mercredi 1 octobre 2014

NIKI DE SAINT PHALLE

EDITO




Niki de Saint Phalle, figure emblématique du XXe siècle, a su charmer le grand public par ses œuvres atypiques.
Le Grand Palais propose actuellement une rétrospective exceptionnelle de son travail. L’exposition est un véritable hommage à sa personnalité hors normes, permettant de découvrir l’étendue de son engagement artistique, féministe et politique. Si l'on connait principalement ses Nanas, l’exposition propose de découvrir toute la richesse de son travail et de sa vie, multipliant les angles d'approche. [Aurélia Maurin - Estelle Muller]



1. PORTRAIT




Niki de Saint Phalle (1930-2002) est une femme peintre, sculptrice et réalisatrice de films français.
Autodidacte, elle réalise ses premiers assemblages à partir de 1956. Elle collabore à plusieurs reprises avec son mari Jean Tinguely. Elle est principalement reconnue par le grand public grâce à ses tableaux Tirs puis ses fameuses Nanas, puissantes figures féminines. Ses œuvres sont marquées par son passé tourmenté, par la violence et l’angoisse, mais également par son engagement politique et féministe et sa joie de vivre. Intégrée au groupe des Nouveaux Réalistes à Paris, elle se distingue par la monumentalité de ses œuvres et les couleurs vives qui la rapprochent du Pop Art. [Yan Huang]


2. AUTOPORTRAIT - 1958-1959



Dans cette œuvre, Niki de Saint Phalle se représente sous des traits cadavériques, quasi fantomatiques. Son corps est composé de morceaux de céramique brisée, tranchants. Quelque chose en elle porte les stigmates de l’inceste commis par son père alors qu’elle avait onze ans.
Cet acte a fracturé en elle la confiance qu’elle avait en l’être humain. Peut-être retrace-t-elle cela aux travers des morceaux de céramique brisée. Elle retranscrit la violence du viol commis par son père : on sent un mouvement brutal dans la conception de cet autoportrait. [Laurila Burrati]


3. LES TIRS – 1961



L’œuvre Tirs est un tableau en format portrait de 175 cm de longueur et 80 cm de largeur, pesant de 60 à 80 kg. Le tableau est composé de plâtre, de peinture et de métal, il fût réalisé de manière intéressante et inhabituelle : Niki De Saint Phalle a mis des poches de peinture et d’encre sous une couche de plâtre puis a tiré à la carabine sur le tableau, explosant les poches de couleurs qui ont dégouliné sur le support.
Cette œuvre est aussi provocante qu'esthétique, par l'attitude de l'artiste, le choix des matériaux et les dégradés de couleurs causés par l’explosion des poches remplies de peinture.
De plus, elle possède une dimension violente dans la mesure où l'outil de l'artiste n’est autre qu’une arme à feu. Par ailleurs les coulures de peinture peuvent rappeler le sang coulant d’une blessure ou encore des larmes. [Paul Burgos]





4. LES NANAS 

En créant les Nanas, Niki De Saint Phalle transcenda le monde artistique en nous donnant un tout autre aperçu de la représentation du corps féminin. Les Nanas, ce sont des femmes géantes, potelées, aux postures élancées et parfois osées. Réalisées (au départ) à partir de papier mâché, de grillage, de fil et laine, ces femmes, abondamment colorées, n’eurent pas la renommée qu’elles méritaient lors de leur première présentation en France, choquant de par une vision sans doute trop moderne ou osée.
Autant admirées que détestées, ces chef-d’oeuvres aux drôles d’allures finiront par devenir dans les années 1980 des symboles du mouvement féministe, preuve que l’art est doué d’une force considérable et inépuisable. [Nicolas Boda]

