vendredi 16 février 2018

César


César

Présentée au Centre Pompidou, l’exposition « César », rétrospective du travail de l’artiste éponyme, met en lumière le parcours de ce sculpteur prolifique. 
Le voyage commence par son illustre « Pouce », placé sur le parvis du musée, comme une invitation à la visite. 
Vingt ans après sa disparition, c’est ainsi l’occasion de découvrir et redécouvrir la démarche artistique d’une personnalité hors norme, tournée vers une expérimentation permanente. La mise en espace des oeuvres de manière non chronologique, permet aux visiteurs de mieux appréhender la force et la diversité du travail de l’artiste. Rythmée par des cloisons de temps à autre, l'exposition ne propose pas un seul parcours, chacun est libre d’évoluer comme bon lui semble. Une centaine d'oeuvres venues du monde entier, plus ou moins connues sont proposées au public.
Marqué par son histoire sociale et imprégné par le contexte de consommation grandissante des années 1960, César s’approprie l’utilisation de matériaux pauvres ; il en fera sa spécificité. « Je suis devenu sculpteur car j’étais pauvre », c’est ainsi que l’artiste définit sa vocation pour la sculpture. Il multipliera les recyclages poétiques de matériaux inutilisés et délaissés par la société dans laquelle il a évolué. Artiste incompris à ses débuts, il a finalement su s’imposer. Son leitmotiv : surprendre et se laisser surprendre en sortant des sentiers battus. C’est ainsi que son attrait pour la matière et sa volonté d’utiliser sans cesse de nouveaux procédés, l’a surpris bien des fois. Conditionné par la matière, son travail mêle hasard et le contrôle, moderne et classicisme. 
Partons alors à la rencontre de cette figure majeure du Nouveau Réalisme.

Marie Donnou, Arthur Pieto, Laëtitia Gérard


Biographie de César, un sculpteur décompressé
César est un sculpteur français, d’origine toscane, né à Marseille sous le nom de César Baldaccini. Dès l'âge de quinze ans, il commence des études artistiques. En 1935 il entre à l'Ecole des Beaux-arts de Marseille et en 1943 à l'Ecole nationale supérieure des Beaux-arts de Paris. Il travaillera le plâtre durant cette période avant de faire ces premières créations en ferraille. César est pauvre et se tourne alors vers des matériaux peu couteux. C’est ainsi qu’il découvre dans les métaux sa source d’expression artistique et créative. il le dit lui même « Le marbre de Carrare était trop cher, la vieille ferraille traînait partout. Je suis devenu sculpteur parce que j'étais pauvre! Je travaillais dans une banlieue à Paris où il y avait beaucoup de ferrailleurs. J'ai commencé à utiliser le déchet pour des questions purement de nécessité. J'y ai trouvé ma vie. Je me suis exalté dans ce matériau, dans cette technique. C'est une technique comme une autre ».
Sa création l’Esturgeon lui vaut son premier grand succès après son acquisition par le musée d’Art Moderne. Il devient alors une personnalité en vogue consacrée comme le « sculpteur du fer ».
César est un artiste majeur du XXème siècle. Il fait évoluer la sculpture vers des approches expérimentales très novatrices. A partir de 1967, il entreprend des expériences plastiques : il verse de la mousse polyuréthanne, d’abord sous forme de performances réalisées dans la rue, puis en sculptures. À travers les Compressions, les Empreintes humaines et les Expansions, César remet en question les bases de la sculpture traditionnelle. « Je pars d’une idée qui est en moi, d’un néant, et je pars à l’aventure jusqu’au moment où je me trouve face à quelque chose qui m’est étranger. C’est justement ce qui en fait une réalité. Cette chose est distincte de moi, elle existe dans sa matière, son contenu, son espace. Car en fin de compte une sculpture doit prendre possession de son espace ».
Fin des années 50, il découvre le spectacle des voitures compressées par une grande presse hydraulique dans une casse. Pensant être allé au bout de son travail avec le métal,  il est impressionné par ces "paquets", ces compressions de voitures, par le coté formel et tragique qui en émane. César réalise, en 1965, le moulage de son pouce. Cet "autoportrait" est une prouesse technique de moulage grand format auquel il ajoute de la couleur. Il produit alors toute une série d’empreintes humaines : pouces, poignet, seins à plusieurs échelles différentes. 
L’emploi de la presse hydraulique, du polyuréthane expansé et de l’empreinte lui permet de s’approprier le réel de manière directe, en réduisant son intervention manuelle. Marquant la fascination de César pour l’esthétique du déchet industriel, ces œuvres ont fait de lui l’un des représentants majeurs du Nouveau Réalisme en France. Equivalent français du Pop Art américain, les artistes faisant partis de ce mouvement affirment s’être réunis sur la base de la prise de conscience de leur « singularité collective ». En effet, dans la diversité de leur langage plastique, ils perçoivent un lieu commun à leur travail, à savoir une méthode d’appropriation directe du réel, laquelle équivaut, pour reprendre les termes de Pierre Restany, en un « recyclage poétique du réel urbain, industriel, publicitaire ».
À partir des années quatre-vingts, l’artiste est cependant revenu à une sculpture plus traditionnelle et délibérément esthétisante. César reçoit le 27 juillet 1988 le prix Rodin. Il crée en 1975, à la demande de son ami Georges Cravenne (producteur de films français, agent de publicité et fondateur du César), la statue éponyme qui récompense chaque année, la production cinématographique française.
Le Centre Pompidou présente actuellement, à l’occasion du vingtième anniversaire de la disparition de César, une grande rétrospective sur ses cinquante années de création. Au travers de cent trente œuvres, l’exposition montre la puissance créatrice et iconoclaste de cet artiste qui fut l'un des plus reconnus de son époque.
« Avec mon expérience, mon âge — j’entre dans ma soixante-dixième année — je ne veux pas me faire d’illusions. Quand on vient de là d’où je viens, on reste en permanence dans le doute. Je ne peux pas dire que je détiens la vérité. Il n’y a pas de vérité unique. Je comprends tout le monde, peut-être parce que je ne suis pas con, y compris les intellectuels, même s’ils me donnent de temps en temps des complexes. Mais enfin, s’ils ont des têtes plus grosses que la mienne c’est seulement de face, pas de profil… » César.

L’atelier de César, les confidences d’un artiste atypique.

César dans son atelier (1969) est un reportage réalisé par Michel Pamart et Franz André Burget  sur l’artiste dans son atelier situé dans le 14ème arrondissement de Paris.
Son atelier représente une surface 205 m² sous 6 mètres de hauteur avec une verrière en guise de plafond. On retrouve dans son atelier des matériaux de tous types, des matériaux qu’il qualifie de modernes, comme par exemple des grandes sculptures de mousse polyuréthane. C’est un atelier vivant qui accueille d’immenses sculptures organiques mais aussi des oiseaux. César est un artiste qui vise en premier lieu à partager ce qui l’intéresse, ses sculptures sont basées sur des choses qui le passionne comme l’expansion ou encore la compression. 
Se qualifiant comme anticonformiste, l’artiste refuse de parler de sculptures abstraites mais plutôt de sculptures organiques. Cette interview de César dans son atelier c’est aussi les confidences d’un homme atypique, angoissé, passionné, qui aime l’autodérision et la remise en question. Pour lui qu’importe qu’il soit qualifié de coqueluche des milliardaires ou de mondain, il aime dire « Je m’en fous » et suit simplement ses envies. C’est un homme franc et drôle qui a horreur de la facilité. Il voit les déchets du monde de la consommation comme une source d’inspiration sans limite.
« Pour travailler il ne faut pas trop penser. Si on pense trop on ne fait plus rien. Pour Travailler il faut un certain degré de bêtise » cette phrase représente l’esprit de César un artiste unique et attachant.

Cédric Marmonnier

César et les Nouveaux Réalistes

Le mouvement des Nouveaux Réalistes est fondé en 1960 en France, par huit artistes (Yves Klein, Arman, François Dufrêne, Raymond Hains, Martial Raysse, Daniel Spoerri, Jean Tinguely, Jacques de la Villeglé) à l’occasion d’une exposition collective. Ils signent un manifeste, sous la tutelle de Pierre Restany où ils affirment s’être réunis autour d’une prise de conscience de leur « singularité collective ». Malgré des méthodes de travail très diverses, ces artistes ont une vision théorique commune : une appropriation du réel, qualifiée par Restany de « recyclage poétique du réel urbain, industriel, publicitaire ».
Manifeste signé par les huit 
premiers artistes du mouvement, 
©2018 ONE ARTY MINUTE 
Le Nouveaux Réalisme est souvent apparenté au pop art, apparu à la même époque aux Etats-Unis, qui, avec la même approche, s'inspire de la réalité quotidienne et du monde de la publicité pour réaliser des assemblages et des collages. Mais si les deux mouvements peuvent être associés, le Nouveau Réalisme se défend d’être une adaptation française du mouvement anglophone. Le groupe d’artistes français veut appréhender le réel de manière nouvelle : ils utilisent des objets de consommation de la vie quotidienne comme matériel, comme un langage et les voir sous un autre jour. Ils utilisent du béton, de la tôle, du ciment et d'autres matériaux industriels, ainsi que des éléments du quotidien qu’ils intègrent à leurs œuvres: palissades, barils, objets en plastique, détritus, voitures ou panneaux de circulation... La méthode artistique et les techniques sont très variables : Accumulation, compression, lacérations d'affiches, assemblage d'objets courants ou encore sculptures autodestructives…
En 1961, César ainsi que Mimmo Rotella, puis Niki de Saint Phalle et Gérard Deschamps rejoignent le mouvement.
C’est avec ses Compressions que César devient un des protagonistes du Nouveau Réalisme. Il les réalise à partir de 1958 en utilisant des plaques de métal, puis des voitures qu’il compresse en blocs rectangulaires. Cette opération aléatoire efface la subjectivité de l’artiste au profit de l’anonymat de la machine…
Morgane Givelet


