mardi 1 mars 2016

MONEY MONEY MONEY

Argent, monnaie, billet, spéculation, financement, commerce, société de consommation, tant de mots qui tourbillonnent dans le flux des informations économiques. Loin de l’univers de la création, l’argent inspire pourtant les artistes qui œuvrent à le critiquer, à le sublimer ou encore à le détourner. Nous vous proposons un aperçu du travail d’artistes divers, principalement contemporains, mais aussi plus anciens qui se sont intéressés à la place que l'argent prend dans nos sociétés, de Quentin Metzis qui au XVIème siècle critique l'avarice ou la cupidité, au Street artiste SPY qui dénonce la crise économique actuelle en Espagne.
Louise Roussière et Solène Gloux



1 - L'argent détourné


L'argent de la Princesse

En 2004, le street artiste Banksy fait sensation en s'attaquant à 2 symboles de l'Angleterre.
L'œuvre parodie un billet britannique de 10 £ du milieu des années 2000, remplaçant le visage de la Reine Elizabeth par celui de Diana, la Princesse de Galles. Au sommet de l'envers du billet on peut lire, "Banksy d'Angleterre" à la place de "la Banque d'Angleterre." Le billet reste en grande partie inchangé à part la légende : "n'a confiance en personne" dans le coin inférieur droit. D'un poids d'à peu près 1.32 g, les billets sont imprimés avec des encres sur un papier presque identique à celui utilisé pour la monnaie officielle du Royaume-Uni.
Banksy, connu pour son art satirique et subversif, a créé une grande quantité de billets en août 2004. Un rouleau entier a même été jeté dans la foule au Carnaval de Notting Hill cette année-là. Certains de ces billets ont été utilisés par des visiteurs de festival comme de la monnaie réelle, incitant Banksy à cesser la distribution. Il a réutilisé l'image du billet plus tard dans une lithographie commémorant la mort de la Princesse Diana et aussi en 2009 avec l'œuvre "Million de Serviette Livres."
Faux billet de 10 £ créé par Banksy, 9 x 15 cm
Maxime ROUSSET

C'est dol'art

Lewis Bannister, anciennement connu sous le nom de Jive Copymenot, est un artiste graphiste facétieux. En 2002, il signe son travail « Jive Copymenot » et met en scène un petit personnage qui a l'apparence d'une bombe aérosol. Il gardera ce pseudo pendant près de 10 ans pour finalement, sous les conseils de Ben Oakley, prendre son vrai nom en 2011.
 Jive Copymenot "personnage bombe aérosol"
Hormis le fait qu’il aime peindre sur des supports aussi variés qu’inhabituels, comme les timbres, le bois, le polystyrène, le plastique, la toile ou le papier, nous savons peu de chose sur cet artiste. Lewis Bannister est surtout reconnu pour ses séries de billets copiés et revisités. Ces réalisations mélangent argent et comique. Le contraste fonctionne bien, le sérieux du billet est balayé par l’imagination de Bannister. Marquer un billet lui fait perdre de sa valeur tandis que Lewis leur en donne. Vendues aux enchères, ses œuvres décalées se vendent actuellement plusieurs centaines de fois leur valeur initiale. En Novembre 2012, Il fait sa première exposition « For the Love of Money » en solo à l’Epoch Art Gallery, dans le sud de Londres.
Lewis Bannister "Strangle Hole"
Vincent LAGADOU



Petites monnaies deviendra grande ! 

Mark Wagner débute sa carrière en travaillant l'édition et l'écriture. Il se spécialise ensuite dans le collage, un travail méticuleux qui demande précision et patience. Cet artiste américain s'attaque au sujet tabou qu'est l'argent en prenant le parti de créer à partir de morceaux de billets d'un dollar, symbole de la vitalité, de la puissance américaine.
Il réalise ainsi des portraits hors normes à l'aide de son scalpel en s'inspirant d'icônes clefs de la culture américaine ou d’œuvres célèbres. Il réinterprète ainsi La Joconde de Léonard de Vinci ou American Gothic de Grant Wood.
Mark Wagner exécute un travail graphique d'illustration et de détournement à travers ses assemblages portant un regard critique et amusé sur l'art, l'argent, la société américaine, la notion de valeur…

Mona Lisa par Mark Wagner
Mark Wagner - American Gothic

Elise BUNOUF

Pouvoir, domination et luxe

L’argent, aussi appelé l'œil du diable, joue un étrange jeu de fascination dans nos sociétés.Les gens sont très préoccupés par l'idée de faire plus d'argent et renoncent à beaucoup pour en gagner plus. Il est connu que l'argent ne fait pas le bonheur, mais nous ne pouvons pas vivre sans. Il représente une nécessité qui semble parfois dominer notre vie.L'argent offre pouvoir, domination, luxe. Donc, si vous voulez impressionner vos invités et créer une atmosphère de luxe et d'élégance, vous pouvez choisir ce canapé spécial conçu par Johnny Swing. C’est une pièce originale et intéressante construite par un assemblage de nombreuses pièces de monnaie. Ce canapé donne l'impression de richesse, de puissance et les pièces brillantes créent une sensation le luxe et vous font croire que vous pouvez être un roi, une reine. Cela vous rendra-t-il meilleur ???