5. LE CHEVAL ET LA MARIEE - 1964

« Le mariage, c’est la mort de l’individu », ainsi était la vision que Niki de St Phalle portait sur le mariage. Cette dernière est issue d’une famille bourgeoise et noble, où le mariage donne un statut « honorable ». C’est en 1964 que Niki crée une sculpture grandeur nature, appelée Le Cheval et la Mariée. A noter ici que le nom commun utilisé en premier est "cheval" et non pas "mariée", mettant ainsi la monture au premier plan.
Le cheval est composé d’une accumulation d’objets de récupération en tous genres et de toutes les couleurs, allant du jeux d’enfant à la boite d’œufs, le tout fixé sur une structure en grillage. L’artiste a créé sa structure avec peu de moyens, notamment ce que la société rejette. Le cheval fait ici penser aux chevaliers, puissants guerriers, maîtres de leur destin. La mariée, quant à elle, est faite de tissus et se distingue par sa couleur blanche ainsi que son côté fantomatique.
Nous sommes ici bien loin des contes de fées, où les mariées sont rayonnantes et pleines de vie. Celle-ci, au contraire, donne l’impression de suivre une voie toute tracée qui va à l’encontre de sa volonté. En effet, sa position en amazone rappelle les conventions ainsi que la manière d’être des filles de bonnes familles qui devaient se plier aux règles dictées par leurs parents. Effectivement, la femme ne devait pas monter à cheval comme un homme, ceci étant jugé disgracieux.
Niki se libère donc de cette vision de la femme par l’art et la création. Cette sculpture est, comme tant d’autres de ses œuvres, un hymne à la femme forte et libre. Niki de St Phalle en est d'ailleurs une icône. [Claire Brelivet]


6. HON - 1966



Niki de Saint Phalle est connue pour être une artiste non conventionnelle, et c'est au travers de l'art qu'elle se réalise elle-même bousculant aux travers de ses oeuvres l'image de la femme.
Avec Hon, exposée au Moderna Museet de Stockholm en 1966, Niki présente une femme allongée sous la forme d'une sculpture monumentale de 28m de longueur sur 9m de largeur et 6 mètres de hauteur : "Nous baptisâmes notre Déesse HON, ce qui signifie "Elle" en suédois".
Cette sculpture, étendue sur le dos avec les jambes écartées, était enceinte. Les visiteurs entraient dans la sculpture par son sexe. À l'intérieur, ils pouvaient découvrir plusieurs pièces. Une terrasse sur son ventre permettait d'avoir une vue panoramique sur les visiteurs qui s'approchaient mais aussi sur ses jambes peintes de couleurs vives.
On peut donc constater une grande part de féminité dans les œuvres de Niki de Saint Phalle et un goût prononcé pour la représentation féminine. [Antoine Dehillerin]


7. LE RÊVE DE DIANE - 1970



Le Rêve de Diane, est un œuvre réalisée en 1970. Elle est constituée d'un ensemble de figures en polyester peint.
Comme son nom l’indique, l’œuvre évoque les rêves, les chimères, l’imaginaire… Elle mêle ainsi des personnages variés, aussi bien effrayants, surprenants que joyeux et accueillants. En effet, nos rêves ne sont pas seulement faits de moments joyeux, il peut aussi s’agir de cauchemars, de craintes étouffées.
L’œuvre est surprenante de par son désordre et par ses couleurs vives contrastant avec le fond noir de l'espace où elle est présentée, pouvant évoquer la noirceur de la nuit. [Constance Chambaud]

8. LES MERES DEVORANTES - 1971


« Nous connaissons tous dans notre vie la bonne et la mauvaise mère. Autrement dit, j’ai déjà représenté la bonne mère avec les Nanas, je me consacre désormais à son antithèse, à cette mère qu’on aimerait ne pas être ». Niki de Saint Phalle est une femme révoltée, son but est de représenter la femme forte en prenant appuis sur son passé.
Les Mères dévorantes sont des sculptures de femme laides aux traits grossiers. Bourgeoises et dociles elles prennent le thé ou se remaquillent dans un miroir. C’est en fait une allusion directe à la mère de Niki qui derrière ses bonnes manière cachait une grande violence.
Dans le même but, la pièce adjacente de l’exposition est consacrée à ce « père prédateur » qui abusait d’elle étant enfant. Ces œuvres adoptent alors une dimension psychologique qui dépasse parfois leur nature de sculpture leur donnant ainsi une âme. [Alice Delsenne]


9. DADDY - 1972


Dans le film Daddy, Niki de Saint Phalle s’attaque à la figure du père (un père qui l’a violée lorsqu’elle avait onze ans).
Les premières scènes du film sont plutôt intenses : on voit l’artiste (vêtue comme un dandy) ouvrir puis contourner un cercueil contenant un phallus à taille humaine, devant la maison de son père. Ensuite, on entre dans l’intimité de son enfance, et des années qui suivirent.
Tout au long du film, Niki de Saint Phalle cherche probablement à reproduire un fantasme lié à son adolescence tourmentée, lorsqu’elle décide d’initier une jeune fille à de nouvelles expériences, fétichistes et malsaines. Elle met en place un genre de rituel, qui tend à heurter son père, lui qui est contraint de regarder, attaché.
A un autre moment, elle nous présente le père comme un chien, qui aboie et obéit à ses ordres. Elle revit avec lui les jeux de son enfance ("Blind man, blind man, show you can see. Turn around three times and try to catch me."), de manière perverse et intemporelle: en effet, elle se remémore ces scènes traumatiques en interprétant son propre rôle, à l’âge adulte, ce qui laisse entendre que les souvenirs dépassent la réalité, qu’ils sont encore bien vivants.
A la fin du film, elle tue son père à coups de carabine. "Daddy, I hate you". Une atmosphère lourde et froide, qui mettrait tout spectateur mal à l’aise, mais qui traduit souffrance, vengeance et obscénité de façon singulière. [Célia Ferrer]