Quand les expérimentations sont dictées par la matière


1/Les automobiles 

Œuvre compressée, talent expansé

En 1960, César Baldaccini découvre la presse hydraulique. Elle vient des États-Unis et est assez grande  et puissante pour écraser des voitures entières. Il s’essaie alors à cette nouvelle technique et crée Trois tonnes, une compression hasardeuse composée de ferraille de voitures. Cette première œuvre "provoque scandale et incompréhension auprès du public".  Mais cela ne l'empêche pas de poursuivre cet élan créatif.
S’en suit des compressions dirigées, dans lesquelles il prend sa part de contrôle en sélectionnant les voitures qu'il va compresser « pour leur forme, leur matière, leur couleur » et les inscriptions sur leur carrosserie (d'après le Musée national d'art moderne, Centre Pompidou, Paris). 

César - Compression « Ricard », 1962
On peut lire les quelques lettres restantes du mot « Ricard » sur le flanc de la voiture écrasée, au cœur de la compression. C’est une voiture de course sponsorisée par cette marque et choisit par l’artiste pour en faire cette sculpture éponyme. Cette dernière, après "écrasement" sous forme de parallélépipède ne mesure plus que 153 centimètres de hauteur, sur 73 et 65 centimètres de large.
C’est ainsi que César compose sa sculpture, où opère une « subtile combinaison de choix et de hasard » entre ce qu’il sélectionne en amont, la façon dont il les dispose et ce que la presse propose. Et c’est à travers ce geste drôle et poétique qu’il introduit une « critique de la société de consommation réutilisant tous ce qui ne sert pas » (d'après 1 minute au musée, vidéo de francetvéducation). A ces yeux, ces déchets estimés non fonctionnels et qui n’ont plus aucune utilité, prennent de la valeur et se retrouvent être la matière première d’œuvre d’art. En tant que sculpteur, il se sert donc des voitures comme le peintre de sa peinture.
Amélie Wehrung

Accident contrôlé

César explique comment en sortant des beaux-arts, il en est venu à travailler la ferraille : "Je travaillais dans une banlieue à Paris où il y avait beaucoup de ferrailleurs. J'ai commencé à utiliser le déchet pour des questions purement de nécessité. J'y ai trouvé ma vie. Je me suis exalté dans ce matériau, dans cette technique. C'est une technique comme une autre.".
C’est ainsi que le sculpteur se mit à travailler avec ces matériau. Lorsqu’il trouve une presse hydraulique chez un ferrailleur de Gennevilliers. “Ça a été le coup de foudre. Tout de suite, j’ai eu envie de l’utiliser. D’abord je m’en suis servi de manière brute, si j’ose dire. La presse allait au-devant de mes souhaits, elle se saisissait du matériau, le broyait et le transformait en d’énormes balles calibrées d’un poids variable ; j’étais anéanti devant cette machine qui transformait des voitures en paquets de ferraille de plus d’une tonne.”

César - Dauphine, centre Pompidou, Paris. 1970
Il va par la suite réussir à « contrôler » ses compressions en choisissant avec soins les matériaux qu’il compresse. C’est ainsi que naquit la Dauphine. Cette sculpture est la compression d'une Renault Dauphine rouge, voiture très populaire à la fin des années 1950. En 1957, elle est la voiture la plus vendue en France et représente à elle seule le tiers de la production de Renault. César va la compresser de façon à l’écraser de haut en  bas. La Dauphine est sa première compression plate. Il en a eu l’idée initiale en 1959. Il ne la réalisera qu’en 1970 à l’occasion du 10ème anniversaire du Nouveau Réalisme à Milan.
César est un artiste aujourd’hui connu et reconnu dans le monde entier, de nombreuse expositions sont consacrées à son travail notamment l’exposition permanente actuelle au centre Pompidou à paris. Parmi les œuvres exposées se trouve bien évident l’emblématique dauphine.

Louna Laplace-Claverie 

2/Les objets

Production industrielle transformé en œuvre d’art

Fasciné par la compression des carcasses de voitures, découvertes lorsqu’il récupère les déchets chez le ferrailleur, il oriente son travail autour de la technique de la « compression dirigée » à partir de 1958.
“Ça a été le coup de foudre. Tout de suite, j’ai eu envie de l’utiliser. D’abord je m’en suis servi de manière brute, si j’ose dire. La presse allait au-devant de mes souhaits, elle se saisissait du matériau, le broyait et le transformait en d’énormes balles calibrées d’un poids variable ; j’étais anéanti devant cette machine qui transformait des voitures en paquets de ferraille de plus d’une tonne.” César.
Cette technique stimule son imagination et l’entraine vers un geste artistique radical. Il bouleverse ainsi la sculpture du 20ème siècle et provoque les sculpteurs de l’époque en délaissant le travail à la main. Il expérimente le « langage de la ferraille » à travers des compressions diverses et amène également une réflexion sur la matière.
La Suite Milanaise, présentée en 1998, à la Fondazione Mudima de Milan, montre bien sa capacité à se réinventer. A l’initiative de ce projet, on retrouve Alberto Rossini et Pierre Restany qui ont accepté de collaborer à l’hommage que l’artiste a voulu consacrer à la ville de Milan, qui a accueilli sa grande rétrospective au Palazzo Reale. La suite Milanaise est composée de 15 compressions (13 compressions monochromes et 2 compressions plates de seulement 8 cm d'épaisseur) posées sur des palettes. Cette suite est réalisée avec une série de voitures Fiat neuves : de la Giallo Naxos 594 à la Blu Energy 452, en passant par la Verde Wembley 396 ou la Agatha 316. Une fois compressées, les voitures sont passées dans les chambres à peinture de l'usine Fiat, et peintes aux couleurs de la gamme de l'année. Ces productions aux couleurs monochromes sont ainsi plus éclatantes et lumineuses que les précédentes. Avec cette collection, il rend hommage à l’Italie, à travers le visage le plus populaire de sa modernité, l'automobile. En compressant ces voitures Fiat, César détourne leur usage et leur perception. Les œuvres de César critiquent et remettent en question le gaspillage de notre époque et la société de consommation avec ses recyclages de ferrailles compressés. 


 


Pour obtenir ce qu’il souhaite lors de la compression, l’artiste prend soin de mettre en évidence les structures, et varie le degré de compression afin d’obtenir des effets de surface issus de l’éclatement et la déchirure du métal, créant des volumes qu’on ne voit jamais se refermer. La pression exercée sur les corps de ces voitures a été légèrement réduite par rapport à la norme, de manière à laisser des espaces vides dans la masse métallique, représentant de cette manière des plis, tels que pouvait être une draperie classique, qui rendait les sculptures plus «aérées», presque respirantes. Ces compressions vives et légères contrastent avec l’aspect et le poids du métal. Pour obtenir un résultat parfait, une couche de laque métallique, renforcée par une pluie de paillettes incorporées, a été appliqué sur de la matière tordue, donnant à La Suite milanaise (contrairement aux premières compressions) un véritable aspect d’échantillon de couleurs industrielles. La même année, cette collaboration entre César et Fiat a été couronné par le prix Guggenheim "Impresa & Cultura" qui récompense les entreprises soutenant des projets  innovants dans le domaine des créations artistiques. 
Margot Chevallereau

Emballé, c’est pesé

La série des Enveloppages est peut-être la série la moins connue de l'oeuvre de César. Autour des années 1970, en tombant par hasard sur des feuilles de méthacrylate, il décide d’étendre son travail de compression à d’autres matériaux que la tôle. Ces Enveloppages sont réalisés à partir d'objets trouvés dans des brocantes ( tels que des téléphones, des moulins à cafés ou encore des ventilateurs) que l'artiste  emprisonnent, enveloppe dans une feuille de plexiglas chauffée. César a choisi ces objets pour leur petite dimension d’une part, mais surtout pour leurs qualités quotidiennes, utilitaires… La transparence du plexiglas permet alors de mettre en valeur l’objet contenu et de le protéger des ravages du temps, à l’instar d’une petite capsule temporelle. Cette série tisse un lien paradoxal entre le passé et le présent en mariant à la fois un objet ancien avec un matériau et une technologie moderne. Cependant, la technique utilisée ici n’est pas sans risque. Les feuilles de plexiglas sont d’abord couchées sur les tiroirs d’un étuve, puis lorsqu’elles sont suffisamment souples, elles sont pliées dans une matrice spéciale. Des trous alors placés dans le châssis permettent d’envoyer de l’air pour accélérer le refroidissement du Plexiglas, qui dure une vingtaine de minutes. Mais bien souvent la feuille de plexiglas se brise lors du pliage ou quelques temps après, ce qui limite grandement le nombre de pièce dans cette série. Par cette œuvre, César fait naître une pointe de frustration chez le spectateur, car l’objet est à la fois sacralisé et à la fois inapprochable, emprisonné.
"Enveloppage", 1971 de CÉSAR - © Fondation César, Bruxelles © Photo Éric Simon
Léon De Coninck 