Johnny Swing, All the king's men, 2010, acier inoxydable

Anne-Sophie FLORES SALEUN

2 - La monnaie adulée

L'obsession du dollar


Salvador Dali est sans doute le peintre le plus énigmatique de l’histoire de l’Art du XXème siècle. Sa personnalité extravagante, son immense parcours et son délirant surréalisme fantastique interrogent, étonnent, fascinent, énervent, exaspèrent… Pendant des décennies, des scientifiques, des critiques et des psychologues se sont penchés sur les étranges créations du génial artiste catalan dans le but de comprendre le sens profond de sa peinture. "L'Apothéose du Dollar" a été qualifiée de réponse à l’anagramme d’André Breton "Salvador Dali – Avida dollars". Dans cette toile, comme dans son Théâtre-Musée, Dalí exprime toutes les tendances, les mythes et les obsessions qui l’ont accompagné au long de sa vie. Duchamp à gauche habillé en Louis XIV avec le joueur de luth de Watteau sur la tête. José Nieto, le « logeur » de Las Meninas, qui apparaît jusqu’à trois fois. À côté de Duchamp-Louis XIV, le profil d’Hermès de Praxitèle, avec sur l’ombre de son nez, la figure de Goethe et sur la commissure des lèvres, le portrait de Vermeer de Delft. À droite, Dalí fait son autoportrait, comme Vélasquez, en train de peindre Gala ; à côté de celle-ci apparaît la double image du visage de Béatrice de Dante, qui est en même temps un Don Quichotte agenouillé. Au-dessus, on peut contempler les armées vaincues de Napoléon, alors que dans la partie supérieure gauche, on distingue les soldats de la bataille de Tétouan en plein effort.
Xiaoyu TANG
L'apothéose du Dollar, Dali, 1970 
L’APOTHEOSE DU DOLLAR (by Salvador Dali)

"Ici Salvador Dali

Nommé par un anagramme par André Breton :

Avida Dollars

Lequel anagramme avait été fait avec une petite mauvaise intention

Croyant me gêner.

Au contraire, c’était le mot magique
Qui a fait que depuis ce moment
Les dollars ont plu sur ma tête
Comme une véritable divine diahrrée.
Ce qui fait que depuis je m’endors chaque nuit
De plus en plus entouré de satisfaction
Parce qu’il y a rien au monde
Qui me procure autant de satisfaction
Que sentir cette pluie monotone et divine de dollars."


Le prix de nos désirs

200 One Dollar Bill Andy Warhol
Deux cent billets de un dollar disposé en dix colonnes, voilà ce qui compose cette toile d'Andy Warhol, aux allures d’une planche à billets monumentale. Cette œuvre réalisée dans la même optique que les boites de soupe de Campbell fait référence à la société de consommation américaine des années 60. Pour Warhol c’est grâce aux billets que l’on achète des produits. Il est donc à l’origine de la consommation de masse et de la richesse. Sérigraphiant les billets comme on les imprime il nous met face à un véritable mur d’argent, que nous idolâtrons et désirons : c’est là le symbole de l’argent.
Gaëtan GUILLAUMIN


Quentin Metzis - « Le prêteur et sa femme » 

Quentin Metzis est un artiste est un peintre flamand du XVème siècle (1466-1530). Il est connu pour ses œuvres religieuses et ses portraits où il accentue les grimaces des personnages créant parfois des œuvres grotesques et caricaturales.
Quentin Metsis, « Le Prêteur et sa femme », (1514), Huile sur panneau (71x68cm)
« Le Prêteur et sa femme » (1514) semble être une scène de genre classique de la Renaissance : on y voit un banquier et sa femme tous les deux assis derrière une table sur laquelle sont posés des bijoux et l'or. Plusieurs indices en font une œuvre moralisatrice qui incite les riches de l'époque à être plus raisonnables et plus chrétiens dans la pratique de leurs affaires. La femme du prêteur est en train de lire un livre saint mais semble distraite par son mari qui pèse son or ; elle détourne son regard des textes sacrés pour regarder ce qu'il fait. L'argent deviendrait-il plus important que la religion ?
La façon dont sont organisés les objets et la minutie des détails font penser aux historiens qu'il s'agit peut-être d'une composition perdue de Van Eyck reprise par Quentin Metzis.