10. LE JARDIN DES TAROTS

Jardin des tarots - vues d'ensemble

Jardin des tarots - L'impératrice

Se situant près de Garavicchio, en Toscane, le Jardin des Tarots est certainement l’œuvre la plus colossale de Niki de Saint-Phalle. En construction pendant près de 30 ans (1978-1993), ce jardin a été le fruit d’un travail collectif avec Jean Tinguely, son mari. Inspiré donc du jeu de tarot, on y retrouve la personnification de nombreuses cartes : la force, la justice, la papesse…
On compte en tout 22 statues pouvant mesurer jusqu’à 15 mètres de haut. La plus remarquable d’entre elles est sans aucun doute l’Impératrice. Construite depuis les années 1980-1981, cette statue géante inspirée des Nanas a été la maison de Niki de Saint-Phalle pendant quelques années. En effet, l’un des nombreux fantasmes de l’artiste était d’habiter une de ses sculptures et il faut savoir que l’intérieur est tout aussi détonnant que le projet. Les murs, tapissés d’une mosaïque de miroirs, donnent une impression perpétuelle de mouvement. C’est cet univers quelque peu décalé que l’on peu retrouver dans l’ensemble du parc.
Lors de la création de ce jardin, Niki a puisé dans son imaginaire et s’est aussi beaucoup inspirée d’autres artistes et lieux comme le Parc Güell de Gaudi à Barcelone ou encore les jardins de Bomarzo en Italie (aussi appelés parc des monstres). Ainsi, grâce à cette œuvre faite à son image, Niki de Saint-Phalle nous transporte dans une ambiance onirique et psychédélique.  [Margot Lenorais]

11. LA FONTAINE STRAVINSKY - 1983

Tout à côté de la grande esplanade du Centre Georges Pompidou dont les pavés gris accueillent chaque jour artistes de rue, peintres, clowns ou musiciens, la place Stravinsky héberge une autre fête. Un ballet de métal, d'eau et de couleurs. C'est ici que se trouve la Fontaine Stravinsky.

Elle est l'œuvre de Niki de St Phalle et son mari Jean Tinguely et a été réalisée en 1983, suite à une commande publique de Jacques Chirac, alors maire de Paris. Elle se compose de 16 sculptures dans un bassin de 580m2 qui rendent hommage au compositeur russe, Igor Stravinsky. Chacune d'entre elles fait référence à une de ses pièces musicales, l'oiseau de feu, le rossignol, l'éléphant, le renard... On y trouve aussi des éléments non figuratifs, comme une spirale. Certaines pièces tournoient, d'autres crachent de l'eau ou grincent à force d'avoir trop dansé. Ainsi sur le mur qui surplombe l'installation, se trouve depuis 2011 une grande fresque du street artiste Jef Aerosol, représentant un personnage qui semble dire "chuuuut!", le doigt sur les lèvres, aux sculptures colorées.


Dans cette œuvre, on devine sans difficulté la partie réalisée par Jean Tinguely. C'est la partie mécanique, les moteurs qui font danser 3 des statues ainsi que 7 des sculptures en aluminium et acier, dont les tiges et découpes fines contrastent avec les courbes et formes pleines du travail de son épouse.
Niki de St Phalle en a sculpté 6, en résine et acier, polychromes, joyeuses et généreuses.
On croirait voir une représentation de théâtre ou une pièce d'horlogerie. [Emilie Bethune]