Un hasard contrôlé 

César est un artiste de son époque, qui expérimente et use des matériaux qu’il a à sa disposition. Tel un explorateur, il va tester la matière, celle du polyuréthane. La mousse polyuréthane s’étend et se gonfle dans des proportions étonnante. En effet, sa taille double, triple, quadruple de volume et se durcie par la suite. Ses premières expérimentations vont être réalisées en public à l’occasion de happenings à partir de 1967. Face au public, il dépend la matière liquide qui peu à peu, glisse, s'épaissit, prend du volume et sèche. Ensuite, il découpe des morceaux son travail et en distribue à l’assistance. Ce sont des gestes qui lui permettent de se situer dans l’espace public et d’avoir un rapport immédiat de l’œuvre et au public. La sculpture fragmentée va alors prendre place dans l’espace mais également dans le temps. 
En 1970, l’artiste souhaite de la nouveauté et recherche un procédé qui permettra de conserver ses expansions malgré le fait que le matériaux, étant quelque peu fragile, s’y prête mal. C’est grâce à une couche de résine de polyester, de laine de verre et de laque acrylique qu’il va aboutir à une surface intéressante. Poncé, vernie, lissé et nacré, le travail de César prend forme. La fragilité du matériaux semble être préservée. La forme finale varie en fonction de la manière dont l’artiste a versé la mousse (plus ou moins vite, de plus ou moins haut) ainsi que de la quantité versée. En jouant sur ces facteurs, César devient comme sculpteur de ces mousses, tout comme il le faisait avec ses compressions. Il ne maîtrise qu’une partie du projet, le reste appartient au hasard. Mais c’est un hasard controlé, et c’est ce hasard qui fait la beauté des choses. 
 Les Expansions de César viennent en opposition totale avec son travail sur les Compressions. Faites de formes molles, les Expansions viennent à l’encontre des formes géométriques des Compressions. Les unes sont verticales, les autres horizontales. Les uns sont compactées, les autres libres et prennent possession de l’espace. César nous montre sa capacité à se réinventer.

Expansion n°14
© Philippe Migeat - Centre Pompidou, MNAM-CCI /Dist. RMN-GP
© SBJ / Adagp, Paris
Capucine Brossier 

Quand la matière prend forme 

1 / Le corps humain

La Vénus de fer
C’est à l’occasion de l’exposition « César, Roël d’Haese, Tinguely » qui se déroulait au Musée des Arts décoratifs, le 26 Mai 1965, que César dévoilait aux yeux de tous une statue de fer pesant plus d’une tonne et mesurant environ 2,20m de haut. Celle-ci avait pour titre « La Victoire de Villetaneuse » en référence à celle qui sera devenue sa ville d’adoption : Villetaneuse.
    Au début de sa carrière de sculpteur, César manque d’argent. C’est donc plus par nécessité que par attirance qu’il s’intéresse aux matériaux de récupération tels que la ferraille. Ce matériau, auquel il offre une seconde jeunesse, sera un élément marquant de son œuvre. Si le fer devient le matériau de prédilection de César, c’est grâce à Léon Jacques, le patron d’une petite usine métallurgique de Villetaneuse, qui l’introduit dans l’univers du déchet industriel et qui lui ouvre les portes de son établissement de 1954 à 1965. C’est ainsi que César bénéficiera des compétences des ouvriers de l’usine qui l’initieront à la soudure à l’arc. César assemble, fond, transforme et recrée… Il joue avec les formats, les formes, la matière expérimente des métamorphoses aux frontières de l’abstraction. La matière que l’artiste manipule se charge d’une identité nouvelle, d’une étrange singularité par les effets de reliefs, de tourments, de textures et par le résultat expressif qu’il lui donne.
    César réalise la Victoire de Villetaneuse en 1965. Il représente une femme, une Vénus aux formes généreuses, charnues, et au ventre rond à laquelle il manque la tête. Cette tête, bien loin d’avoir été arrachée, détachée ou coupée, est tout simplement absente. Saisi par la présence de ce corps sans visage, le spectateur comprend vite qu’il s’agit d’un moyen pour l’artiste de créer une distanciation entre l’observateur et le sujet et de permettre à celui qui regarde, de pleinement s’immerger dans la technique, dans la structure de la matière, dans ses aspérités et son modelé. César souhaite que l’on perçoive ce que nous dit la sculpture, ce que sa substance et son essence nous raconte.
César nous plonge dans le corps des femmes au ventre rond, déformé par le fruit d’une grossesse comme pour nous faire expérimenter les changements qu’éprouve le corps d’une future mère. De cette façon, La Victoire de Villetaneuse, avec ses formes ventrues, tire ses origines des figures préhistoriques et primitives et s’apparente aux statues africaines qui sont le symbole de la fertilité, l’image de la fécondité et de la reproduction.
    La Victoire de Villetaneuse est telle une Vénus originelle et primitive qui émeut et étourdit le spectateur par l’essentialité de ses formes et de sa matière…

César - La Victoire de Villetaneuse- 165
Delphine Le Mao


Le "Sein" César

Parmi ses nombreuses oeuvres, Le Sein de César prend une place particulière. Cette oeuvre originale joue sur des rapports d'échelle, de sens, de matière, . Il en existe de nombreuses versions. Cependant la toute première fût éditée en 1966. Elle a été coulée dans un moule en fonte pronvenant de la fonderie Henri-Paul Schneider se situant à Monchanin. La sculpture trouve son origine dans le moulage du sein d'une danseuse du Crazy Horse. Ce sein semble parfait pour l'artiste qui pourtant, à l'origine, souhaitait mouler le sein de Brigitte Bardot ou celui de Jane Fonda… 

César, @Georges Kelaidites
Melvin Bossis


L'empreinte de César

Le Pouce, est sans doute l'une des œuvres la plus emblématique de César.
César s’essaie au moulage corporel et réalise une série d’oeuvres traitant de l’empreinte humaine. Il débute ces moulages corporels en 1963 alors qu’à ce moment débute une exposition sur le thème de la main, allant de Rodin à Picasso. Il découvre un pantographe dans l’atelier d’un jeune artiste permettant d’agrandir les sculptures. Avec cette technique, l’artiste se met en position de rupture complète avec la sculpture traditionnelle. 
Il réalise alors l’empreinte de son pouce en résine synthétique et l’agrandit à 42 centimètres de hauteur. Ce pouce sera décliné en différentes tailles allant de 42 cm à 12 mètres de hauteur (que nous pouvons notamment retrouver sur le parvis de la Défense) et en différentes matières (plastiques, ainsi que nickel, bronze, marbre, or ou encore sucre). L’agrandissement de son œuvre donne au pouce un caractère monumental et abstrait. 
Selon le même principe, il réalise d’autres empreintes corporelles tel le sein d’une danseuse du Crazy Horse. « Le Pouce peut résumer l’œuvre de César » avance Bénédicte Ajac « C’est à la fois une œuvre qui est classique, innovatrice, abstraite, qui symbolise le corps humain, qui peut avoir un caractère sexuel, qui a été déclinée dans toutes les tailles et dans toutes les matières… »
Le Pouce de César peut être vu de différentes façons. Ce Pouce dressé vers le haut peut être une ode au travail manuel de l’artiste. Contrairement à son homonyme César l’empereur Romain, qui, lui, dressait son pouce vers le bas afin de donner la mort, César ici nous le montre toujours levé vers le ciel, symbole de l’optimisme. 
Ce Pouce dressé de façon monumental dans l’espace public (en l'occurrence devant le Centre Pompidou le temps de l’exposition), tel un totem, peut également prendre un caractère phallique, être pris comme une provocation.  Le choix d’agrandir des parties corporelles tel le sein ou ici le pouce, et les présenter de manière isolée, peut transcrire une connotation sexuelle forte tout en gardant une certaine abstraction. 
Le Pouce de César sur le parvis du Centre Pompidou pour la rétrospective de son œuvre

César le 6 décembre 1994 © MAXPPP

Sarah Lods

2 / Les animaux 


Les débuts de César avec le fer soudé

C'est lors de ses débuts, après s'être installé à Paris en 1946 que César commença à expérimenter le travail du fer. L'intérêt que l'artiste portait à ce matériau de récupération fut accentué par la facilité de sa procuration et par sa faible valeur.
Cette période durant laquelle l'artiste réalisa plus de 300 sculptures s'est étendue jusqu'en 1966. Ses sculptures en fer soudé témoignent d'une alliance entre classicisme et modernité. En effet, l'artiste se libère des méthodes académiques en confrontant sa maîtrise des fondamentaux du travail du fer à des méthodes moins conventionnelles et plus novatrices. Ainsi, César crée des œuvres nouvelles et inédites tout en faisant perdurer une tradition classique. C'est dans ce contexte, en 1954 qu'il réalisa Esturgeon, une sculpture imposante en fer forgé et soudé, mesurant 3,40 mètres de long. L’œuvre, élaborée selon la technique de la soudure à l'arc (technique empruntée à l'industrie) a nécessité un long travail d'assemblage et a suscité l'étonnement et la fascination lors de sa présentation au public. La technique employée par César, additionnée à l'utilisation de petits objets ferreux écrasés (vis, boulons, écrous …), attribue à la pièce l'apparence d'une résille et lui apporte finesse et légèreté. L'homme se lance alors dans la création d'un bestiaire très singulier, composé de toutes sortes d'animaux aux formes étranges et réinterprétées (coq, scorpion, chauve-souris …).
César a reçut pour Esturgeon le Prix des « Trois arts » en 1954, une récompense qui lui permettra d'exposer son œuvre au Musée national d'art moderne de Paris quelques années plus tard, en 1965.
Plus de vingt ans après la réalisation d'Esturgeon, à la fin des années 1970 et après avoir mené diverses expérimentations, César revient à la technique de la soudure à l'arc en l'appliquant au bronze.