Pierre Yves LASCOLS

3 – Le fric critiqué

Heartfield le critique des financements Nazis

Antifasciste confirmé, John Heartfield demeure l’un des premiers artistes à exploiter les possibilités du photomontage. Associé au mouvement Dada, il a aussi cette particularité de ne pas considérer son art comme une fin en soi, mais plutôt comme un outil au service de ses engagements. Les finances du parti Nazi sont un sujet de critique qui semble tenir à cœur à ce graphiste et affichiste avant-gardiste. En effet, moins d’un an après avoir monté "Adolph le surhomme, avale de l’or et recrache des insanités", il publie "Hjalmar et le déficit grandissant" en première de couverture d’AIZ. Cette image montre Hjalmar Horace Greeley Schacht, le Ministre de l’économie, grimé en magicien affable tenant un reichsmark en équilibre du bout de sa baguette magique. Le photomontage a pour but d’exposer et de critiquer les manigances financières du politicien qui fut, par la suite, jugé au procès de Nuremberg pour sa contribution à préparer l’économie de guerre. La pièce de monnaie, élément clé de la composition, reste l’objet principal de l’illustration et questionne la responsabilité de Hjalmar Schacht dans l’organisation de l’accroissement de la dette publique et des financements Nazis.
Première de couverture d’AIZ
« Adolf le surhomme avale de l’or et recrache des insanités », 
1932, 33x24,1 cm

Marine CORRÉ et Nicolas BLUTEAU

Un choix à bas prix

Le baiser de l'artiste d'ORLAN fit scandale à la Foire internationale d'art contemporain de 1977. En effet, c'est en s'invitant à cette exposition qu'Orlan mit en place une performance pour le moins osée. Cette performance repose sur un discours féministe qui prône l'émancipation de la femme : Elle ne pourrait qu'être La Sainte Marie ou Marie-Madeleine la prostituée. D'un côté, il y avait Sainte ORLAN, une photo d'elle grandeur nature en madone collé sur bois où l'on pouvait déposer un cierge pour cinq francs. De l'autre, ORLAN-corps, où se trouvait une photo de son buste collé sur bois derrière laquelle elle se glissait. On pouvait mettre une pièce de cinq francs dans le buste où il y avait une fente. La pièce tombait ensuite dans l'œsophage en plastique puis arrivait dans le pubis tiroir, transparent. Un de ses seins clignotait ensuite en rouge puis elle disait: «Cinq francs. Pour cinq francs, qui n’a pas son petit baiser ? Enfin une œuvre conceptuelle à la portée de toutes les bourses. A 5 francs, ne vous censurez pas.» L'argent ne servait que de révélateur. Il fallait faire son choix sans la contrainte de l'argent, c'est pourquoi le prix était abordable à tous. Que tout le monde puissent échanger «Le Baiser de l'artiste». La proposition suscita le scandale et fit réagir. Il y avait quelque chose de provocant dans le baiser plus que langoureux qu'elle donnait en échange d'une pièce d'argent. Si son attitude affirmée et féministe, dénonciatrice ne lui permit pas d'avoir un large soutien, elle en tira une reconnaissance et s'inscrivit dans le champ d'un art contemporain vivant, décapant, engagé, qui allait bousculer l'art de cette époque.
Son œuvre fut célébrée et reconnue lors des 30 ans de la FIAC pour avoir fait autant parler d'elle.

Le baiser de l’artiste, Orlan, 1977
Adélie PAYET

L’argent, empreinte d’une histoire

Aux Etat-Unis, à Philadelphie, un homme à une relation particulière avec l'argent. En effet, l'artiste Stacey Lee Webber, s'en sert pour faire d'étonnantes sculptures. Son travail consiste à souder de nombreuses pièces de monnaies entre elles, parfois en les tordant, les découpant... défiant ainsi les qualités plastiques de la matière.
Son travail rassemble à la fois à des bijoux, des objets de quotidien et des outils. A travers ses créations il vient rappeler le rôle important des familles ouvrières qui sont aujourd'hui le cœur de la culture américaine. Il porte un regard critique sur le capitalisme qui exploite le travail.

Sledge Hammer,  The Craftsmen Series, pennies, 2011
Shovels, The Craftsmen Series, brass, pennies, 2011 
Jérôme BOISSIÈRE



Mur pailleté

« Crisis », puissante et saisissante l’œuvre du street artiste SpY, ravit la population de Bilbao. L’installation conceptuelle et brillante est dans l’air du temps. Alors que la crise touche la population, l’artiste met en place une création ironique. Celle ci d’une valeur de 1000 euros est composée de 50 000 pièces de 2 centimes qui dessinent le mot « Crisis » sur l’une des façades historique de Bilbao. Les passants interloqués y viennent pour remplir leur porte monnaie. L’œuvre n’aura existé que 24h.
L’artiste a pour habitude de se tourner vers une palette infinie d’objets et de matériaux qui l’entourent pour créer des installations "conceptuelles" de l’art stand-out où il invite le public à participer.