12. NIKI ET JEAN TINGUELY

Niki et Tinguly lors de la construction du Golem
Jean Tinguely et Niki de Saint Phalle se rencontrent pour la première fois en 1955 en pleine effervescence créative de l’après guerre. Il l’invite dans son atelier pour lui faire découvrir ses œuvres. A partir de ce moment commence une relation d’amitié faite de discussions, de balades à la recherche de matériaux pour Tinguely. Très vite, il est subjugué par la créativité de Niki. Et lui fait comprendre que la technique n’est rien, qu’elle s’apprend, et que le rêve est tout. Elle puisera en lui sa force et décidera de se consacrer pleinement à l’art. Elle est fascinée par sa liberté, exempt de tous codes sociaux ou de bienséance. C’est là que commence leur histoire d’amour si créatrice. Ils n’auront jamais d’enfant ensemble, mais ils créeront beaucoup l’un avec l’autre. Quand ils travaillent, un climat de compétition les poussent toujours, mais sans les aplatir. Cette rivalité les pousse vers le haut. Les personnes qui les entourent dans leur travail ont souvent dit qu’ils étaient dans un état d’excitation, de passion, sans jamais aucun remord, comme un état de transe. Ils prennent le monde comme témoin, et risquent tout.
En plus de fonctionner de la même manière et même ensemble, Tinguely va aider Niki à créer des œuvres monumentales. Grâce à ses capacités d’ingénieur, il va lui permettre toujours plus de liberté de création. Quand Niki fera le Golem à Jérusalem, Tinguely va réaliser la structure et en doubler la ferraille, de façon à ce que, si Jerusalem est attaquée, l'œuvre soit le dernier bâtiment debout.
Tinguely sera certainement la personne la plus importante dans sa vie personnelle et créative. A la mort de Jean Tinguely, elle décidera de ne pas laisser mourir ses œuvres comme il l’avait souhaité, elle les finira, les entretiendra, leur offrira un musée. Elle installera ses Métatinguely (sculptures mouvantes qu'elle aime tant) chez elle, dans son Jardin des Tarots, pour sentir sa présence . [Pauline BERNARD]


13. NIKI ET LES NOUVEAUX REALISTES 



Niki de Saint Phalle se lance dans la peinture en 1952 et est révélée au public grâce à son œuvre Les Tirs. En 1960, elle devient membre du groupe des Nouveaux Réalistes dans lequel elle incarne le lien entre le mouvement d'avant garde français et le Pop Art américain. Elle explore la représentation artistique du rôle de la femme. Le mouvement des Nouveaux Réalistes est né au début des années 1960 dans une société industrielle et consommatrice. Les artistes de ce mouvement explorent de nouveaux langages plastiques et intègrent à leur œuvres des éléments du quotidien urbain et industriel. On peut citer comme œuvre de Niki de Saint Phalle la Crucifixion, faite en 1965, qui est un assemblage d'objets divers. [Camille RENARD]

14. QUI SONT LES NOUVEAUX REALISTES ?

Arman , violon bronze et plexiglas, 1981
Les Nouveaux Réalistes, qui sont-ils ? Ce collectif d'artistes, peintres, sculpteurs, dessinateur,s plasticiens regroupés par le critique Pierre Restany, a pour objectif de présenter une nouvelle vision du monde, une nouvelle vision du réel. En s'associant, ils décident de mettre en avant leur prise de conscience du réel en organisant diverses manifestations artistiques. Leurs œuvres, mélange d'anthropométries, de compressions, d'envers d'affiches, d'accumulations, puisent leur singularité au sein des matériaux utilisés autant que dans l'attitude des artiste à s'approprier le réel et la vie.
Ainsi, Yves Klein explore les monochromes, Arman démantibule des violons, César compresse des automobiles, François Dufrêne, Raymond Hains et Jacques Villeglé s'intéressent aux affiches déchirées, Martial Raysse met en scène une série de "Tableaux-objets" dénonçant la société de consommation, Jean Tinguely réinvente la mécanique , Daniel Spoerri immortalise les repas, et Pierre Restany publie deux manifestes, témoins de leur mouvement (Manifeste du Nouveau Réalisme, 1960 ; 40° au-dessus de Dada, 1961). César, Mimmo Rotella, Gérard Deschamps, Christo et Niki de Saint-Phalle les rejoignent quelques temps plus tard. [Claire Dugast]



15. NIKI ET LE FEMINISME

Niki de Saint Phalle, autant féminine que féministe, évoque souvent le statut de la femme dans ses œuvres. Ses sculptures, comme les Nanas ou encore Hon/Elle , représentent les femmes comme des guerrières hautes en couleurs et en courbes, qui s’emparent du monde pour prendre le pouvoir sur les hommes. Victime d'inceste dès son plus jeune âge, Niki a connu la domination homme-femme tôt dans sa vie et s’est ainsi forgée une opinion sur cette question, qu’elle ne s’est jamais privée d’exprimer de manière artistique. Ce fut la première « femme-artiste » à donner son point de vue féministe et politique avant même que le féminisme s’impose en tant que mouvement, c’est pourquoi on peut la considérer comme une pré-féministe. [Clémence Pujo]