César - Esturgeons- 1954 
César - Esturgeons (détail) -1954
Marianne Guillot 
Mythologie du XXe siècle.

Surplombant le spectateur, le Centaure de César peut être vu comme un autoportrait de l’artiste. C’est dans une démarche de retour à une sculpture plus traditionnelle que César réalise ce Centaure de 4.45m de haut et de 5.20m de long. Il s’agit là d’un hommage à Picasso.
César - Centaure - 1985

Composé de multiples morceaux de métal, cette sculpture mi-homme mi-cheval est « hérissée » d’écrous. L’œuvre est une incarnation de la force naturelle, de la vitesse, de l’expansion. Cette réalisation est à mi-chemin entre la créature mythologique et la sculpture contemporaine. Ce bronze inauguré le 10 octobre 1985 est le fruit d’une accumulation, d’un assemblage d’éléments de notre quotidien. Cette utilisation des biens de consommation est une pratique courante chez les Nouveaux Réalistes. César nous interroge sur l’usage de nos biens. Il leur donne un nouveau visage. Le choix du centaure s’explique par l’envie de l’artiste de représenter la puissance et la présence imposante des machines au cœur du XXème siècle qui est le premier siècle non équestre.

Une œuvre dont les détails se révèlent avec la lumière.
Cependant la machine n’est pas la seule à trouver sa place dans cette réalisation, la sculpture traditionnelle se retrouve dans le soin et le détail apporté aux pieds et aux mains qui évoque la statuaire classique. Bien que le visage adopte les traits de l’artiste, une analyse plus poussée nous montre que ce visage représente les vanités classiques. En poursuivant l’analyse des détails nous pouvons relever la présence du maître et ami de l’artiste : Picasso. Celui-ci se trouve sur la visière présente que le front de la sculpture. Sur la main gauche se trouve un oiseau, surement une colombe qui s’apprête à s’envoler. Enfin, dissimulé sous la cuirasse du Centaure se trouve une version miniature de la statue de la Liberté.

Centaure 1985 - Gravure d'interprétation en couleurs, 
signée au crayon par l'artiste, extraite de l'album "Hommage à Picasso".
 Editions Pyc, Paris.
Au croisement de diverses époques cette sculpture de César est à la fois une représentation mythologique, une allégorie et un hommage à son mentor et ami.

Kilian Cornillon


La poule aux oeufs de fonte

En assemblant divers éléments métalliques, César donne une seconde vie aux rebuts de la production industrielle. Cette passion pour le fer, un matériau à la fois pauvre mais structural est née très tôt, dès ses débuts à l’atelier de l’Ecole des Beaux-Arts.
« Avec la soudure à l’arc, c’est simple, je peux souder une aiguille sur une enclume ! C’est tout ! Je n’ai rien inventé, c’est un langage du matériau. »
César, devenu spécialiste dans la technique du fer à souder, explore les techniques sculpturales basées sur le soudage d’éléments de métals. Afin de donner un nouvel élan dans son art, il explore davantage ces techniques allant jusqu’à pratiquer la soudure à partir du bronze.
Il crée en 1991, Fanny Fanny une sculpture monumentale faite à partir d’éléments de bronze soudés.
Fanny Fanny, 1991, César, Poule post-industrielle
 sur roulettes, Jardin des Tuileries Paris 1er
La soudure est un moyen d'assemblage. Il a pour objet d’assurer la continuité de la matière à assembler et de préserver leur longévité.  Issue de l’imagination fantasque de César, cette poule post-industrielle sur roulettes, souligne à la fois la force du sculpteur et son univers. L’artiste apporte un soin quasi paternel, dans le détail de la fonte en apportant souvent des corrections directement sur le bronze, en ajoutant ou en enlevant certains éléments.
   

Fanny Fanny, 1991, César, Détails d’assemblage d’éléments soudés,
 Jardin des Tuileries Paris 1er
Du haut de ses deux mètres quarante, elle figure parmi les œuvres les plus impressionnantes de César. Nous pouvons donc assurer que cette Fanny Fanny, oeuvre monumentale est à la hauteur un tempérament de son bâtisseur. « Je crois que tous les sculpteurs ont cette maladie. Ils veulent faire du monumental. Parce que, par tradition, un sculpteur, ça fait des monuments. C’est peut-être de l’orgueil… je ne sais pas. ».
Melanie Laude


Les trophées du 7ème art

"J'appelle mes Compressions des Compressions, mes Expansions des Expansions’’ César.
En 2018 aura lieu la 43e édition de la célèbre cérémonie des Césars, qui vient récompenser les artistes du 7ème Art. Les Césars sont des trophées remis aux lauréats du cinéma français, tous les ans lors de la nuit des Césars. Ils représentent la plus grande distinction cinématographique, en France. Ils sont l’équivalent des Oscars aux Etats-Unis. Georges Cravenne, qui créa l’Académie des arts et techniques du cinéma, demanda au sculpteur César en 1975 d’inventer un trophée pour celle-ci. L’artiste réalisera des compressions d’objets métalliques, en bronze poli de 3,6 kg, qui portent le nom de leur créateur. Elles succèderont à l’Etoile de cristal.
Pour son premier « César », le sculpteur s’est grandement inspiré des Oscars, plaqués d’or. En 1976, sa compression représente une bobine de film enrouée autour d’une silhouette. Mais l’accueil au près des acteurs et actrices n’aura pas l’effet escompté. Il en recréera un autre qui est aujourd’hui remis et produit dans une usine en Normandie. 

Marylin Monroe, Etoile de cristal pour la meilleure interprète
étrangère dans « the prince and the showgirl ». Nullified ©
Le sculpteur César avec sa première version, ©Getty
Les Césars,  © copyright Gralon.net 
  Clara-Line Ogier

mercredi 7 février 2018

LES ANGES et autres personnages ailés

LES ANGES et autres personnages ailés

Créatures célestes présentes dans chacune des trois religions monothéistes majoritaires en Occident, les anges sont des envoyés de Dieu. Ils sont des intermédiaires, des ambassadeurs entre l’homme et le divin. Parfois messager, l’ange peut aussi être la main de dieu et réaliser ses ordres. Il semble indispensable à l’expression de la puissance divine.

Ces créatures ont leur rôle à jouer dans chacune des grandes étapes des religions. Le premier ange que l’on rencontre dans la bible est celui qui chasse Adam et Ève du paradis. Cet événement a amplement été illustré par les artistes.

Normalement invisible, l’ange se laisse parfois voir lors d’un rêve, d’une vision, il adopte alors une forme humaine. Cet envoyé divin est baigné de lumière surnaturelle. Il est parfois aussi lié à l’image du feu. Seuls certains anges sont connus au travers des texte religieux : Michel, Gabriel, Raphaël… Pour certaines personnes, il existe des milliers d’anges qui constituent une véritable «Armée Céleste».
Satan, l’ange déchu, incarne l’opposé de l’idéal angélique. Tentateur, accusateur, il est l’incarnation du mal et du péché.
Eros ou Cupidon, petits anges de l'amour nous entrainent dans d'autres domaines vers d'autres envols.

Qu’ils flottent dans le domaine religieux, au cœur de traditions païennes, dans le ciel des tableaux ou dans notre imaginaire collectif, les personnages ailés traduisent sans doute notre rêve d'envol, notre envie de gagner le ciel…
Attention à la chute…

Sainte Louna, Saint Léon et Saint Kilian.



LES AILES 

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Choi Xoo Ang The wings , 2008

Artiste Coréen né en 1975, il fait ses études et obtient son master en 2005 au Fine Art in Sculpture à l'université nationale de Séoul. The Wings de Choi Xoo Ang est une structure en résine peinte à l'huile. Cette œuvre hyper réaliste, difforme et étrange joue sur les émotions qu'éprouvent les spectateurs. Cette œuvre se compose de deux ailes d'ange en résine accrochées à une structure en métal. Cette dernière est suspendue par 3 câbles en acier. L'artiste coréen Choi Xoo Ang a créé ses ailes d'ange à partir de nombreuses mains faites en résine. Les mains se tiennent solidement entre elles. Les doigts, imitant les plumes des ailes, sont tombant, relâchés et non crispés. Ils apportent une légèreté et un côté aérien à l'œuvre.