Crisis, installation street art de SpY, Bilbao, 2015
Delphine MAZIOL

4 - vanités

Fragilité d'un avenir incertain

L'artiste peintre Yan Pei-Ming s'inspire souvent dans son travail, de l'image de notre société.
Son œuvre Autoportrait à un dollar F56789603H dénonce l'influence de l'économie et de la culture américaine à travers le monde. En utilisant une échelle surdimensionnée, en travaillant avec l'aquarelle noire qui se délave sur le papier, en dessinant un crâne ricanant, l'artiste dénonce la puissance destructrice, la vanité de l'argent. 
Autoportrait à un dollar F56789603H, 2009, Yan Pei-Ming
Céline VÉPA


Le fric, pas si chic

Warning, de Luz Forero, est clairement une attaque à ce qui régit nos vies, ce qui définit notre position sociale, et aussi ce qui parfois nous pousse à avoir des comportements qui s’éloignent de tout Humanité… L’argent. L’œuvre, une acrylique sur toile contrecollée sur bois avec 529 pièces de 20 centimes d’euros, a pour sous titre «Capacité humaine à provoquer des effets néfastes sur toute forme de vie. »
Cette œuvre véhicule trois notions phares : l'accumulation, l’argent, la mort. 529 pièces collées côte à côte forment un ensemble rythmé, qui vient se superposer à l'image d'un masque à gaz (aux allures de tête de mort).
Ce qu’il y a d’intéressant dans l’œuvre de Luz Forero, c’est qu’elle utilise les caractéristiques naturelles de la monnaie : les pièces neuves (de l’argent presque neutre, sans passé) vont peu à peu se salir, s’oxyder, à leur rythme, comme lors de leurs passages de main en main. On peut aussi apparenter ce changement d’état de brillant à sale à certains humains qui tombent dans la fraude, la corruption, la dépravation en faveur de cet argent.
Sous la trame dorée des pièces, le masque à gaz et le titre de l'œuvre induisent une lecture moins brillante : l'artiste dénonce le pouvoir destructeur de l'argent et des hommes.

Luz Forero - WARNING - 60x60 cm.  
Acrylique sur toile contrecollée sur bois avec 529 pièces de 20 centimes d’euros

Marie MOTTE 


Porte-monnaie minéral

Hiroshi Itoh, sculpture en pierre, 

Hirotishi Itoh sculpte des pierres avec une telle minutie qu’il parvient à créer une sorte d’illusion d’optique. En effet, avec de simples cailloux, Hirotoshi arrive à créer des objets de la vie quotidienne, tels que des vêtements, des porte-monnaie, des jeux de cartes, de la nourriture, etc.
On parle alors d’anthropomorphisme de la nature morte, une expression bien compliquée qui parle de la déstructuration de la matière en transformant avec finesse et justesse la nature d’un objet.
Le souci du détail est le secret de l’artiste : la pierre est tant de fois polie, fondue, durcie que l’on se prendrait à penser que la texture n’est plus la même.
Il met alors en scène un paradoxe entre le résultat qui paraît si souple et doux alors qu’en réalité sa matière première est faite de pierres.
Il transforme et retravaille la pierre puis la met en scène dans des situations impossibles, proposant des formes parfois dérangeantes.
Avec Hirotoshi, la pierre se transforme, elle devient autre : des œuvres minérales improbables et très surprenantes.
En réalisant sa "pierre porte monnaie" il crée assemble deux univers très différents, celui de la nature et celui de l'économie. Les deux une fois réunis représenteraient peut être l’austérité et le sérieux que peut parfois prendre l’argent, ? Veut-il nous montrer la valeur que contiennent les pierres ? Veut-il nous dire que tout cela ne vaut pas plus qu'un caillou ?
Marine GUY

jeudi 25 février 2016

Paroles, paroles, paroles, les mots dans l'art

L'art, l'écriture, la parole, la gestuelle sont des formes du langage… Souvent les mots accompagnent l'image, la titrent, la décrivent, l'analysent. Et parfois les artistes intègrent les mots dans l'image superposant ainsi deux niveaux de lecture qui s'ajoutent, se confrontent ou se contredisent. Les mots donnent la parole aux personnages des tableaux du Moyen Age, prenant place dans de fluides phylactères. Le mot se fait slogan dans les messages publicitaires des villes industrielles. La lettre peinte, découpée se faufile dans les collages cubistes de Braque et Picasso et dynamisent les tableaux futuristes. La lettre et le mot, sont des éléments de construction à la fois plastiques et chromatiques. La relation entre le mot et l'image est de plus en plus complexe quand les artistes s'autorisent à sortir les mots de leur contexte habituel, les détournant, les malmenant avec humour et poésie. Avec l'art conceptuel, à partir des années 1960, la pensée, le langage, les mots sont au cœur du processus artistique…
Xiaoyu TANG et Céline VÉPA

