres roues qui entraînent elles-mêmes une tige métallique qui opère un mouvement souvent irrégulier. Il faut fixer un crayon au bout de cette tige qui va griffonner sur un bout de papier. Le motif va se répéter ainside façon aléatoire, à l’infini. Tinguely a certainement voulu montrer que l’œuvre peut elle-même créer quelque chose. La machine a sa propre vie puisque selon les manipulations, le motif sera différent. Le fait qu’il y ait eu plusieurs versions des Méta-Matics montre aussi que l’œuvre peut ne pas avoir une forme finie, et définitive. On comprend que l’artiste, le spectateur et la machine ont tous les trois des parts égales dans la production  du dessin.
C’est une sculpture, mais aussi un happening (puisque que nous n’avons jamais deux fois le même motif) et enfin un dessin.

[Pauline Bernard]

Oeuvre de Tinguely au museum Basel

Dessins réalisés par un Métac-Matic

Anish Kapoor :


Anish Kapoor est un plasticien contemporain d'origine indienne. 

Avec son installation Intitulée Shooting into thé corner dont l'objet central est un canon à cire à air comprimé l’artiste surprend le spectateur. Le canon projette dans un angle, entre deux murs, un mélange de cire et de vaseline rouge, toutes les trente minutes. Le spectateur est surpris par la puissance sonore du canon, le coup est rapide, déstabilisant. On passe d’une attitude contemplative de l’attente à une vive émotion. Le rouge étant une couleur très symbolique, il évoque la violence, la passion, mais également le sang. La matière expulsée ressemble à un morceau de chair, un organe, qui éclabousse les murs. Le canon fait référence à la guerre, et parallèlement à la mort et à la destruction. 

Le canon agit comme le pistolet à peinture de l'artiste, la cire colore les murs blancs.
 [Yan Huang]
 

Anish Kapoor, Shooting into the corner, 2008

Ann Hamilton  : 




Ann Hamilton
Ann Hamilton est une artiste née en Ohio en 1956, son travail est très varié jouant avec le mouvement, l'espace et souvent la machine. Elle choisit toujours de travailler en fonction du lieu où la pièce sera exposée, en prenant compte de son histoire. Ainsi l’œuvre sera plus compréhensible et abordable par tous, faisant appel à un langage universel. La notion de mouvement revient très souvent dans son travail. Il est important que dans un espace tout puisse se moduler, se changer. Nous pourrions faire un parallèle avec son œuvre « Book weights » de 2010 où les livres, entassés les uns sur les autres, forment comme un cylindre géant créant une impression de mouvement, comme s'il tournait sur lui-même.
Book weights, 2010
Ce qui me semble intéressant dans son travail est que l’artiste n’hésite pas à utiliser tout les supports existant pour faire passer son message (sons, vidéos, matériaux divers, photos etc…). Elle n’a pas de restriction et voit grand pour transmettre une émotion au spectateur.
Son travail nous plonge dans un monde imaginaire, recréé. Son œuvre "The event of a thread" m’a convaincu que l’art était avant tout un moyen de rassembler tout le monde, de s’évader. Cette installation géante est construite telle une grande cour de récréation dans une immense salle. Des draps sont suspendus au plafond et grâce à un système de machines, ils se balancent de bas en haut d’une façon très fantomatique et hypnotisante. Des balançoires étaient également placées à côté, comme pour retrouver son âme d’enfant et essayer de toucher le ciel (draps). C’est une belle installation et j’ai aimé voir de nombreuses personnes s’allonger en dessous se laissant bercer par le mouvement et la musique zen diffusée dans l'espace…

Je ne connaissais pas du tout le travail de Ann Hamilton mais rien qu’en regardant cette installation (même en vidéo) j’ai aimé le plaisir des gens et leur bien être. La machine peut aussi servir pour provoquer un sentiment fort. On aimerait y être ! 
[Alice Delsenne]



Random International


Ne vous êtes-vous jamais demandé ce que Moïse a ressenti en divisant l’eau de la Mer Rouge ? N’avez-vous jamais pensé que vous apprécieriez davantage la pluie si elle ne vous mouillait pas? 

La Rain Room est une installation immersive, conçue par les artistes de la Random International, qui nous invite à expérimenter la sensation d’être capable de contrôler la pluie juste grâce à notre présence. Les visiteurs sont déterminants et acteurs de cette œuvre ce qui crée une atmosphère intimiste de contemplation.