 ©Choi XOOANG -The wings- 2008
The Wings peut être vu comme un vêtement, un accessoire que l'on peut porter.
Les paumes de mains sont tournées vers le spectateur comme en un doux appel.
 ©Choi XOOANG -The wings- 2008
The Wings de Choi Xoo Ang est une oeuvre aussi énigmatique que fascinante.
En effet, toutes ses mains qui se tiennent entre elles, créent deux magnifiques ailes d'ange. L'entraide et la confiance permettent de bâtir des choses incroyables. L'obsession de l'Homme a toujours été, un jour de prendre son envol. Choi Xoo Ang, par son œuvre, nous pose la question de l'envol. Physiquement et métaboliquement, l'Homme ne pourra jamais prendre son envol au sens propre. Mais peut-être que grâce à l'entraide et à la cohésion, l'Homme peut s'élever tel un ange.
Saint Melvin Bossis


La machine volante de De Vinci

“L’oiseau est un instrument qui fonctionne selon les lois mathématiques et l’homme n’a qu’à mettre au point une machine susceptible de reproduire chacun de ses mouvements”, De Vinci.
Léonard de Vinci a réalisé plusieurs croquis de machine volante. L’un de ces croquis est l’Ornithoptère. Pour sa création, il a étudié le vol des oiseaux et a tenté de reproduire 
les mouvements de battements d'aile dans l’ornithoptère.

Croquis des ailes de l’Ornithoptère


L’Ornithoptère  vient du nom “Ornithos” du grec "oiseau" et “Ptéron”, "aile".
Passionné par le vol, il passait des heures à observer les oiseaux. Ainsi il a analysé le décollage et l'atterrissage de ces volatiles. Il met en évidence le rôle essentiel du centre de gravité et du centre de poussée. Après avoir longuement observé les ailes des oiseaux ainsi que leurs fonctions et la position des plumes, il conçoit une machine qui ressemble à des ailes d'oiseaux qui se mettent sur les bras d’un homme.
Croquis d’observation du vol des oiseaux

Cette machine utilise comme source d’énergie la force musculaire humaine. Mais Léonard n’a jamais réussi à faire voler sa machine. Le problème était le même que pour ses autres machines volantes : malgré l’amélioration du système avec des ressorts cette machine demandait trop de force physique : l’énergie musculaire humaine était insuffisante.
Aujourd’hui, ce rêve de pouvoir s’envoler comme un oiseau est devenu réalité. Grâce à des nouvelles technologies et les efforts fournis par les scientifiques.
Un ornithoptère a finalement été créé, il est équipé d’un moteur de 24 chevaux, il a volé pendant 14 secondes à 88 km/h sur un peu plus de 300 mètres.
A l’époque, le rêve de beaucoup d’hommes, était de pouvoir voler et de découvrir ce qui se cache au-delà du ciel. Beaucoup d’inventions se tournaient vers ce but et De Vinci était sur le point de découvrir le moyen d’y parvenir. Cette machine aurait permis aux Hommes d’obtenir des ailes et tels des anges, de rejoindre les cieux.

Sainte Mélanie DELAUDE


Aile de cire, 2007, Patrick Neu.

Patrick Neu est un artiste contemporain français au travail très singulier. A travers ses œuvres, il aime interroger la matière et cela se traduit par des créations étonnantes, réalisées avec des matériaux souvent peu conventionnels et parfois inédits.
Son œuvre Aile de cire a été exposée durant l'été 2015, au Palais de Tokyo à Paris, à l'occasion de la première grande exposition de l'artiste.
Cette pièce, représentant une aile d'ange a été entièrement réalisée en cire, ce qui lui confère une grande fragilité. En effet, Patrick Neu est un artiste qui oppose dans ses œuvres la fragilité des matériaux qu'il emploie à la force symbolique que dégagent les objets qu'il représente. Ainsi, il questionne le rapport entre les objets que nous voyons et ce à partir de quoi ils ont été réalisés.
Patrick Neu - Aile de cire, 2007 - © Renaud Gaultier 

L’œuvre nous rappelle également le personnage d'Icare, le fils de l'architecte athénien Dédale dans la mythologie grecque. En effet, le mythe nous raconte la mort du jeune homme, qui, après que son père lui eut confectionné des ailes (à partir de plumes collées entre elles à l'aide de cire) afin de lui permettre de s'échapper du labyrinthe du Minotaure, s'approcha trop près du soleil et fit fondre ses ailes.Ce mythe aborde la thématique du désir de l'Homme à vouloir aller toujours plus loin, quitte à en courir les risques et rappelle le caractère éphémère de la vie humaine.
Patrick Neu approche également cette notion dans son travail, comme en témoignent la fragilité de ses pièces. Une autre de ses œuvres, Camisole de force en ailes d'abeilles, une sculpture réalisé avec des milliers d'ailes d'abeilles et également présentée au Palais de Tokyo en est un autre bel exemple.

 Sainte Marianne Guillot



Des créations guidées par un rêve : voler 

Panamarenko, né en 1940, est un artiste plasticien belge très polyvalent, qui touche notamment à la peinture, la sculpture, l’assemblage… tout en s’intéressant aux sciences dont la physique. Il porte également un intérêt particulier à la recherche des nouvelles énergies qui pourraient faire fonctionner ses créations.
C’est un inventeur avec beaucoup d’imagination et d’intelligence, qui conçoit des engins flottants, submersibles ou même encore volants. Panamarenko étant passionné par l’aéronautique, il recherche toujours de nouvelles innovations techniques de vol.

Raven's Variable Matrix, Panamarenko, en 2000, 165 x 510 x 364 cm, 
moteur, aluminium, feutre et polycarbonate.
A travers une démarche fantaisiste, il développe une certaine poétique autour du mécanisme du vol. Avec ses créations utopiques, il fait rêver, jusqu'à rendre accessible, à chacun, l'idée de voler. Lors de l'exposition de ses créations, l’observateur se retrouve projeté dans un monde fantastique et imagine les engins en état de marche. La contemplation de ses productions fait fonctionner l'imagination des observateurs.
Ses "machines" paraissent sortir de l’imagination d’un enfant mais elles sont en réalité le résultat d’une grande réflexion technique et mathématique, bien loin de l’innocence apparente de ses engins.

Maquette du Raven’s Variable Matrix, Panamarenko, 2000
La volonté de l’artiste, de créer des moyens de transports fonctionnels, le différencie d’artistes comme Tinguely, chez qui les machines fonctionnent tant bien que mal. Cependant, Panamarenko est un inventeur qui fait facilement penser  à Léonard De Vinci. Voler les fascine et ils ont tous les deux eu cette volonté d'élaborer des concepts ingénieux pour pouvoir s’envoler. Tout comme Léonard De Vinci, Panamarenko a su développer son sens de l’observation, notamment celle de la nature et des oiseaux, pour résoudre la problématique de : « comment l’homme peut-il parvenir à voler ? ». On retrouve cette inspiration chez les deux artistes dans les ailes de chauve-souris de Léonard De Vinci et les ailes d’oiseaux de Panamarenko. Ils ont également beaucoup expérimenté avant d’arriver à un concept fonctionnel. 
Croquis d’étude d’engin volant, Panamarenko


Sa démarche, qui va du rêve à la construction, en passant par des étapes de dessins, des maquettes et des tests, lui a permis de créer des engins comme le Raven's Variable Matrix, une hybridation entre la machine et l’oiseau. Le Raven's Variable Matrix, produit en 2000, est l’une des créations de Panamarenko qui illustre bien l'inspiration de la nature, car l’engin est composé d’ailes ressemblant fortement à des ailes de cigogne, avec leurs extrémités noires. Cette hybridation met en avant le côté poétique de son engin volant …


Sainte Margot Chevallereau


APPARITIONS et RAVISSEMENTS

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Rêve ou réalité ?


Dans la première moitié du XVIIème siècle, George de la Tour peint une huile sur toile, aujourd’hui exposée au Musée d'Arts de Nantes. Y sont représentés deux protagonistes que tout semble opposer.
Tout d’abord ils sont placés aux extrémités du tableau. Il s’agit d’une enfant avec des habits brodés, se tenant debout, face à un vieil homme assis, endormi avec un livre ouvert sur les genoux. Sur une table, une chandelle éclaire leurs visages. Pourtant à la même distance de la flamme, ils sont éclairés différemment. L'intensité lumineuse est beaucoup plus forte sur le visage de la jeune fille que sur celui de l'homme dont la peau arbore des teintes plus foncées, orangées. Ils ne semblent donc pas être sur le même plan.
Cela pourrait expliquer qu’il ne s’agit pas d’un enfant comme les autres, et que cette lumière blanche qui lui donne un air angélique porte en elle une dimension surnaturelle. En effet, c’est un ange et le vieil homme n’est autre que Joseph. L'ange vient lui demander de ne pas répudier sa femme, la Vierge Marie, qui est enceinte et lui recommande d'appeler son fils Jésus. C’est une des interprétations de ce mystérieux tableau.
Le Songe de Saint Joseph, de George de la Tour, première moitié du XVIIème siècle.
Huile sur toile de 930 x 810 mm
La position de sa main qui se détache sur le fond sombre est un détail qui pourrait confirmer qu’il s’agit d’un ange, même si ses ailes ne sont pas représentées. La grâce de son geste pourrait indiquer qu’il s'exprime en chantant, la paume vers le ciel portant sa voix. C’est là une caractéristique des anges.
Dans d’autres tableaux, comme celui de Nicolas Mignard L’apparition de l’ange à Joseph, l’ange est plus facilement identifiables étant représenté avec des ailes.