PEINDRE LA PAROLE

Phylactères

Parfois, dans l'espace du tableau de la peinture médiévale et même de la Renaissance, sont incrustées  des lignes d'écriture inscrites sur des banderoles qui entourent les personnages, comme s'il s'agissait de paroles sorties de leur bouche. On nomme ces étranges ruban d'écriture : les phylactères. Les peintre inventent ce dispositif pour donner voix à leur personnages.
De la parole-action (le "fiat mihi secundum verbum tuum" de l'incarnation dans les annonciations) à la simple voix-off (le "ne m'oublie pas" de la jeune fille à la guirlande), jusqu'à des formes ornementales presque autonomes, les phylactères déploient les mots comme des choses dotées d'une présence propre et pas forcément comme un texte à lire.
Hans von Kulmbach, Jeune fille tressant des couronnes, 
Metropolitan Museum, New York.
Israhel van Meckenem, 
Fidèles en procession, cabinet des estampes de Dresde
Maxime ROUSSET

L'ECRIT : MATÉRIAU PLASTIQUE


Des mots pour dessiner des formes

Dans La Bouteille de vieux Marc, Pablo Picasso réalise à sa manière une nature morte présentant un verre à pied et une bouteille posés sur un guéridon. Ce tableau fait suite à presque une année d’expérimentations durant laquelle Picasso et Braque ont découvert et ont exploité la technique du collage. C’est durant cette période que Picasso emploie papiers peints, partitions, paquets de cigarettes et feuilles de journaux découpés, recadrés et superposés pour composer ses œuvres (il travaille alors essentiellement sur de grandes feuilles de papier). Il se sert de papiers imprimés de textes, exploitant la densité des colonnes d’articles des feuilles de journaux pour créer des effets graphiques marquants.
Ici, la présence des gros titres découpés et placés de biais sert autant à mimer la présence d’un quotidien déposé au bord du guéridon qu’à enrichir l’opposition de teinte entre le brun du meuble et le crème du reste de l’œuvre.
Picasso - La Bouteille De Vieux Marc
Picasso, Têtes d'homme au chapeau
Autre exemple : dans Tête d’homme au chapeau, il dresse un portrait aux frontières de l’abstraction et y intègre la masse grisée d’un fragment de papier journal afin de renforcer sa composition.
Nicolas BLUTEAU

JOUER AVEC LES MOTS

Une œuvre travestie

LHOOQ ou plus littéralement « Elle a chaud au cul » de Marcel Duchamp s’attaque directement à ce qui peut être considéré comme la peinture la plus connue au monde. La reproduction de l’œuvre originelle, La Joconde de Leonard de Vinci, se voit tout à coup dotée d’une immonde barbichette et d'une annotation "scabreuse". Duchamp travestit, "désacralise" la star de la peinture,  se moquant de l’histoire de l’art, des canons et des règles artistiques passés. 
L’artiste bouscule le mythe, questionnant l’identité du modèle, et ajoute cet « allographe » créé à partir de cinq lettres. Ce mot audacieux écrit à même une reproduction de l’œuvre se joue avec humour du sérieux de l'art…
LHOOQ, Marcel Duchamp

Gaëtan GUILLAUMIN


Un tableau à plusieurs

Francis Picabia est un artiste Dada (mouvement qui consiste à rejeter toutes les conventions, les contraintes de l'art et de la société). Les artistes Dada s'en émancipent grâce à un esprit d'enfance, un humour, un gout de la provocation, une créativité sans limite. Francis Picabia crée L'oeil cacodylate en 1921, un tableau étonnant dans sa réalisation. Il s'apparente au plâtre d'un ami à la jambe cassée où chacun laisse son mot. L'idée lui vient suite à un zona ophtalmique très douloureux qu'il a supporté durant un an. Son œuvre a ainsi débuté en peignant un œil surdimensionné sur une toile vierge. Il décida ensuite de la faire signer par ses proches, notamment des artistes dadaïstes, en l'accrochant dans son salon. Elle orna ensuite les murs du célèbre cabaret Le Boeuf-sur-le-toit, haut lieu de l’avant-garde artistique du moment. Elle est le reflet d'une période de liberté, celle des « années folles » ; elle concentre sur sa surface un cercle d'amis. On peut y voir la signature de Man Ray, Marcel Duchamp, Tristan Tzara… Le tableau se recouvre d'un ensemble de collages, de photographies, de papiers découpés, de cartes postales et surtout de nombreuses signatures d'artistes. La valeur de la signature pose question : est-ce une valeur ajoutée, susceptible de transmuter l'objet le plus anodin en une œuvre d'art. Cette œuvre participe aussi à la manifestation de la révolution esthétique amorcée par les ready-made de  Marcel Duchamp. Même si certaines personnes ne considéraient pas L'oeil cacodylate comme un tableau, Francis Picabia répliquait qu'un objet qui peut-être exposé, accroché à un mur et observé ne peut-être qu'un tableau.