16. NIKI ET LA LUTTE CONTRE LE SIDA



Le SIDA est une maladie infectieuse et contagieuse transmissible par voie sexuelle ou sanguine. Elle est apparue à la fin des années 70 aux Etats Unis touchant particulièrement les homosexuels et s’est propagée peu de temps après en France. Des artistes ont pris à cœur cette lutte contre le SIDA et notamment Niki de Saint Phalle. Artiste engagée mi-française mi-américaine du groupe des Nouveaux Réalistes, elle dénonce l’inceste dans les familles et lutte contre le sida. C’est une des premières à se servir de l’art pour attirer l’attention sur les ravages de cette maladie. En 1990 est paru son livre Le SIDA tu ne l’ attraperas pas… En 1992, elle a écrit Le SIDA c’est facile à éviter. Dans ces livres, elle a choisi de faire des dessins pour montrer comment éviter la contamination et le texte est uniquement là pour nous expliquer. [Pauline Dilosquer]

Scopitone

 EDITO 


       Le festival Scopitone regroupe plusieurs évènements dans plusieurs lieux de la ville de Nantes. Il a été créé en 2002 par l’association Songo. L'objectif de ce festival est de donner visibilité et présence à l’art numérique dans l’espace public et sur scène.

      Scopitone est un festival d’arts numériques touchant autant à la musique, l’image, le spectacle, l’installation ou encore la performance. 2014 marque sa treizième année d'existence. Le but est d’innover toujours plus, tout en rendant le tout encore plus accessible au grand public. Le festival vit aussi la nuit, electro-clubbing, electro-pop, electro rock font résonner les murs du Stéréolux et des Nefs.

      C'est la ville toute entière qui devient terrain de jeu, du Jardin des Plantes avec l'installation Cyclique du collectif Coin, au Château des Ducs, en passant par la friche Alstom et Stéréolux.

Voici un aperçu de cette effervescence numérique qui s'est déroulé du 15 au 21 septembre 2014.
[Pauline Bernard et Emilie Bethune]

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THE TENTH SENTIMENT, Ryota Kuwakubo (Japon)

Château des Ducs de Bretagne



Une pièce sombre et silencieuse. Sur les murs, des ombres projetées, grandissantes. On dirait des immeubles, des centrales, une ville. Au sol, une lumière avance, elle semble suivre un circuit, c’est un train électrique. Cette lumière projette un décor d’objets de toutes sortes : ampoules, passoires, crayons, figurines, pinces à linge… Le jeu d’ombre est fantastique. À force d’observation et de curiosité, nous sommes littéralement transportés à bord de ce petit train, voyageant à travers un univers urbain.




[Nicolas Boda]

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EOTONE, David Letellier et Herman Kolgen

à l'Esplanade des Traçeurs de Coques



Eotone: quatres instruments à vent.
C'est en se rendant au stéréolux, lieu de création et de diffusion de l'art, que nos oreilles sont interpellées par des sons graves et profonds, créant des résonances sur l'esplanade des traceurs de coques. En nous approchant, pour identifier l'origine de ces sons, nous découvrons quatre structures métalliques de cinq mètres de long, disposées en forme de carré. Cette installation porte le nom d'Eotone et a été conçue par le canadien Herman Kolgen et le Francais David Letellier.
Le dispositif fonctionne grâce à des anémomètres situés à Quebec, Montréal, Rennes et Nantes. Les données recueillies, suivant la force et la direction du vent de chacune des villes, sont comme emprisonnées par des capteurs pour ensuite être transformées et libérées par le biais de ces "cornes de brumes" mobiles. Ces données sont retransmises sous formes sonores, plus ou moins intensives et par des mouvements de rotation des structures, pour rappeler que le vent peut aussi bien être une douce brise qu'un cyclone dévastateur. Les structures sont indépendantes les unes des autres et donnent à voir une sorte de danse d'instruments à vent. Ce jeu sonore et visuel permet aux passants de voir et d'entendre le vent se mouvoir de lui même sans pour autant le sentir.
Cette installation n'est pas interactive au sens où nous avons besoin de toucher un bouton pour que cela fonctionne, mais au sens où nous jouons notre propre rôle d'homme impuissant face aux forces de la nature telles que le vent. L'œuvre est au départ troublante car elle vous attire de par son vocabulaire sonore, pour ensuite nous faire sentir tout petit une fois confronté à ces impressionnantes structures de métal. Le concert que vous vous apprêtez à voir est bien différent de ceux proposés en salle, mais vaut tout de même le détour ! 