L'Apparition de l'ange à Joseph, de Nicolas Mignard, 1664, huile sur toile de 300 x 240 mm.

Par ailleurs, la flamme de la chandelle peut-être l'incarnation du divin que l'on ne peut pas voir, cachée par son bras. De la Tour cache la source de lumière pour n'en donner à voir que sa réflexion sur le visage de l'ange, intermédiaire entre les deux mondes.
La chandelle, dont la flamme file car Joseph a oublié d'en couper la mèche avec le ciseau à moucher, est un élément souvent présent dans les vanités. Pour Bachelard, un philosophe de la première moitié du XXème siècle, la chandelle est un "sablier qui s'écoule vers le haut". Symbole de  l'instant, du temps qui passe, de l'éphémère, sa flamme est souvent utilisée dans les peintures du Caravagisme.
Dans cette peinture qui s’intitule Le Songe de Saint Joseph, on ne sait pas si l’ange se trouve réellement face à Joseph ou si ce n’est que l’illustration de ce qu’il voit en rêve. Cette apparition fait alors vaciller la frontière entre le rêve et le réel.


Sainte Amélie WEHRUNG

Le sexe des anges

Ernest Pignon Ernest - La cathédrale de Montauban - 2009 

Ernest Pignon-Ernest, Cathédrale de Montauban, 2009
Technique mixte triptyque, photographie, dessins
91 x 168 cm
De son vrai nom Ernest Pignon, Ernest Pignon-Ernest est un artiste plasticien né en 1942 à Nice. Il marquera l’art urbain en France, tout comme Buren. Étant un artiste engagé, il retranscrit les problèmes sociaux et humains par des dessins qui ne sont pas pris au hasard.

Pour réaliser ses œuvres, l’artiste à besoin de saisir l’essence d’un lieu, de puiser dans son histoire afin de retrouver les souvenirs qui s’y cachent. Il cherche la lumière afin de capter au mieux l’espace. Une fois ce travail effectué, c’est dans son atelier qu’il va réaliser l’image qu’il a décidé d’intégrer au paysage. Généralement, ce dessin est une représentation humaine à l’échelle 1, reproduite par sérigraphie. C’est ensuite à la nuit tombée, qu’Ernest Pignon-Ernest installe ses dessins dans la ville. 
Influencé par l'art du Caravage, ses images éphémères entre en contact avec le monde extérieur. L'artiste convertit un lieu en espace plastique et tente d’établir une relation entre cet espace, le dessin et le public, révélant à la surface des murs ce qui est tombé dans l’oubli.


Décor sur la façade de la cathédrale de Montauban


Dans le cadre d’une exposition « Ingres et les modernes », l’artiste a souhaité réaliser deux anges monumentaux pour les installer à l'entrée de la cathédrale de Montauban. Ces deux anges sont tirés tout droit du tableau d’Ingres « Le Vœu de Louis XIII ». Cette toile d’Ingres témoigne de son admiration de l'art de la Renaissance italienne et du Classicisme français avec quelque chose de baroque dans la figure des anges. Le tableau sera installé, grâce à l’acharnement de Ingres, dans la Cathédrale de Montauban en 1826. 

Ingres, Le vœu de Louis XIII (1824)

Après avoir étudier de près le tableau d’Ingres, Ernest Pignon Ernest reproduit à sa manière les silhouettes féminines ou plutôt les féminines silhouettes des anges. L’artiste souhaite alors retrouver quelque chose des esquisses d’Ingres. C’est un véritable dialogue entre le dessin actuel, celui du passé et le lieu qui les reçoit. Il dessine les anges dans la même dynamique que ceux du tableau de Ingres, mais les dénude dévoilant leur sexe féminin.

L’œuvre In situ d’Ernest Pignon-Ernest à connu malgré tout des mécontentements. Ainsi pour les chrétiens, un ange est asexué (Concile de Nicée II en 787). Certaines personnes ont été choquées par l’œuvre découverte au petit matin, et trois d’entre elles sont même venues recouvrir le sexe des deux anges d’un voile de papier. L’artiste ne comprend pas très bien pourquoi cette censure a eu lieu, il voulait juste créer un dialogue entre la ville et son exposition « Ingres et les modernes », son projet n’a rien d’antireligieux.

Remettre au jour un mystère qui deviendra poussière car éphémère, relève d'une certaine beauté. La polémique donne à la proposition d'Ernest Pignon Ernest une autre dimension mais permet à l’artiste de faire entendre sa voix et de donner sens à son travail.

Sainte Capucine Brossier


Les ailes, symbole de divinité

La plaque Burney est une plaque de terre cuite datée de la période paléo-babylonienne (1792-1750 av. J.-C.). Originaire du sud de la Mésopotamie (aujourd'hui l'Irak), elle est conservée au British Museum. Elle représente une femme ailée en haut-relief. Les chercheurs ne sont pas d’accord sur son identité : s'agit-il d'Ishtar, d'Ereshkigal ou de Lilith.
The Burney Relief,
photo ©Davide Ferro

Le fait que la pièce ait été cuite dans un four et non séchée au soleil témoigne de son importance car seules les œuvres d'art et d'architecture les plus significatives ont été créées de cette manière : comme le bois était rare dans le sud de la Mésopotamie, il n'était pas utilisé à la légère pour chauffer des objets en argile. Une fois que la pièce a été cuite et refroidie, elle a été peinte avec un fond noir, la femme et les animaux qui l’entourent en rouge, blanc et noir. Seuls les symboles du bâton et de l’anneau de justice, le collier de la femme et sa coiffure étaient dorés. Les traces de couleur originales peuvent encore être détectées sur la pièce aujourd'hui même si elles ont quasiment disparues au cours des siècles.
Reconstitution des couleurs de la plaque,
©Trustees of the British Museum
On sait qu’il s’agit très certainement d’une déesse puisqu'elle porte la coiffe à cornes des divinités mésopotamiennes et tient la baguette et l'anneau sacré dans ses mains. Ses jambes se terminent par des serres d’oiseaux de proie, semblables à ceux des deux chouettes qui l’entourent. Ses longues ailes multicolores pointant vers le bas, qui indiquent qu’elle est une déesse du Monde Souterrain et le fond noir suggérant la nuit lui ont valu la désignation moderne de « La Reine de la nuit ».
Cependant l’identité de la déesse reste un mystère, chercheurs et spécialistes n’arrivant pas à se mettre d’accord. En effet le motif de la femme nue était courant en Mésopotamie et les différents éléments iconographiques pourraient correspondre à plusieurs divinités ailées : Ishtar, Lilith, ou Ereshkigal.
La première hypothèse serait la démone de la nuit Lilith, à la longue chevelure et pourvue d’ailes. Mais la taille du relief suggère qu’il s’agit d’un relief dédié au culte, et l’on sait que les Mésopotamiens ne vouaient aucun culte aux démons. Il est donc peu probable que la figure représentée soit Lilith.
Plusieurs éléments correspondraient à la déesse Ishtar aussi appelée Inanna, la déesse de l’amour sexuel et de la guerre. Elle est la seule déesse associée aux lions, présents sur la plaque, et le long de la base de la plaque se trouve un motif représentant des montagnes, ce qui renvoie à la maison d’Inanna : la crête des montagnes de l’Est. Enfin, les chouettes, les ailes et les serres d’oiseaux de la figure pourraient correspondre à la représentation d’Inanna sous son aspect de Déesse-Chouette et déesse des courtisanes.
Enfin, la sculpture pourrait également représenter Ereshkigal, la sœur et rivale d’Ishtar, la déesse régnant sur le Monde Souterrain (l’Enfer), souvent représentée avec des ailes de chauve-souris et avec des pieds remplacés par des serres d'oiseau de proie.


Sainte Morgane Givelet


L'amour Victorieux

L’Amour victorieux de Caravage est un tableau réalisé entre 1601 et 1602 sur commande de Vincenzo Giustiniani, aristocrate et riche banquier de Rome. A partir de cette époque le Caravage concentre son travail sur des œuvres religieuses commandées par le clergé et ce tableau est l'une de ses dernières commandes profanes. Il s'agit de l'un de ses tableaux les plus ambigus.

« L’Amour victorieux », Caravage (1601-1602), conservé à la Gemäldegalerie de Berlin.