L'oeil cacodylate, Picabia - 1921
L'oeil cacodylate, Picabia - détail
Adélie PAYET

Les mystères de René Magritte

Avec la trahison des images, Magritte joue avec les mots. L'intention la plus évidente de Magritte est de montrer que même peint de la manière la plus réaliste qui soit, un tableau qui représente une pipe n’est pas une pipe, c’est une idée de forme. Magritte joue avec le spectateur. Le titre écrit de manière manuscrite, ajouté au réalisme de l’image nous fait nous poser de nombreuses questions.
“Ceci n’est pas une pipe” nous dit cette légende qui devient aussitôt une question puisque nous voyons une pipe. La pipe est l’unique objet de cette œuvre et envahit les deux tiers de la surface. Le peintre nous dit peut-être “je vous fais une pipe” c’est à dire “je vous donne du plaisir”. Chacun est libre de son interprétation. 
Ceci n'est pas une pipe, René Magritte, 1948
Delphine MAZIOL

L'ÉCRITURE COMME SIGNE POÉTIQUE, VISUEL, MAGIQUE…


Mikhail Larionov et le Neoprimitisme 


Mikhail Larionov (1881-1964) est un artiste d'origine russe qui a vécu en France une grande partie de sa vie et qui a été naturalisé français. Larionov est un des chefs de fil de l'avant-garde russe : des artistes qui entreprennent des actions nouvelles ou expérimentales au tout début du XXème siècle. Il est aussi considéré comme un des fondateurs (avec Natalia Gontcharova) du Rayonnisme. 
Mikhail F Larionov, « L'Automne » (1912), 
Huile sur toile (136 x 115 cm)
Son œuvre « L'automne », conservée au Centre Pompidou, fait partie d'un quadriptyque intitulé « Les Saisons » et qui représente les quatre saisons de l'année. Ces quatre tableaux sont à chaque fois composés d'un fond monochrome (un bleu, un brun, un jaune et un vert) et sont divisés par un quadrillage selon différentes échelles. Dans la partie supérieure, on peut voir des arbres stylisés, des oiseaux grotesques, un grand personnage et plusieurs attributs de l'automne comme le vin ou le raisin. Dans la partie inférieure, on trouve une scène qui représente les vendanges et une inscription en russe qui signifie : « L’heureux automne, étincelant comme l’or avec son raisin mûr et son vin enivrant ». Cette inscription est écrite de façon enfantine et avec des fautes d'orthographe ce qui apporte un côté naïf et poétique à l'œuvre. L'artiste s'est inspiré des loubki : des images populaires du XVIIème gravées sur du bois et vivement colorées souvent accompagnés d'une légende. Cette œuvre est considérée comme un des manifestes du mouvement néoprimitif où le côté naïf et primaire de l'art est mis en avant.
Pierre-Yves LASCOLS

Du graffiti à la toile

Jean Michel Basquiat est un peintre majeur des années 80. C’est à New York qu’il exerce sa passion. Grand ami de Andy Warhol et Keith Haring, il débutera sa carrière par des graffitis  dans la rue. Ces interventions sont des phrases pour dénoncer des faits de société, la consommation en masse.… Pour Basquiat « le mot dans l’art » et déjà acquis depuis le début.
Il continuera alors de s’exprimer à travers la peinture et fera irruption dans le monde du marché de l’art. Ses œuvres témoignent d’une force interne avec une écriture violente, des signes sauvages et élémentaires. Poète du fragment, il réalise de vastes collages où les images, les signes et les mots s’entrechoquent. Il peint l’histoire du peuple noir, le jazz et les jazzmen qu’il vénère, les réalités urbaines et le corps humain, les traces encore vives du traumatisme de l’accident de voiture dont il fut victime à l’âge de 7 ans. La mort est omniprésente dans son oeuvre, comme un présage.  Ces peintures sont pour la plupart réalisées avec des couleurs chaudes, encore un moyen d’exprimer cette violence aussi bien visuelle qu'écrite. Parfois les mots mis en scène étaient barrés ou entourés pour les mettre en avant. La violence et l’agressivité de ses toiles témoignent d’une volonté d'exister, d'exprimer, de vivre. Ces œuvres sont destinées à être lus. Jean-Michel Basquiat marquera de son style le renouveau de la scène artistique new-yorkaise des années 80. Malheureusement il décédera à l’âge de 27 ans suite à une overdose.
graffiti (1977) , Jean-Michel Basquiat 
Untitled, 1983, Jean-Michel Basquiat
Jean-Michel Basquiat in his studio, 1985, Lizzie Himmel
Marine GUY