 [Claire Brelivet]

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SEA TALES, Philipp Artus

Halle Alstom


Depuis plusieurs années, Phillip Artus travaille sur l’expérience numérique et la restitution des formes « vivantes ». Pour cela, il utilise principalement des techniques de re-création du son, du mouvement et de l’imaginaire.
Phillip Artus a composé cette œuvre avec une projection laser à 360° sur un écran phosphorescent cylindrique. Sea Tales est une sculpture lumineuse représentant la vie des fonds marins. Il s’est inspiré des contes sur le thème de la mer comme Moby Dick, Vingt mille lieues sous les mers ou encore la Légende du Hollandais volant. A travers cette sculpture panoramique, Phillip Artus plonge les spectateurs dans la contemplation d’un univers fantastique.







[Laurila Buratti]

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 SONOSPACE

Hall Alstom


Le Sonospace est une installation de la Halle Alstom enveloppée d'un tissu noir pour stopper la lumière. L'installation est constituée d'un projecteur situé au-dessus de l'installation, de neuf socles disposés en cercle avec des balles noires de différentes masses disposées dessus. Les balles représentent les neuf planètes du système solaire, leur masse est proportionnelle à la réalité.Par l'intermédiaire d'un casque, des planétologues et des musiciens expliquent les caractéristiques de celles-ci et leur relation avec la musique. Ensuite, ils nous font part de qu'ils pensent des planètes au niveau musical et physique. Les balles sont placées sur des socles en plastique qui s'illumine au moment d’interagir avec ces dernières. En effet, les spectateurs doivent se saisir de la balle et la faire bouger au-dessus du socle, ce qui déclenche un son qui se modifie en fonction de la hauteur de la balle.
Cette installation permet de diffuser une réelle ambiance spatiale et nous permet de nous rendre compte des différentes masses proportionnelles des planètes. De plus, les informations transmises par les planétologues et les musiciens sont très utiles et nous transportent dans une autre dimension. Par ailleurs, l'aspect interactif de l'installation la rend plus ludique et intéressante pour les spectateurs.





[Paul Burgos]

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THE HALL, Emmanuel Biard et David Leonard

à Trempolino



The Hall est l’œuvre d’un light designer : Emmanuel Biard et d’un ingénieur : David Léonard. Ils se sont associés pour cette installation cinétique.
Elle est constituée notamment de miroirs, de lasers de couleur bleue et ponctuellement de fumée, le reste de la salle est plongé dans le noir.
Les lasers sont ainsi projetés sur un miroir circulaire qui réfléchit les rayons sur un autre miroir similaire ayant une inclinaison différente. De la fumée est diffusée et grâce à la lumière, on peut distinguer les volutes de fumée.
Il y a aussi un fond sonore à tonalité assez numérique.
L’ensemble crée un univers complètement décalé qui nous immerge dans une œuvre hypnotique.




[Constance Chambaud]
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THE BLIND ROBOT, Louis-Philippe Demers

à Stéréolux



L’interaction homme-machine est aujourd'hui courante grâce aux technologies, mais c'est lors d'une expérience sensorielle unique que The Blind Robot prend tout son sens et nous montre une toute autre relation. C'est ce que Louis-Philippe Demers, artiste et chercheur canadien tente de démontrer par cette installation interactive. Concrètement, l'idée est simple, deux bras robotisés équipés de mains articulées découvrent le visage du visiteur assis face à un miroir. Cette interaction rappelle l'entrée en contact d'un être humain non-voyant, avec un autre humain par le toucher. Mais ici, le non-voyant est un robot. C'est donc une expérience tactile intime et psychologique qui ce met en place entre l'humain et le robot. Au premier abord,  l'expérience semble effrayante et stressante car nous n'avons jamais été en contact physique direct avec un robot, mais au final, l'expérience est intéressante de part les sentiments uniques qu'elle provoque chez le visiteur.





[Antoine Dehillerin]
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PERSYSTOGRAF, Jesse Lucas, Erwan Raguenes, Yro, Bernard Szajner

à Stéréolux



Le Persystograph est une œuvre présentée au festival scopitone 2014 créée par le collectif artistique Avocat. Cette œuvre numérique permet à la manière d’une boîte à musique, un mélange sons et images étonnant. C’est le spectateur qui, en tournant la manivelle, enclenche le système soit un écran tournant sur lui-même, constitué de points de lumière qui réagissent non seulement au mouvement de rotation mais aussi aux différents boutons provoquant des sons tous différents. Ce mélange donne à l’écran un dessin en mouvement, une danse de couleur qui plait à l’œil. Cette machine placée dans une pièce sombre nous plonge dans une atmosphère particulière créant ainsi une étrange harmonie entre sons et couleurs.