Mais comment cela est-ce possible? L’installation est un espace de 100m2, où la pluie ne s'arrête jamais, composé de séries de caméras 3D qui analysent le mouvement des visiteurs et contrôlent la précipitation en conséquence : où que l’on se déplace dans la pièce, l’eau ne tombera jamais directement sur les visiteurs. L’œuvre est colossale et contient un total de 2500 litres d’eau ce qui représente une précipitation qui engendre 220 litres par minute. L’eau est filtrée et recyclée par la suite. 

Plusieurs performances chorégraphiques de Wayne McGregor ont pris place dans cette pièce où les jeux entre l’eau et le corps en mouvement ont créés une atmosphère magique.
[Aurélia Maurin]



The Rain Room, 2012

The Rain Room, 2012
Loriot & Mélia :
Un soir de 1992, le hasard réuni François Loriot et Chantal Mélia autour d'une fascination. Cette fascination n'est autre qu'une tâche de lumière accrochée au mur : "subjugués par le mystère de cette tâche, nous sommes restés un long moment à la décrypter" déclare le couple d'artistes. Le mystère de cette tâche de lumière s'envola lorsque le chat endormi sur un tas d'objet bondit. Cependant, l'idée de la projection murale resta, elle, bien ancrée dans les esprits des deux artistes. 
Ils se mirent alors à composer des sortes d'amas, sculptures, machines, à base de petits objets souvent condamnés à la poubelle et qui donnent des formes précises une fois projetés au mur. 

Leur travail, très poétique, fait jaillir le connu du difforme, le nouveau de l'ancien, la lumière de l'ombre. Toute la beauté et la poésie de la pièce sont révélées par la lumière qu'ils mettent en place. 

Comme le montre leur œuvre Solœil de1996 dans laquelle une petite fenêtre,  faisant passer la lumière naturelle du soleil, éclaire un casier plein de babioles dont la projection devient un œil se révélant avec le jour. 

Solœil, 1996

Les Loriot-Mélia ont également utilisé des mécanismes afin de faire vivre leurs œuvres. Dans l'œuvre A main levée de 2002, le gonflement de gants en plastiques à travers des ampoules et des loupes qui sont utilisés laissent apparaître progressivement une femme nue alternativement de dos, puis de face. L'image apparait progressivement durant les étapes de gonflage des gants ce qui surprend et amuse le spectateur . 
[Camille Renard]

A main levée, 2002
A main levée, 2002
                                                             

Quand les mondes de l'art et de la technique mélangent les univers organique et inorganique...

Panamarenko - Aeromodeller, 1971 :

Pièce initiatrice de sa folie pour l’aérotechnique, lAeromodeller reste la réalisation la plus monumentale de Panamarenko. Composé en deux structures, ce dirigeable, qui doit son nom à une revue britannique de maquettes d’avions, comporte un ballon de PVC (environ 30 morceaux) de 27m de long pour un diamètre de 6m et une cabine en osier de 6m de longueur pour une hauteur de 3m avec une largeur de 2m. Les deux sont reliés par 52 fils de nylon : tout simplement impressionnant. Le ballon se gonfle à l’hydrogène, soulevant ainsi l’appareil qui s’oriente à l’aide de 4 petits propulseurs réglables, fixés sur le toit de la nacelle. Un sac de sable fixé au bout de la machine assure son équilibre pour l’atterrissage. Son ambition était de « construire à ses propres frais un dirigeable plus léger que l’air ». Pour ce faire, l’artiste n’a pu œuvrer seul. Aidé par des amis, il a néanmoins réussi à construire la majorité de l’appareil de manière artisanale hormis la nacelle. Cette dernière, devant servir de train d’atterrissage, a été assemblée par des panneaux de saule tressés par des vanniers professionnels. Puis, elle a été recouverte d’une peinture métallisée. En effet, Panamarenko désirait un travail de précision et de rigueur car celui-ci espérait voir sa machine s’envoler une fois achevée. L’envol a échoué, mais une passion pour l’univers aérien naquît chez cet homme qui continua à persévérer dans l’ambition de faire un jour voler ses objets.
Cette immense sculpture, si l’on peut dire, est exposée à Anvers dans l’ancien centre culturel A 379089, rebaptisé Antwerpse Lutchshipbouw par l’artiste. 
[Nicolas Boda]
Panaramenko, Aeromodeller,  1971
Panaramenko, Aeromodeller, 1971

Theo Jansen  :