La mécanique de l'écriture

Richard Baquié est né à Marseille en 1952. Après avoir eu plusieurs professions comme ferrailleur, chauffeur de bus et bien d’autres, il se tourne vers la sculpture. Mais Richard Baquié réinvente celle-ci en associant des matériaux recyclés tels que des morceaux de tôles ou d’appareils qui ne marchent plus qu’il assemble avec une extrême finesse. De plus, il fait directement parler ses œuvres alors que celles-ci présentent toujours des mots ou des phrases exprimant des sentiments humbles à la portée de tous mais qui peuvent évoquer beaucoup d’émotions chez n’importe quel spectateur de part leur simplicité. Certaines de ses sculptures relèvent alors plus du domaine de l’installation puisqu’il crée de nouvelles machines comme avec son œuvre Passion oubliée réalisée en 1984. Il met alors en scène une machine hydraulique qui révèle le flux viscéral de la passion à travers une vraie métaphore du vivant. 
Richard Baquié, « Passion oubliée » 1984.
Louise ROUSSIÈRE

L'ÉPAISSEUR DES MOTS

Robert Indiana - Les mots qui font du bien !

LOVE, Kennedy Plaza, Philadelphie
New York, Philadelphie, Madrid, Singapour, Taipei, Shanghai, Montréal… Le "grand amour" de Robert Indiana a élu domicile dans les rues des quatre coins du globe.
Cet artiste du pop art, transmet par le biais de son œuvre sa fascination pour la culture américaine dans laquelle il a baigné tout au long de son enfance. Indiana pense que l’art réveille l’amour que les gens portent en eux, à condition qu’ils le côtoient tous les jours. Il se disait donc qu’avec une sculpture représentant l’amour, il ferait ressortir ce sentiment que chacun porte en lui et qu’ainsi, tout un chacun pourrait facilement être plus amoureux.
Une vision peut-être un peu utopique et rêveuse du monde dans lequel nous vivons mais une vision qui fait du bien ! En effet, nous sommes tellement étouffés par des millions de mots chaque jour, que quand on en trouve un qui sort du lot, un mot qui nous est familier, un mot là où on ne s’attendait pas à le voir, on s’accroche à lui ; et ça fait du bien de croiser le mot « amour » dans des rues qui grouillent de monde.

“HOPE” à New York city, en 2009
Et l’artiste va plus loin dans son combat pour « un monde meilleur ». En effet, grâce a sa récente œuvre « HOPE », il a contribué à financer la campagne présidentielle de Barack Obama. Il ne s’agit ici plus d’amour mais le message est tout aussi fort, celui de l’espoir en l’humanité possible par l’Art et la Politique.
Solène GLOUX

Ça nous parle

C’est en 2008, pour l’Exposition internationale de Saragosse, dont le thème était « Eau et développement durable » que Jaume Plensa assemble des lettres et symboles d’alphabets différents en fonte d’aluminium, représentant les cellules du corps humain. Soudées entres elles, ces pièces forment une silhouette humaine assise. « Le nomade » mesure 11 mètres de hauteur. Elle est creuse et ajourée, cela permet une interaction avec l’oeuvre, l’Homme (composé à 60% d’eau) montrant le lien avec l’objet de l’exposition.
Les spectateurs sont alors invités à regarder le paysage environnant depuis l’intérieur, à travers les signes reconnaissables par chacun, et prendre en compte l’importance de l’eau dans notre monde à travers note corps. D’après lui "les lettres ont une potentialité de construction, elles nous permettent de construire une pensée". Aujourd’hui le géant dresse son armature sur le bastion Saint-Jaume, protégeant l'entrée du port d'Antibes.
Le Nomade, Jaume Plensa
Le Nomade, Jaume Plensa

Vincent LAGADOU


ECRIRE PAR DESSUS TOUT

« Est-ce bien de l'art? » - Ben

Ben, de son vrai nom Benjamin Vautier est un artiste français très influencé par le lettrisme. Il est surtout connu pour ses toiles où il écrit simplement une phrase en blanc sur fond noir avec un style qui rappelle l’écriture d’un enfant sur le tableau noir de l’école. Ses messages humoristiques ou ironiques sont des maximes auxquelles il croit, ou des pensées qui ont traversé son esprit. Ces phrases visent surtout à abolir des barrières entre vie quotidienne et art.
L’artiste illustre ses propos lorsqu’il le peut comme dans cette toile qui dit : ’'Je peut tout me permettre''. Il le montre véritablement grâce à sa faute d'orthographe.