En effet cette œuvre représente Cupidon sous les traits d'un jeune garçon, brun, nu qui exhibe son sexe sans aucune pudeur avec un air joyeux et aguicheur. Habituellement, Cupidon est représenté sous les traits d'un jeune garçon angélique et idéalisé, parfois asexué. Ici le regard de Cupidon est directement porté vers le spectateur, ce qui peut le déstabiliser. Nous pouvons nous demander si son regard est un regard moqueur, amoureux ou si c’est un piège qu’il nous tend. Cupidon semble en équilibre sur une table recouverte d’un drap blanc. Sa jambe droite s’avance vers le spectateur tandis que l’autre est repliée en arrière. Nous pouvons mettre en lien cette pose avec la sculpture de Michel Ange Le Génie de la Victoire (1532-1534) pour le tombeau de Jules II. 



« Le Génie de la Victoire », Michel Ange (1532-1534).

La représentation de Cupidon, l’allégorie de l’amour, nous déstabilise autant par son réalisme que par ses traits peu angéliques. Cet ange ne représente pas la beauté incarnée, il a un air d’enfant des rues. Le caractère sexuel ambigu de ce tableau semble avoir été relevé récemment car à l’époque de sa création, l'œuvre n’a pas provoqué de réactions de ce genre. Cupidon, ici, possède de grandes ailes d’aigle foncées dans son dos, et dans sa main droite il tient des flèches (son attribut classique). Si nous prêtons bien attention, nous pouvons aussi distinguer qu'il tient également un arc dans cette main, avec une corde cassée. Nous pouvons supposer que Cupidon vient de tirer une flèche et qu’il a tiré si fort que la corde a lâché. Par terre autour de lui, nous pouvons retrouver des emblèmes de passions humaines tels un violon et son archet, un luth et une partition qui seraient la représentation de la musique, ainsi qu'une armure, un sceptre et une couronne qui symboliseraient la royauté et la guerre, et aussi une équerre et un compas qui représenteraient les architectes, enfin un globe astral que nous pouvons associer au savoir, et également des feuilles et peut-être des instruments d'un peintre pour représenter l’art. Tous ces attributs se retrouvent en désordre par terre, autour de Cupidon, autour de l’amour, comme pour insinuer que l’amour est plus fort que toute autre passion humaine. 

Cette scène ressemble par quelques points à une vanité qui aurait été perturbée par l'amour et mise en désordre. Caravage peint à la fois une sujet mythologique, une scène de genre, une nature morte, pour représenter une scène qui aurait un caractère religieux. La technique du clair-obscur est utilisée de manière très accentuée, ce qui permet de mettre en avant le personnage par sa carnation très claire ainsi que le drap blanc en opposition au fond quasiment noir. Notre regard est donc focalisé sur lui car c’est la seule lumière du tableau. De plus, la dimension du tableau nous confronte directement à cet ange de taille humaine (la toile mesure 1m56 de hauteur sur 1m16 de largeur). L’allégorie de l’amour est ici trouble car nous sommes confrontés à une interrogation : le jeune garçon est-il Cupidon qui tente de nous séduire ou s’agit-il d’un garçon qui serait déguisé en Cupidon et dans ce cas tenterait de nous duper ?


Sainte Sarah Lods

Psyché ranimée par le baiser de l’Amour





Antonio Canova (1757 à Possagno - 1822 à Venise) était un sculpteur et peintre italien. Il est né dans une famille de tailleurs de pierre. Il apprend dès son plus jeune âge l'art de la taille du marbre. Il étudie l'art antique et sculpte, tout au long de sa vie, diverses statues inspirées des mythologies grecque et romaine. Il est renommé pour la délicatesse de ses sculptures sur marbre. Son œuvre est considérée comme l'archétype de la sculpture néoclassique.

Antonio CANOVA (1757 - 1822)
Psyché ranimée par le baiser de l’Amour
Marbre - H : 1,55 m ; L : 1,68 m ; P : 1,01 m
MR 1777
Paris, musée du Louvre © 2010 Musée du Louvre / Raphaël Chipault


« Psyché ranimée par le baiser de l’Amour » est une œuvre qui a connu un succès immédiat. Il est possible de faire tourner la statue, grâce à son socle mobile grâce à la poignée (invisible sur la photo), afin d’admirer la sculpture sous tous ses angles. Cette œuvre est une sculpture représentant deux amants en pleine étreinte : le roi de l’amour Amour (ou Cupidon) et Psyché, fille de Vénus.

Psyché ranimée par le baiser de l’Amour (vue rapprochée en détails visages) - Antonio CANOVA

Le jeune homme est ailé et porte un carquois tandis que la jeune fille est complètement abandonnée dans les bras de son bien-aimé. Cette scène est une représentation d’étreinte qui néanmoins ne parait pas statique. Les personnages sont pris en action dans un mouvement d'union. Lui descendant du ciel, elle s’élevant depuis la terre. Cette tension est d’ailleurs assez symbolique : il s’agit de la réunion d’un Dieu et d’une mortelle. Chacun des corps est orienté dans des sens opposés. Les jambes de Psyché se prolongent vers la droite et invitent au regard tandis que la partie inférieure du corps d’Amour se trouve plus en retrait et dirigée vers la gauche.


Psyché ranimée par le baiser de l’Amour (vue générale, de dos) - Antonio CANOVA
Psyché ranimée par le baiser de l’Amour (vue générale, de profil, ailes en lumière) - Antonio CANOVA
Cette sculpture de marbre blanc subtilement taillée et d’une telle qualité que l’on peut discerner parfaitement le travail de texture entre les différents éléments (peaux, plume, drapé, socle…) sur la surface du marbre. Il est aussi possible d’apprécier la lumière se diffuser dans la finesse du marbre des ailes de Cupidon, qui lui donne ainsi l’illusion de légèreté et de voler.
Saint Vincent Lassegue 


L’Ange Rouge

Pierre à gauche, Gilles à droite. Young-Ah Kim pour l'Express Styles
Pierre et Gilles est le pseudonyme du couple d'artistes plasticiens français formé par le photographe Pierre Commoy, et le peintre Gilles Blanchard. Ils vivent et travaillent en région parisienne.
Depuis 1976, ils créent des œuvres à quatre mains entre peinture et photographie. Pierre photographie et Gille peint. Leurs créations mettent en scène leurs proches, des anonymes ou des célébrités, à travers des portraits populaires, dans des décors sophistiqués construits grandeur nature en atelier. Leur univers se situe à mi-chemin entre la théâtralité et le kitsch dans des tons ultra saturés et très lumineux. Mais cette apparente naïveté cache souvent des sujets très précis.
Une fois la photographie tirée sur toile, commence un méticuleux travail de peinture. Ces créateurs d’images ont constitué une iconographie singulière explorant la frontière entre l’histoire de l’art et culture populaire.
Pierre et Gilles : Icare, Oiseau meneur 2013.
Comme on peut le voir, cette toile reprend le mythe d’Icare qui est ici incarné par Jonathan Forte Scannapieco, danseur du Lido. Pierre et Gilles ont décidé de le représenter en oiseau meneur affublé des longues plumes rouges qu’il a emprunté aux danseuses du Lido, et qui semble prédire son destin funeste. Derrière lui, le ciel est bleu pour rappeler l’ambiance des cabarets. Son attitude semble nous montrer qu’Icare ne se rend pas compte du danger. Comme s’il s’apprêtait à voler inconsciemment… Posé sur un rocher dans cette nature qui semble venir tout droit d’un rêve, il est prêt à s’envoler. Cet « Ange rouge » part conquérir le cœur d’hommes et de femmes au risque de se bruler les ailes. Cet envoyé de Dieu fait corps avec la nature. Malgré cette toile d’araignée faite de strass, qui semble faire barrière entre lui et le soleil, sa destinée semble être déjà sellée.


Saint Arthur Pieto


LA CHUTE

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Le saut dans le vide


« Le Saut dans le vide », 20 x 26 cm, 5, rue Gentil-Bernard, Fontenay-aux-Roses, octobre 1960.

Yves Klein est un artiste plasticien du 20ème siècle connu pour ses nombreux monochromes et son pigment bleu IKB. Fasciné par le vide, l’artiste avoue à sa femme le désir d’un jour pouvoir voler. Prenant comme exemple des moines bouddhistes capables de léviter, en 1960 rue Gentil-Bernard, Fontenay-aux-Roses, Yves Klein se lance dans ses essais. Accompagné par deux photographes, Harry Shunk et de John Kender, il va s’élancer d’un muret et se laisser tomber. Sa chute est en réalité amortie par une toile tendue par ses amis judokas. Comme nous pouvons le voir sur le photomontage, ses amis ont été "effacés" afin de laisser croire à l’envol de l’artiste. 