Theo Jansen est néerlandais et physicien. Il commence sa carrière artistique dans les années 70 où il s’exerce à la peinture. Ayant un goût très prononcé pour l’aéronautique et la robotique, Jansen débute par la suite sa carrière de sculpteur. Il s’intéresse alors à la conception de structures autonomes et réalise une série de créatures appelées "Strandbeests". Pour réaliser ces organismes "vivants", l’artiste travaille en deux temps. Tout d’abord, il travaille sur un logiciel, ce qui lui permet de tester ces systèmes de déplacement et de sélectionner ceux qui fonctionnent, grâce à une mise en situation virtuelle, basée sur des algorithmes. Une fois vérification du bon fonctionnement du mécanisme, la sculpture est fabriquée grâce à des tubes de plastique et du tissu. "Animaris Currens Ventosa" est une sculpture faisant partie de la fameuse série "Strandbeests", présentée en 1993. Cette structure, gigantesque, se meut grâce au vent et à un système d’engrenage, permettant d’actionner la totalité du mécanisme. Celle-ci ressemble à une sorte de mille-pattes géant à jambes humaines. Ce créateur-inventeur arrive à nous surprendre en réalisant des créatures hybrides presque autonomes. Rien de plus inhabituel que de voir marcher à vos côtés, sur les plages néerlandaises, la structure osseuse d’un animal que vous n’auriez jamais pu imaginer. 

Ces structures sont réellement fascinantes et relèvent à la fois du rêve, de l’imaginaire, de la mécanique et de la légèreté. 
[Claire Brélivet]
Theo Jansen, Animaris Currens Ventosa, 1993


Rebecca Horn :


Rebecca Horn
L’objet et son animation ont toujours eu une place importante dans l’œuvre de Rebecca Horn.
D’abord, l’objet en tant que prolongement du corps, animé par le corps et protégeant ce dernier.

Née en 1944 et diplômée en 1970 des beaux arts de Hambourg,  Rebecca Horn est une artiste Allemande. En 1964, elle a 20 ans et vit à Barcelone. Après avoir travaillé la fibre de verre sans protection, elle attrape une infection pulmonaire et doit passer un an en sanatorium dans le plus grand isolement  C’est ce qui la poussera à choisir le corps comme premier sujet pour ses œuvres, ses objets. Elle crée alors des prothèses qu’elle mettra en scène lors de performances. Celles-ci lui donneront des allures animales, comme dans Unicorn (1970-72), ou peuvent faire penser à de nouveaux outils, de création ou d’attaque, Pencil Mask (1972) ou encore lui donnent la possibilité de toucher les deux extrémités d’une pièce au même moment Finger Gloves (1972)

Extrait de la performance Pencil Mask, (1972)


Après avoir exploré les limites du corps, Rebecca Horn donnera son indépendance à l’objet en intégrant des éléments mécaniques à ses œuvre. La thématique qui ressortira de ses projets sera l’opposition entre le domaine sensible et le domaine mécanique. En effet, la plupart de ses œuvres sont imprégnées d'une grande sensibilité, de références littéraires (Saint-Exupéry, Beckett, Karl Krauss…), poétiques, amoureuses alors que le procédé est brut et mécanique. C’est cette opposition que l’on retrouve de manière explicite dans Yin and Yang drawing the landscape où la machine vient mélanger deux entités totalement opposées : le Yin et le Yang. Cette dualité machine- sensibilité se retrouve également dans Les amants (1991) où il est montré que la machine peut aussi avoir des mouvements aléatoires, telles des pulsions et plus ou moins exprimer sa sensibilité. En effet, l’entremêlement des lignes d’encre laissées par ce que l’on pourrait appeler une "performance mécanique", varie presque toujours. L’automate, et non plus le corps, crée la forme et laisse place au hasard et à sa beauté.
[Margot Lenorais]

 Rebecca Horn, Le Baiser

Chris Burden :
Chris Burden (1946 - ) est un artiste qui n’hésite pas à mettre sa vie en danger (comme dans "Shoot" (1971) où il se fait tirer dans le bras à coup de carabine, ou encore dans "Five Day Locker Piece" (1971) où il s’enferme dans son casier d’école pendant cinq jours. Il est une figure du body-art et de l’art performance.
Chris Burden

Dans la sculpture “The Flying Steamroller”, réalisée une première fois entre 1991 et 1996, l’artiste nous présente un rouleau compresseur de douze tonnes attaché à un bras pivotant muni d’un contrepoids. La machine tourne en rond jusqu’à ce qu’elle atteigne sa vitesse maximale, le contrepoids quant à lui se rapproche peu à peu du sol, et le rouleau compresseur semble s’envoler progressivement, comme par magie. Mais cette expérience ne souligne en aucun cas un fait surnaturel, n’étant que le résultat d’un procédé purement physique. Ainsi, lorsque le rouleau compresseur a perdu toute vitesse acquise précédemment, il retombe lentement sur le sol. 
Une œuvre étonnante, mais qui à mon sens, manque d’intérêt.