Benjamin Vautier, « Je peut tout me permettre », 1971, 
Acrylique sur toile, 86 x 116 cm, collection particulière
Ses travaux illustrent de nombreux agendas, trousses et autres produits de papeterie, donnant une dimension commerciale, mais aussi populaire à son travail…

Benjamin Vautier, « Est-ce bien de l’art ? »
Élise BUNOUF


LE MOT - LE CONCEPT - LA DEFINITION


Qu’est-ce qu’une chaise ?
Cette multiplication de représentations d’un objet (ici, la chaise), c’est ce qu’à voulu mettre en avant Joseph Kosuth en 1965 avec son œuvre One and Three chairs. Kosuth présente une chaise via trois approches distinctes : il place une chaise réelle, quelconque, et l’entoure de représentations plus abstraites : à gauche, une photographie à échelle 1 de la chaise en question, et à droite, une définition de « chaise » tirée du dictionnaire. Il faut savoir que cette œuvre est fondatrice de l’Art conceptuel, ce mouvement pour lequel l’idée prévaut sur l’objet finalisé. Dans ce mouvement, l’idée de l’art et l’art sont la même chose. Kosuth donne beaucoup d’importance au rôle du langage et au sens des mots. Ainsi, cet ensemble de trois chaises dépasse l’objet pour l’approcher d’une quatrième chaise, invisible, et idéale, où le concept de cette chaise est le plus compréhensible.Sachant tout cela, on comprend aisément pourquoi l’œuvre de Kosuth est déclinable avec n’importe quel objet. Une fois de plus, ce n’est pas l’élément choisi qui fait l’œuvre, mais son concept.
Si je vous dis chaise, qu’est-ce que cela vous évoque ?
La chaise sur laquelle vous vous asseyez tous les jours, chez vous ou au travail ? Une chaise célèbre ? Une assise, quatre pieds, un dossier ?
One or three chairs, Joseph Kosuth, 1965
Hammer , Joseph Kosuth
Définition de « language », Blow up, Joseph Kosuth, 
impression blanche sur papier noir.
Marie MOTTE


Virtual art

Les installations de l'artiste conceptuelle Jenny Holzer empruntent et utilisent des mots, des textes  qui explorent et interrogent des problématiques contemporaines.
Holzer elle est une femme d'un million de mots avec des productions axées sur la technologie. Rapidement, elle se détourne de la peinture traditionnelle, pour pouvoir se concentrer sur la substance, beaucoup plus complexe de la langue, des mots, des phrases, des vers, et cotations. Elle projette des mots dans ses expositions ou sur les façades de bâtiments publics, faisant du langage le matériaux lumineux, plastique, sensible et conceptuel de ses oeuvres…
Jenny Holzer, All fall, 2012, 
5 LED signs with blue, green, red & yellow diodes
Jenny Holzer, San Diego 2007 Gallery
Anne-Sophie FLORES


Un énoncé + un mur = Une sculpture?


L'artiste américain Lawrence Weiner est devenu une figure majeure de l’art conceptuel. Il publie en 1968, Statements, un livre compilant une suite d’énoncés écrits sur des murs, engagant le spectateur dans une nouvelle relation à l'œuvre qu'il ne s'agit plus de réaliser mais de concevoir, sorte de sculptures mentales. 
To see and be seen #278, Lawrence Weiner, 1972 
Un an plus tard  il publiera une déclaration d'intention sur laquelle ses futures propositions se fonderont « 1. L'artiste peut concevoir l'œuvre. 2. L'œuvre peut être fabriquée. 3. L'œuvre n'a pas besoin d'être faite. Chaque partie étant de même valeur et en cohérence avec l'intention de l'artiste, la décision comme la situation repose pour le récepteur sur les modalités de la règle ». 
Dust + water put somewhere / Betwen the sky and the earth
 # 662, Lawrence Weiner, 1990
Ses énoncés sont formulés dans un langage neutre, avec une typographie caractéristique (lettrage bâton en capitales) disposée en blocs,  une coupure arbitraire des lignes et une exploration systématique de la couleur, de la traduction et des signes de ponctuation (parenthèse, tiret, barre oblique). Par la suite il les adaptera à travers des formats et des manifestations variés - livres, films, vidéos, performances ainsi que des œuvres sonores.
Jérôme BOISSIÈRE

Ecritures productives

Nicolas Floch est un artiste Rennais, diplômé de la Glasgow School of Art. Son travail explore les pratiques artistiques en fonction des contextes qu’il investit. 
Son travail sur l’écriture productive consiste à ce que chaque produit provient du mot qui le désigne. Par exemple, les salades poussent suivant un sillon traçant le mot salade. Une série de photos et vidéos montre alors ce développement. Après la récolte, le produit est transformé vendu en tant qu'œuvre d'art.
Ses œuvres sont comme des structures ouvertes, multifonctionnelles, modulables et surtout consommables, car les produits sont vendus sous le nom de Produit-Art aux mêmes prix que les produits du marché, accompagné d’un certificat d’authentification ainsi qu’un texte expliquant à l’acheteur qui, si il le veut, peut prendre une photographie lorsqu’il consomme le produit.
Nicolas Floch invente des processus de création qui ne peuvent pas exister sans la collaboration et l’appropriation des projets par d’autres personnes.

Tournesol et Salade, 1995, La Turballe Nicolas Floch 
Cosmos, 1995 - La Turballe Nicolas Floch
Marine CORRÉ