© Adagp, Paris 2007 Les images du photomontage, « Le Saut dans le vide », Action artistique d'Yves Klein.
Cette action artistique très poétique d'Yves Klein traduit peut-être l’envie de partir, de s’envoler, d’être libre. Ce saut de l’ange est un geste audacieux, car « sait-on jamais » s’est-il peut-être dit mais malheureusement, l’Homme n’a pas le pouvoir de voler. La sensation de vol qu’il aura ressentie n’aura été qu’un bref instant avant de retomber durement dans la réalité. "Voilà longtemps que j’ai senti le vide, mais que j’ai refusé de me jeter dans le vide. J’ai été lâche comme tout ce que je vois. Quand j’ai cru que je refusais le monde, je sais maintenant que je refusais le vide. Car je sais que ce monde n’est pas et je sais comment il n’est pas. Ce dont j’ai souffert jusqu’ici, c’est d’avoir refusé le vide ! Le vide qui était déjà en moi. » déclare-t-il. Yves Klein croyait en l’Infini, à l’élévation des âmes et en la puissance d’intervention de sainte Rita, « la patronne des causes désespérées ».
Suite à cette expérience, il sort une fausse édition du « journal du dimanche » consacrée à l’exploration du vide le 27 novembre 1960. Le titre était : « Un homme dans l'espace ! Le peintre de l'espace se jette dans le vide ! ». Cette édition met l’artiste à l’honneur et traduit d’un certain égocentrisme de sa part. Mais il aspirait à laisser une trace de sa communication avec le monde.

 Journal « Dimanche 27 novembre 1960 »

La performance d’Yves Klein avait pour but d’habiter l’espace pour l’expérimenter, le peindre et rencontrer ce vide qui l’attirait tellement. Afin de la vivre pleinement, cela lui demandait « d’y aller par lui-même, avec une force individuelle autonome, en un mot, il doit être capable de léviter. » Yves Klein, extrait de Dimanche 27 novembre 1960 Le journal d'un seul jour, (IMMA 036), 1960 
Sainte Clara-Line Oger 


Plongeon intérieur 


Quelques details de la video "L'ascension " de Bill Viola.
De l'impact à la remontée du corps

Bill Viola, pionnier de l’art vidéo, réalise en 2000 « Ascension ». Une lumière bleue, latérale, énigmatique, éclaire la scène, matérialise l’action et le mouvement. Un homme, vêtu de blanc s'immerge dans l'image durant 10 minutes. Voilà le temps que dure ce tableau vivant. 10 minutes pendant lesquelles vous retenez votre respiration. 10 minutes. Ralenti. L’homme percute l’eau. Pieds, jambes, buste, bras écartés, tête entrent dans l’eau. Le corps descend vers le fond. Reste un moment immobile. Suspendu. Remonte lentement vers la surface. Bras écartés, formant une croix. Volupté, ampleur, lenteur. Les bulles d’air formées au moment de l’impact symbolisent comme des ailes autour des bras du personnage et une auréole au-dessus de sa tête. L’homme est au carrefour entre la vie et la mort, il se fraye un passage métaphorique entre le monde réel et le monde abstrait. L’expérience du ralenti sert à tromper, jouer avec le temps. Le rendre palpable. Le temps devient matière. Vous entrez dans le tissu infinitésimal du mouvement. Distendre l’action pour la présenter en 10 minutes lorsqu’elle ne dure en réalité que quelques secondes. Bill Viola vous donne la possibilité d’observer des choses impossibles dans le monde réel : des choses décomposées, des éléments détendus, des émotions dilatées. Le mouvement s’efface, s’absente face à une lenteur imposante. Vient ensuite l’eau. C’est un élément essentiel de l’œuvre de Bill Viola, l’eau. Elle est le moyen de parler à la fois de la naissance et de la mort. Submerger et immerger le personnage autant que le spectateur dans et par les images, voici l’objectif. "Réveiller l’âme" nous dira l’artiste qui aime filmer le temps, la mort, la force des éléments et l’invisible.


Sainte Delphine Le Mao

La chute d'Icare  

Créée en 1947 par Henri Matisse, "la chute d'Icare" est réalisé en papier découpé recouverts d'aplats de gouache. Le peintre développera cette technique dans la dernière décennie de sa vie alors qu’il était malade. Une technique qui simplifie les formes et permet des assemblages rythmés et poétiques.
Ce collage a été publié dans l’album Jazz, composé de 20 planches inspirées de ses souvenirs de cirques, de voyages ou de contes et d’annotations. On retrouve dans « La chute d’Icare », l’inspiration d’une histoire de la mythologie grecque :
Dédale et son fil Icare sont emprisonnés dans un labyrinthe et pour s’en y échapper Icare construit des ailles en cires, mais celui-ci s’approche trop près du soleil ne suivant pas les conseils de son père, il tombe alors dans la mer et finit noyé. 


Dans cette oeuvre, on voit une silhouette noire, d’une grande simplicité, découpée et collée sur une feuille avec un aplat bleu profond qui représente le ciel où se trouve quelques étoiles jaunes. Seul détail dans cette silhouette, un cœur rouge, rouge comme la passion, la vie ou le sang ? On ne sait pas si Icare vole, ses bras semblent vouloir imiter les ailes d’un oiseau, ou s’il est en train de chuter comme le suggère le mythe.
Le contraste des couleurs vives et pures donne un aspect brut à l’œuvre et exprime une certaine violence, une dynamique  et il est difficile de savoir à première vue si son sujet est joyeux ou triste.


Dans ce collage, Icare est comme un homme voulant repousser ses limites et donc qui se veut libre de toutes contraintes liées à la raison. Il veut s’élever jusqu’aux étoiles, dans le ciel, mais il ne peut échapper à sa condition humaine. D’ailleurs, il est représenté sans ses ailes, et ne peut être confondu avec un ange. 
Est-ce que Matisse, alors malade, que l’on avait surnommé le Ressuscité après une lourde opération, montre à travers ce tableau, qu’il sait que la mort est proche et qu’il ira rejoindre les étoiles prochainement. Cela pourrait expliquer le choix de ce sujet. Matisse s’est peut-être identifié à cette histoire d’un point de vue artistique les dernières années de sa vie.


Sainte Marie Donnou


Décalage angélique

Denis Darzacq - Hyper n°20, 2008, ©Denis Darzacq, On-gallery
Hyper est une série de quinze photographies couleur. Le décor est commun à toutes : le supermarché. Denis Darzacq invite de jeunes danseurs des rues à adopter une pose ou un mouvement. Ainsi, il fige et capture ces instants en photographiant ces corps en lévitation. Les images n’ont fait l’objet d’aucun trucage numérique ou photomontage ; ce que l’on voit dans ces clichés, même si cela semble improbable, s’est réellement produit. 
Denis Darzacq - Hyper n°14, 2008, ©Denis Darzacq, On-gallery

Ces mises en scène aériennes, oscillent entre légèreté et gravité, entre illusion et réalité. En effet, l’artiste vient confronter deux éléments. D’un côté l’hypermarché, ce temple moderne dédié à la consommation, et de l’autre ces corps agiles et libres qui viennent en opposition à la rigidité et à l’organisation impeccable des rayons. Ici, le photographe insiste de manière rigoureuse sur l’univers à la fois pop, aseptisé voire anxiogène des supermarchés lieu sacré de la surconsommation. A travers ces sujets, Darzack dénonce ainsi le consumérisme, le conformisme social et la standardisation. Dans cet environnement ordinaire, la puissance de ces corps suspendus dans les airs nous interpelle. On y perçoit une notion de transgression, une certaine part de folie. Ces danseurs refusent la soumission et le silence face à cette société qui les bride. Transpirant de vitalité, c’est comme s’ils prenaient leur envol, à la recherche d’une élévation mais surtout de la liberté absolue. Paradoxalement, on peut y percevoir une sorte de flottaison voire une chute probable et douloureuse. 

Denis Darzacq - Hyper n°5, 2008, ©Denis Darzacq, On-gallery
Ces photographies nous plongent finalement dans notre quotidien ; on peut aisément s’identifier aux protagonistes, ce qui nous renvoie à la place que l’on occupe dans la société, aussi complexe soit-elle.

Sainte Laëtitia Gérard


Le Christ Moderne selon The kid 

© 2015 THE KID  Blessed in the lamb whose blood flows + détails 

Blessed in the lamb whose blood flows est une sculpture en silicone platine, peinture à l’huile, fibre de verre acier, et cheveux humains à taille réel. Réalisée par The Kid en 2015, cette œuvre fait partie d’une série d’œuvres consacrée à la nouvelle génération de jeunes de la rue, intitulée « Until the quiet comes ». C’est cette même phrase qui est tatouée sur le buste de ce jeune homme qui a le regard vide, épuisé ou déjà mort. Il se fait prendre par un vautour qui l’emporte avec lui. Les côtes et les bras lacérés par l’animal traduisent un combat acharné remporté par le vautour. Avec un certain angle de vue, les ailes de l'oiseau viennent se positionner sur le dos du jeune homme qui ressemble alors à un ange déchu. Cependant le titre de l’œuvre se traduit par « Béni sois l'agneau dont le sang coule » ce qui nous amène à une connotation religieuse renforcée par les ailes de vautours qui forment une croix dans le dos de l’homme. De plus il est recouvert de blessures similaires à celles qui sont décrites sur le Christ (entailles dans les côtes) et ses pieds prennent la même position que ceux de Jésus dans de nombreuses représentations du sacrifice.

 Similitudes entre une représentation du Christ et l'oeuvre de The Kid 
Saint Cédric Marmonnier