[Alice Delsenne]
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LEAD ANGELS 1.0, Frederik De Wilde

à Stéréolux



Lead Angels 1.0 est un dispositif visuel et sonore créé par Fréderick De Wilde, artiste belge qui s’interroge sur les relations entre la science et l'homme. Lead Angel 1.0  présente douze tubes en verre d'ouraline suspendus au plafond. Ce verre offre la particularité de contenir une dose d'uranium inoffensive qui lui donne une teinte jaune-vert. La présence d'uranium rend l'ouraline fluorescente quand elle est l'exposée aux ultraviolets. De plus, ces tubes sont combinés à un dispositif mobile (tubes tournants) et sonore.



Cette œuvre est mise en scène dans le noir. Un socle supporte un triangle en verre. A l’intérieur, s’y glisse une petite pierre, elle-même fixée sur une tige en plastique contenant une petite partie d’uranium. De plus, un compteur Geiger est logé dans le triangle en verre. Il mesure la radioactivité de la pierre et la retranscrit dans le mouvement des tubes. Lorsque l’on enlève la tige et la pierre, le dispositif en verre d’uranium tourne encore plus lentement. On en déduit donc la présence de particules radioactives dans l’air. Ainsi à travers ce dispositif fascinant, nous pouvons en conclure que nous vivons dans un monde où les radiations sont omniprésentes (massives ou diffuses).

[Pauline Disloquer]
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MOLECULAR CLOUD : IMMERSION DANS UN NUAGE MOLECULAIRE, UNE USINE A ETOILES

à Stéréolux


Rêverie scientifique et artistique Molecular Cloud est une œuvre qui s'inscrit dans l'exposition ExplorNova[immersion] proposée par le festival Scopitone de cette année. Dans le cadre de cette coproduction nantaise, artistes et scientifiques se sont associés pour recréer un instant magique observé au-delà du spectre visible. Dans cet endroit étrange qu’est l’univers, l'infrarouge nous révèle le cœur de zones nébuleuses et mystérieuses. C'est à partir d’un jeu de gravités additionnées que les étoiles surgissent de poches de gaz ou nuages moléculaires.
Ainsi, les mystères d'une autre dimension nous apparaissent. Nous assistons, dans le noir le plus total, à la représentation d'une danse interstellaire de la matière, tantôt douce, tantôt éblouissante, tantôt continue ou étincelante. Ce réseau filaire complexe semble léviter.
Constituée de quatre projecteurs et de filaments en nylon peints en noir à leurs extrémités,
la structure possède une mise en place unique à chaque installation. En effet, la programmation du défilé lumineux est adaptée au positionnement des filaments au millimètre près. Après environ deux jours d'installation, nous avons finalement pu admirer cette fascinante composition où art et sciences se confondent.



Molecular Cloud - vidéo réalisée par Anne Sophie Charroin
[Claire Dugast]
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TOUCHY, Eric Siu

à Stéréolux



L'œuvre Touchy est un dispositif - un casque avec une caméra intégrée - mis au point par l'artiste chinois Eric Siu.
Le principe est simple: "No touch, I'm blind. Touch me I can see". La personne portant le casque est comme emprisonnée, fermée au monde extérieur, jusqu'à ce que quelqu'un touche une partie de son corps.
Ainsi, l'artiste provoque en chacun de nous une remise en question certaine sur ce que sont devenues les relations humaines. En effet, nos contacts se résument trop souvent à de simples échanges sur les réseaux sociaux : habitués à converser à travers l'écran, nous perdons la notion du véritable contact. Le contact ici, permet à la personne de voir, et surtout de voir les moments heureux de la vie, que l'on ne passe jamais seul si l'on y réfléchit.
Le contact humain s'apparente alors à un élément essentiel au bonheur de chacun.



[Celia Ferrer]
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DYSKOGRAF, Jesse Lucas, Erwan Reguenes, Yro

au Stéréolux



Le Dyskograf, projet réalisé par le collectif AVOKA, est un dispositif inspiré du schéma de la platine vinyle. Le spectateur est invité à dessiner au marqueur noir des lignes, traits, courbes sur un disque en carton. Ce dessin sera ensuite traduit en séquence musicale lue par un ordinateur par l'intermédiaire d'une caméra implantée dans un axe métallique. Les sons et leur rythme sont déterminés selon l'emplacement des traits. Cette plateforme est une porte ouverte à la création musicale, accessible pour petits et grands, qui allie spontanéité du dessin et innovation technologique.