[Célia Ferrer]


Chris Burden, The Flying Steamroller, 1991 - 1996

Wim Delvoye  :

Un tube digestif humain géant et fonctionnel, improbable ? Le Cloaca ou « cloaque », est une installation de Wim Delvoye. Elle fut présentée au grand public pour la première fois en 2000. L’artiste a néanmoins commencé à la dessiner dès 1992. Son tour du monde débuta au Museum van hedendaagse Kunst Antwerpen à Anvers, avant d’être exposée dans les capitales du monde entier.
Wim Delvoye a réalisé 10 Cloaca différents. La première est une machine de 12m de long, 2,8m de large et de 2m de haut. Les 6 cloches de verre qui  la composent, contiennent différents éléments permettant la digestion. Afin de maintenir cet environnement dans l’humidité la plus totale, la machine est maintenue à température humaine de 37,2°C.
Cette machine créée avec l’aide de scientifiques, afin d’optimiser son fonctionnement, est nourrit de plats gastronomiques. Les excréments qui en ressortent sont mis dans des sachets ensuite vendus pour environ 1000 dollars pièce. Ceci rentabilise le coût de la construction de l’œuvre qui fut de 200 000 dollars.
Les inspirations de Wim Delvoye comptent le film de Chaplin Les Temps modernes,  ou des œuvres telles que "Merda d’artista" de Piero Manzoni, ou encore les peintures à la matière fécale de Jacques Lizène. Ce qui provoque l’hilarité face à cette machine, c'est son inutilité  qui accompagne son bon fonctionnement. [Estelle Muller]


Stelarc :



Stelarc est un performeur Australien né à Chypre en 1946. L’artiste, de son vrai nom «Stelios Arcadious », explore le corps humain, ses limites et ses possibles.
Il s’est fait connaître par ses performances, réalisées entre 1976 et 1980 : nu, suspendu en l’air par des hameçons crochetés dans sa peau répartis en plusieurs endroits. Dans « City Suspension » en 1985, il se suspendait à une grue soixante-dix mètres au-dessus du Théâtre Royal de Copenhague, décrivant des cercles lents sous le regard inquiet des sphinx de pierre du bâtiment.

Event for Rock Suspension, 1880, Tokyo
Mais ce qui marque l’œuvre de Stelarc, c’est son rapport à la machine. Il travaille principalement avec des robots et des composants électroniques comme extension de son corps, partant du principe que le corps humain est obsolète. Il opère sur lui même des transformations physiques, ce qui fait de lui un pionnier du body-art. Ainsi, il s’invente un troisième bras robotique qu’il « greffe » à son bras droit, il a alors la réputation d’être le premier cyborg de l’histoire humaine. En 2007, il se fait greffer une oreille sur le bras, après s’être battu pour qu’une équipe de chirurgiens accepte enfin de l’opérer. Il projetait d’y implanter un micro sans fil, relié à internet, qui capterait chacun des bruits « entendus » par son oreille, au quotidien et les retransmettrait sur internet. Ainsi n’importe qui serait en mesure d’entendre chacun des bruits de sa vie. Cependant, après une semaine d’implantation, le corps rejetait la greffe provoquant des soucis de santé à l’artiste qui fut contraint de le retirer.
Stelarc, greffe d'une oreille à son bras, 2007

Stelarc fut également l’auteur d’un exosquelette à six pattes, d’expériences diverses sur l’enregistrement sonore des bruits quasi-inaudibles de son corps, ou encore d’une culture d’oreilles à partir de cellules humaines.


L’artiste nous dit que ce corps limité peut être à l’infini modifiable, modulable, étendu, au fur et à mesure du progrès humain et qu’il est capable d’être générateur comme receveur de quantités d’informations et données.
[Emilie Bethune]
                                                                                                                


La machine est liée à l'idée de modernisation. Elle participe également à la création de nouveaux concepts, de nouveaux mouvements par ce mélange d'univers et techniques.
[Pauline Disloquer & Claire Dugast]

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