[Yan Huang]
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CYCLIQUE, Maxime Houot, Nohista (Collectif Coin)

au Jardin des Plantes



Crée par le collectif Coin, Cyclique est une de leurs nouvelles œuvres monumentales. Prenant place au jardin des plantes de Nantes, elle s’inscrit dans la lignée des œuvres In Situ et transdisciplinaires du collectif. En effet, cette œuvre allie avec un certain brio son et image ou plutôt musique et lumière. La nuit tombe et l’installation de 256 ballons gonflés à l’hélium et équipés de LEDs prend vie. Les ballons s’allument et s’éteignent au rythme de la musique, créant ainsi une sorte de ballet numérique. Certains penseront que la lumière se fait chef d’orchestre du son, d’autres l’inverse. Cependant dans cette œuvre ce n’est pas un rapport de dominant-dominé qui se met en place mais bien une relation d’osmose entre ces deux entités que sont le son et la lumière. Le spectacle place les spectateurs devant un paysage artificiel qui les immerge dans une ambiance presque surréaliste. Ainsi le spectateur est absorbé par cette composition musicale et lumineuse, son corps même devient en quelque sorte une composante de l’œuvre tant les vibrations ressenties sont  puissantes. Ainsi, en rendant le son tangible, la lumière audible et en faisant vibrer nos corps, le collectif Coin répond à une de ses habitudes les plus récurrentes qui est de manipuler à la fois la lumière, le son et le corps.





[Margot Lenorais]
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SUPERSYMMETRY, Ryoji Ikeda

au Lieu Unique

Ryoji Ikeda nous a offert une expérience sensorielle unique à l’occasion du festival Scopitone. Se portant vers une esthétique numérique minimaliste, les deux installations exposées nous plongeaient dans un tout autre univers et une toute autre dimension : la première composée de billes qui se déplaçaient et s’entrechoquaient sur des caissons lumineux, tandis que la deuxième composée de quarante projections et de quarante moniteurs nous faisaient perdre nos repères dans un univers de détonations électroniques en formant un long couloir dans l’obscurité. 
Dans ce projet nous pouvons faire le lien entre les deux installations dans les sens où les billes, les lettres ou encore les chiffres présents sur les écrans des moniteurs sont tous utilisés comme une représentation allégorique de la matière. En effet c’est la façon aléatoire dont ils sont placés les uns par rapport aux autres qui détermine si ils forment un tout cohérent ou non de la même façon que les molécules vont former la matière ou non selon la façon dont elles sont placées.
Ici Ryoji Ikeda a réussi à créer une œuvre qui à la fois nous transporte par sa beauté et nous fait réfléchir sur le monde qui nous entoure.




[Aurélia Maurin]
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Qu’est ce que l’art numérique?

Bercé entre poésie et créations virtuelles, l’art numérique est un genre émergeant des sixties.
Un art contemporain englobant de multiples sous-ensembles tel que « la réalité virtuelle », « augmentée », « interactive », etc.…
L’art numérique offre des perspectives nouvelles, un nouveau potentiel d’écriture. Il bouscule les codes, permettant de nouveaux processus de création.
La dimension comportementale rend cet art interactif, il agit directement avec son spectateur. Invitant se dernier à se joindre au processus de création, rendant toute expérience unique.


[Estelle Muller]
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Les Etudiants face aux œuvres:

Camille Renard fait la connaissance de "Touchy", ERIC SIU, Stéréolux


Camille Renard écoute les résonances de "Eotone", HERMAN KOLGEN & DAVID LETELLIER, Parc des chantiers

Nicolas Boda rentre dans l'installation "The Hall", EMMANUEL BIARD & DAVID LEONARD, Trempolino


Constance Chambaud s'essaye au "Persystograf", JESSE LUCAS, ERWAN RAGUENES, YRO, BERNARD SZAJNER, Stéréolux



Emilie Béthune patiente pour découvrir l'installation interactive "Lead Angels", FREDERIK DE WILDE, Stéréolux

[Clémence Pujo]

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L’art Numérique, un art interactif?

Le festival des arts et cultures numériques se devait de jouer sur l'interaction entre le spectateur et les œuvres proposées. "The blind robot", "Persystograf", "Touchy" ou encore "Dyskograf i yro", autant d'œuvres ne pouvant fonctionner sans acteurs. Dans le cas de "Dyskograf i Yro", le spectateur dessine sur un vinyle papier qui est scanné par l'installation afin d'associer chaque trait à un son. Cette œuvre fait participer le spectateur tout en lui demandant de créer quelque chose, le vinyle papier. Le spectateur repart avec une partie de l'œuvre sous le bras.




[Camille Renard]